Faut-il tous se faire vacciner contre la méningite ?

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Faut-il tous se faire vacciner contre la méningite ?
Le vaccin contre la souche C est recommandé pour les enfants à partir d'un an et pour les adolescents jusqu'à 24 ans@ AFP
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Aujourd'hui, le vaccin contre la méningite C est recommandé pour les enfants et jeunes adultes.

C'est un dispositif sanitaire d'envergure. Une campagne de vaccination a démarré mercredi à l'université de Dijon après que trois cas récents de méningite à méningocoque ont été détectés chez des étudiants, dont deux mortels.

Pour lutter contre les différentes souches de la méningite à méningocoque, une maladie infectieuse rare mais dans certains cas mortelle, plusieurs vaccins existent. Le vaccin contre la souche C est même recommandé pour les enfants à partir d'un an et pour les adolescents jusqu'à 24 ans. Chez les sujets à risque, le vaccin tétravalent (multisouches) A,C,W,Y et le vaccin contre le méningocoque B sont également recommandés. En Europe, les méningites B et C sont les plus fréquentes. 

Mais est-ce suffisant ? Faudrait-il le généraliser à toute la population ? Voire aller jusqu'à se faire vacciner pour toutes les souches de méningocoque, la A, B, C, W et Y ? Médecins et infectiologues nous éclairent.

 

Les enfants ? Oui oui oui

 

Les jeunes enfants particulièrement vulnérables. Les jeunes enfants sont les plus vulnérables aux bactéries méningocoques pouvant provoquer une grave infection bactérienne des méninges, ces enveloppes entourant le cerveau. "La moitié des cas arrivent avant l'âge de 5 ans", explique Muhamed-Kheir Taha, responsable du Centre national de références des méningocoques à l'Institut Pasteur.

A partir d'un an. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) recommande de faire vacciner les enfants contre l'une des souches de la méningite, la C, à partir de l'âge de 1 an. "On considère que de cette façon les enfants de moins d'un an seront également immunisés. Car le vaccin permet de se protéger soi même mais aussi d'éviter de transmettre la bactérie aux jeunes enfants", explique François Vié Le Sage, pédiatre et expert d'Infovac, un réseau d'experts indépendants sur les vaccins. "Toutefois, ce n'est pas le cas actuellement. Car les enfants vaccinés ne sont pas assez nombreux en France pour que la couverture vaccinal soit suffisante."

Une faible couverture vaccinale. En France, en 2014, le taux de vaccination pour les bébés de deux ans était de 64 % et de 5,4 % chez les jeunes de 20 à 24 ans, selon le site mesvaccins, reconnu par la Haute Autorité de Santé. "Mais pour permettre une réelle immunité des nourrissons, il faudrait un taux de vaccination de 90 %", pointe François Vié Le Sage.

L'exemple du Royaume-Uni. Pour bien faire, il faudrait également vacciner les enfants contre la méningite B, ajoute le pédiatre. Car c'est la souche de méningocoque la plus fréquente en Europe, devant la source C. Le Royaume Uni est précurseur en la matière. Depuis septembre, ils vaccinent les nourrissons contre cette souche. "Les Britanniques ont une politique exemplaire en matière de vaccination contre la méningite à méningocoque", commente Robert Cohen, pédiatre et infectiologue. Reste que pour le moment, on ne sait pas si le vaccin contre la méningite B est efficace sur le long terme. (Ndlr. S'il faudrait plusieurs rappels du vaccin dans sa vie, comme pour le tétanos).

 

Les ados aussi

Un pic à l'adolescence. Ce sont les autres "sujets à risque". Le méningocoque connaît un pic de recrudescence à l'adolescence. "La transmission est favorisée par la promiscuité. La bactérie se transmet par la salive, les postillons, la toux. Par exemple, les soirées en discothèques favorisent la transmission", précise François Vié Le Sage.

Eviter la transmission. Vacciner les jeunes jusqu'à 24 ans fait partie des recommandations du HCSP. Tant pour éviter l'infection de se développer que pour limiter la transmission de la bactérie. Car nos chers ados sont des "réservoirs" à méningocoque, sans qu'ils ne développent forcément la maladie. "En moyenne 10 % de la population globale est porteuse de cette bactérie, sans que cela soit pathogène. Or ce portage est plus important chez les jeunes de 15 à 24 ans", explique Muhamed-Kheir Taha. L'ado porteur, sans être malade, peut risquer de le transmettre au petit frère. Le fameux nourrisson de moins d'un an, pas encore immunisé.

Les recommandations pourraient évoluer. Aujourd'hui, il est conseillé de vacciner les ados et les jeunes adultes contre la souche C, mais les recommandations pourraient évoluer en fonction du développement et de l'apparition des autres souches dans le pays. A Dijon, la souche détectée était la W. Les médecins préconisent de plus en plus l'utilisation du  vaccin tétravalent A,C,W,Y, qui couvre quatre souches différentes, bien que comme pour le vaccin contre la souche B, il est difficile pour le moment d'évaluer l'efficacité du vaccin sur le long terme.

Les adultes, seulement dans certains cas

Pas une priorité de santé publique.Pour un adulte lambda de plus de 24 ans, le vaccin n'est pas particulièrement recommandé. "On peut se faire vacciner faire mais le nombre de cas est tellement faible que ce n'est pas une priorité de santé publique", pointe Robert Cohen. "La méningite est une infection rare. C'est très embêtants chez les petits, car ils ne peuvent pas dire s'ils ont mal à la tête. Mais en France, la prise en charge est bonne pour les adultes. Ce sont des maladies que l'on surveille bien et que l'on détecte bien", pointe également le médecin Gérald Kierzek.

"Si l'on réfléchit en terme de santé publique, à savoir utiliser les impôts pour lancer des campagnes de vaccination, pour le moment le Haut Conseil de la santé publique juge que vacciner les adultes n'est pas la priorité. Mais si l'on raisonne de façon individuelle alors pourquoi pas", suggère Jean-Paul Stahl, chef de service Maladies infectieuses au CHU de Grenoble. "Car le risque individuel existe. Je considère que c'est une maladie très grave et pour laquelle un vaccin est vraiment protecteur d'autant que les effets secondaires sont très faibles", ajoute-t-il.

Recommandé pour les voyageurs. Pour l'heure, le Haut Conseil de la Santé Publique recommande une vaccination chez l'adulte uniquement dans certains cas  : pour les personnes fragiles ou à risque, en déficit immunitaire, les homosexuels, qui seraient plus exposés au risque d'infection, mais aussi pour les personnes voyageant dans des zones à risque : notamment ceux se rendant en Afrique Subsaharienne où les cas de méningite W sont les plus répandus. Dans ces cas là, on préconise le vaccin multi-souches A, C,W,Y.