Dans quels cas le cannabis thérapeutique peut-il soulager les malades ?

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L'Agence du médicament vient de créer un comité chargé d'évaluer l'efficacité du cannabis thérapeutique pour le marché français. De nombreux scientifiques jugent son usage bénéfique dans le traitement de certaines pathologies.

ON DÉCRYPTE

C'est un pas de plus vers une utilisation moins confidentielle du cannabis thérapeutique en France, soutenue par de nombreux médecins et responsables politiques. Mardi, l'Agence nationale du médicament (ANSM) a amorcé la création d'un "comité scientifique spécialisé temporaire" chargé d'évaluer "la pertinence de développer en France l'utilisation thérapeutique du cannabis". Les membres de ce comité devront rendre leurs premières conclusions "d'ici à la fin de l'année", selon l'ANSM.

Cancers et sclérose en plaques en première ligne. Une initiative précédée, en juillet, par un appel de responsables politiques (LREM, PS, EELV…) et de médecins (addictologues, psychiatre, pneumologues…) à destination de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, afin d'"aller plus vite" sur cet usage. Selon leurs estimations, le cannabis thérapeutique concernerait 300.000 patients français aujourd'hui en souffrance. Argument avancé par les signataires de cette tribune dans Le Parisien : "l'efficacité du produit dans la gestion de la douleur chronique, les troubles physiques provoqués par les chimiothérapies et les spasmes musculaires liés à la sclérose en plaques".

Pour la sclérose en plaques, le cannabis thérapeutique a fait ses preuves

Pour l'heure, seul un médicament à base de cannabis est autorisé en France, le Sativex, utilisé à l'étranger pour soulager les symptômes liés à la sclérose en plaques. Mais pour l'heure, le produit n'est toujours pas commercialisé (voir encadré). "Pour la sclérose en plaques, le cannabis thérapeutique a fait ses preuves", confirme auprès d'Europe 1 le Professeur Amine Benyamina, psychiatre et chef de service addictologie à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Le cannabis thérapeutique a pour effet de réduire la douleur liée aux crampes musculaires et aux spasmes inhérents à cette maladie. Des cas de cancer seraient aussi mieux traités avec un usage thérapeutique du cannabis, selon l'addictologue.

Une "piste" pour d'autres pathologies. Pour d'autres pathologies, en revanche, l'efficacité du cannabis thérapeutique n'est pas encore unanimement reconnue. À commencer par l'Epidiolex, autorisé aux États-Unis depuis le mois de juillet et destiné à soigner deux formes infantiles d'épilepsie, à savoir le syndrome de Lennox-Gastaut et celui de Dravet. Le médicament est composé à 98% de cannabidiol (CBD), une substance de la plante qui permettrait de réduire les crises, selon une étude du New England Journal of Medecine financée par GW Pharmaceuticals, le fabricant de l'Epidiolex et du Sativex. Une conclusion à prendre, donc, avec précaution. Et même si l'apport de l'Epidiolex au CBD est bénéfique, il est loin d'être une solution miracle, pour Stéphane Auvin : "Ce n'est pas parce qu'une molécule a eu un effet sur un patient qu'elle marchera chez tout le monde", tempère le neuropédiatre à l'hôpital Robert-Debré auprès du Figaro.

Selon le Professeur Amine Benyamina, le cannabis thérapeutique est une "piste" pour le traitement du glaucome et de la schizophrénie mais aussi, selon d'autres spécialistes, de la fibromyalgie et des syndromes métaboliques comme le diabète. Utiliser du cannabis thérapeutique aurait également des effets bénéfiques sur les personnes atteintes du Sida en stimulant leur appétit, amoindri par le virus.

À l'étranger, le cannabis thérapeutique peut être utilisé pour d'autres maux comme au Royaume-Uni, où la réglementation est plus souple. L'huile au tetrahydrocannabinol (THC) y est par exemple réputée pour avoir des propriétés anti-inflammatoire et anxiolytique. Le comité mis en place par l'ANSM devra entre autres se prononcer sur le périmètre des pathologies que pourra traiter le cannabis thérapeutique, si son utilisation était étendue en France.

Spray, gouttes ou cigarettes. Aujourd'hui, la prise de ce cannabis thérapeutique peut se faire de plusieurs manières dans les quelque 30 pays qui en ont autorisé l'usage dans le monde. À commencer par la vaporisation buccale, comme avec le Sativex et d'autres produits. "Si je suis en crise et que je ne peux plus du tout bouger, je vaporise - car je ne fume pas - et là ça fait effet très vite", a expliqué mardi sur Europe 1 Corinne, consommatrice illégale de cannabis thérapeutique pour soigner une forme très violente de rhumatisme. "Alors je sens les douleurs de façon lointaine et je peux les supporter." L'Epidiolex s'utilise lui avec des gouttes à avaler, et l'absence de THC épargne les effets psychotropes à l'usager.

Enfin, il est possible de consommer le cannabis thérapeutique en le fumant, comme du haschich "classique". En juillet, Agnès Buzyn a affirmé qu'elle n'excluait pas d'autoriser les cigarettes de cannabis à usage thérapeutique si elles apportaient "un plus" par rapport aux médicaments qui ont déjà reçu un feu vert.

Pourquoi le Sativex n'est toujours pas commercialisé

C'est le premier médicament à base de cannabis autorisé en France. Après une autorisation donnée par l'Agence du médicament en janvier 2014, le Sativex a représenté un espoir pour les malades de sclérose en plaques, mais il n'est toujours pas commercialisé près de cinq ans plus tard. La faute à un "blocage sur les prix", selon le Professeur Amine Benyamina. En France, les 70 euros proposés par le Comité économique des produits de santé (Ceps), qui fixe le prix des médicaments, sont largement inférieurs selon Le Parisien aux 350 euros demandés par le fabricant, tandis que le Sativex est aujourd'hui commercialisé dans 18 pays européens pour un prix moyen de 440 euros.