Clause de conscience chez les pharmaciens : l'accès à la contraception remis en cause ?

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La possible mise en place d'une "clause de conscience" après la révision du code de déontologie des pharmaciens inquiète. Certains professionnels pourraient refuser de délivrer des contraceptifs, comme la pilule du lendemain.

INTERVIEW

L'éventuelle introduction d'une clause de conscience dans le code de déontologie des pharmaciens fait débat après que Laurence Rossignol, la ministre des Droits des Femmes, s'est inquiétée, notamment sur Twitter, d'une remise en cause de l'accès à la contraception. Le texte polémique prévoit que, "sans préjudice du droit des patients à l’accès ou à la continuité des soins, le pharmacien [puisse] refuser d'effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine", tout en étant tenu d’orienter le patient vers un autre professionnel.



Une mauvaise interprétation. "Parfois les tweets partent trop vite… ", relève Gilles Bonnefond, pharmacien et président de l’Union des Syndicats des pharmaciens d’officine, au micro du Grand Direct de la Santé. Pour lui, cette clause "n’a pas du tout été prévue pour l’IVG ou la pilule, mais parce que l’on accompagne de plus en plus patients en fin de vie, avec des médecins à domicile, et ça peut mettre certains pharmaciens en difficulté."

On a été confrontés à des choses très graves, le sida et l’hépatite. Sur qui se sont appuyées les autorités de santé ?

Les pharmaciens en première ligne. Surtout, Gilles Bonnefond dénonce un procès d’intention, en contradiction avec les combats de la profession : "On a été confrontés à des choses très graves, le sida et l’hépatite. Sur qui se sont appuyées les autorités de santé ? Sur les pharmaciens pour développer et banaliser l’utilisation du préservatif. Pour les toxicomanes, on met à la disposition des seringues propres pour éviter qu’ils réutilisent des seringues usagées et s'injectent en même temps le virus du sida et l’hépatite C. Pour les jeunes filles qui ne veulent pas tomber enceintes, et qui ont eu un problème dans leur contraception, on délivre la pilule du lendemain gratuitement. […] Tous les pharmaciens de France le font depuis très longtemps", détaille-t-il.

"On n'a aucune difficulté dans la profession avec ça. On a un seul pharmacien en France qui a refusé de délivrer la pilule du lendemain, et il a été condamné par le même Conseil de l’ordre qui est mis en accusation aujourd’hui", relève néanmoins Gilles Bonnefond qui insiste sur la mobilisation des pharmaciens "sur la prévention, sur le droit des femmes, sur la liberté de choisir sa contraception […]."

N’importe quel médicament, pris à mauvaise dose, peut abroger la vie

Restaurer le dialogue au sein de la chaîne de santé. Pour le docteur Martine Perez, généraliste pour Le Grand Direct de la Santé, cette clause est susceptible d’introduire de la confusion dans les parcours de santé entre le rôle du médecin et celui du pharmacien. En effet, le refus des professionnels de délivrer tel ou tel traitement pourrait égarer le patient, explique la praticienne qui estime qu’un débat entre les deux acteurs sur la prescription serait plus efficace. "Ça rassurerait les patients de savoir que les choses se font dans la clarté et le dialogue", déclare–t-elle. De toute manière, "n’importe quel médicament, pris à mauvaise dose, peut abroger la vie", rappelle-t-elle.

Vers un abandon ? "Si ça doit être mal interprété, je pense que le texte ne sortira pas", conclut Gilles Bonnefond qui souhaite d’abord éviter "un débat inutile, inefficace, et qui peut entraîner une interprétation voire une instrumentalisation".