Du glyphosate dans les produits alimentaires : faut-il s’inquiéter ?

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Des traces de ce pesticide controversé ont été décelées dans des céréales pour petit-déjeuner, des légumineuses et des pâtes.

Des résidus de glyphosate se nichent dans de nombreux produits du quotidien, alerte jeudi Générations Futures. L'ONG spécialisée dans la défense de l’environnement et des consommateurs a fait analyser trente échantillons. Résultats : des (légères) traces de ce pesticide controversé utilisé notamment dans la fabrication du Roundup ont été décelées dans des céréales pour petit-déjeuner, des légumineuses ou encore des pâtes. Faut-il s’inquiéter ? Sûrement pas à court terme, mais le risque sur le long terme est loin d’être exclu. Décryptage.

Que dit cette nouvelle étude ?

Selon les analyses de Générations futures, "sept céréales de petit-déjeuner sur huit" contenaient du glyphosate. "Sept légumineuses sur douze analysées" en contenaient aussi. La proportion est nettement plus faible pour les pâtes : "deux pâtes alimentaires sur sept en contiennent". En revanche, "aucun des trois autres produits à base de céréales (petits pains secs, biscottes)" ne contenait de glyphosate. Trois échantillons (deux sortes de lentilles et des pois chiches) contenaient aussi de l'AMPA, un produit de dégradation du glyphosate.

Ce n'est pas du tout une bonne nouvelle pour la santé humaine

"Les concentrations (de glyphosate) retrouvées vont de 40 g/kg pour une céréale du petit-déjeuner à 2.100 g/kg pour un échantillon de lentilles sèches", relève Générations Futures. "Il n'y a, pour les aliments bruts (légumineuses), pas de dépassement de limite maximale en résidus (LMR, un seuil réglementaire de concentration de résidus de produits pesticides, NDLR)", précise toutefois l'association, pour qui cette limite est "très élevée" pour les lentilles séchées (10.000g/kg). Il n'existe pas de LMR pour tous les aliments transformés.

Le glyphosate est-il dangereux pour la santé ?

Synthétisé par le géant américain Monsanto dans les années 1970, le glyphosate est aujourd’hui l'herbicide le plus utilisé dans le monde. Depuis les années 2000, son brevet est tombé dans le domaine public et il est utilisé en grande quantité dans de très nombreux produits. Il fait l’objet d’un débat sans fin au sein des instances scientifiques et politiques mondiales.

En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme une substance cancérogène "probable chez l'homme", même si "les preuves sont limitées". Mais six mois plus tard, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a quant à elle jugé ce risque cancérogène "improbable", estimant que la substance n'était pas non plus génotoxique, c'est-à-dire susceptible d'endommager l'ADN.

On est dans l'idéologie

Qui a raison ? Les conclusions de l'agence européenne ont été jugées "faillibles" par 96 scientifiques du monde entier, qui ont rédigé une lettre ouverte au commissaire européen chargé de la Santé. Depuis, une étude des Nations unies et de l'Organisation mondiale pour la santé (OMS) a conclu qu'il était "peu probable que le glyphosate provoque un risque cancérogène chez les humains qui y seraient exposés par l'alimentation." Selon l'OMS, ce résultat est compatible avec celui obtenu par le CIRC, portant notamment sur des cas "de très forte exposition" et lorsque le glyphosate est au contact d’autres substances nocives.

Au sein de l’Union européenne, le débat sur son interdiction doit être tranché avant le 15 décembre. La France est favorable à son interdiction, tout comme le Portugal. Mais ce n’est pas le cas de la Grande-Bretagne, l'Irlande, la République tchèque, la Roumanie et l'Espagne, par exemple. Les autres pays prévoient de s’abstenir, ou n’ont toujours pas communiqué de réponse (c’est le cas de l’Allemagne, notamment).

L’étude de génération Futures est-elle sérieuse ?

Les études de l’ONG sont régulièrement l’objet d’attaques, et celle-ci ne fait pas exception. "Je ne considère pas que les études [de Générations futures]  font foi en matière scientifique", a déclaré Arnaud Rousseau, président de la Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (Fop) pour qui "on est dans l'idéologie". De fait, si des traces de glyphosate ont bien été trouvées dans les produits analysés, l’ONG se garde bien de tirer des conclusions précises sur le risque sanitaire. Comme on l’a vu plus haut, aucun dépassement de la limite maximale en résidus n'a été constaté pour les produits bruts analysés.

Mais l’ONG alerte : il s’agit de produits susceptibles d’être consommés quotidiennement, et parfois même tout au long de la vie. "Évidemment, il n'y a pas de risque d'intoxication aiguë, mais on sait qu'être exposé à un produit cancérogène à côté d'autres, dans d'autres secteurs de l'environnement, pendant des années et des années, ce n'est pas du tout une bonne nouvelle pour la santé humaine", a résumé François Veillerette, porte-parole et directeur de Générations Futures, lors d’une conférence de presse. En clair, l’ONG alerte sur le fait que la dangerosité du glyphosate à grande échelle est encore largement méconnue. Et que sa présence dans l’alimentation quotidienne fait de chaque consommateur un cobaye.