Dialyses : des dérives dans la gestion des hôpitaux ?

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Dialyses : des dérives dans la gestion des hôpitaux ?
Photo d'illustration@ MAXPPP
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ENQUÊTE E1 - Certains hôpitaux préfèrent garder les malades sous dialyse au lieu de les inscrire sur le registre des greffes.

Le budget de la sécurité sociale doit être présenté lundi. Alors que le gouvernement cherche à faire des économies, il y un a secteur sur lequel on pourrait réduire les dépenses de santé : celui de la dialyse. Cet acte médical consiste à purifier le sang des personnes dont la fonction rénale est gravement atteinte. Un acte lourd et contraignant lorsqu’il est réalisé à l’hôpital, puisque les patients doivent s’y rendre au moins trois fois par semaine pour y subir ce type de séance. Europe 1 a enquêté sur ce secteur. Et si effectivement la dialyse coûte cher, le problème est qu’en France, on aurait tendance à garder des malades sous dialyse plusieurs années, au lieu de les inscrire sur le registre des greffes, notamment pour des raisons financières.

La greffe est le meilleur traitement et pourtant. Les médecins sont unanimes : pour la majorité des malades qui souffrent d'une l'insuffisance rénale chronique au stade terminal, la greffe est bien mieux que la dialyse. D’une part, c'est prouvé scientifiquement, la qualité de vie des greffés est meilleure, avec par exemple un meilleur accès à l'emploi. Enfin, les patients transplantés ont une espérance de vie plus longue, et moins de problèmes médicaux que les dialysés. D’autre part, la greffe est beaucoup plus économique. En, effet, la dialyse coûte environ 89.000 euros par an et par patient à la sécurité sociale. La greffe, elle, c'est environ la même chose l'année de la transplantation, mais c'est ensuite 20.000 euros par an.

Le problème c'est qu'en France, certains patients sont clairement pénalisés. Bien que candidats idéals à la transplantation, ils ne sont même pas inscrits sur les listes d'attente pour une greffe. Pour preuve, seul un tiers des personnes dialysées figurent sur ces listes. En Norvège c'est plus du double. "En pratique en France pour les patients de moins de 60 ans, ceux pour lesquels il y a vraiment très peu de contre-indication à la greffe, il faut plus de 15 mois pour qu’ils soient inscrit sur liste d’attente de greffe, explique Yvanie Caillé, directrice de l'association de patients Renaloo. C’est trop. Selon les recommandations, il faudrait que ce soit fait deux ans avant la mise en dialyse."

La dialyse très lucrative limite l’accès à la greffe. Alors, même si ce n’est pas le seul, l'un des freins pour favoriser l’accès à la greffe en France est bel et bien financier. Que ce soit dans le privé comme dans le public, la dialyse est un secteur très lucratif pour les établissements. Dans le secteur public par exemple, la tarification à l'activité mise en place depuis 2004 est loin d’être incitative pour la transplantation rénale. Concrètement, un patient dialysé trois fois par semaine rapporte environ 59.000 euros par an à l'hôpital. A l’inverse, s'occuper du suivi d'un patient en post-greffe ne rapporte que 200 euros environ, c’est-à-dire le prix de huit consultations avec un néphrologue dans l’année. "L’idée n’est pas de réduire le nombre de dialyse, mais en tout cas de favoriser la greffe et également les actions de prévention qui permettent de limiter la progression de la maladie rénale", précise le Pr Christian Combe,  Chef du service de Néphrologie Transplantation Dialyse au CHU de Bordeaux. 

1,7 milliard d’euros d’économies par an en boostant la greffe. D’après les estimations, si la France passait de 45% de patients insuffisants rénaux greffés actuellement à 70%, comme c'est le cas en Norvège, nous pourrions économiser 1,7 milliard d'euros par an. « Il faut probablement une volonté politique très forte pour corriger ce qui se passe depuis des années. Il faut faire évoluer la culture, un changement majeur des pratiques pour que les patients soient moins pénalisés", conclut Yvanie Caillé. Par ailleurs, des expérimentations devraient être lancées en 2015 afin d’évaluer les parcours de soins des insuffisants rénaux. Ces expérimentations prévoient notamment de nouvelles modalités de financement pour la dialyse et la greffe.