Xavier Bertrand : À LR, "on n'a peut-être plus grand-chose à faire ensemble"

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Xavier Bertrand : À LR, "on n'a peut-être plus grand-chose à faire ensemble"
@ AFP
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"Nous continuons à vivre ensemble, mais ça fait bien longtemps qu’on ne s’aime plus", estime le président des Hauts-de-France dans le "Journal du dimanche".

Xavier Bertrand l’assure : "Je ne serai pas candidat à l‘élection" à la présidence de LR, qui aura lieu en novembre. "Parce que j’ai décidé de faire de ma région ma priorité", se justifie-t-il. Mais le président des Hauts-de-France, qui donne une interview fleuve au JDD dimanche, a tout de même son mot à dire sur le parti Les Républicains. Et son analyse semble bien peu optimiste sur l’avenir de sa formation politique. "Il n’y a plus grand chose en commun entre nous. Nous continuons à vivre ensemble, mais ça fait bien longtemps qu’on ne s’aime plus. Et on n'a peut-être plus grand-chose à faire ensemble", tranche l’ancien ministre du Travail de Nicolas Sarkozy.

"Ce n'était pas la droite décomplexée mais la droite radicalisée". Au cœur de sa critique : la course aux voix du FN engagée selon lui par une partie de LR, qui aurait éloigné son électorat traditionnel : "Les agriculteurs, les commerçants, les artisans… Sans parler des ouvriers, ou des chercheurs". "Depuis le débat sur l’identité et le discours de Grenoble, faute de résultats, et faute d’avoir fait les réformes complètement, nous n’avons eu de cesse de chercher à tout prix à regagner les électeurs partis au Front national… en courant après le FN. […] On a assisté à une radicalisation du discours. En 2012 comme en 2017, ce n’était pas la droite ‘décomplexée’ mais radicalisée", déplore Xavier Bertrand. Et d’insister : "Cela fait des années qu’on explique que le débat prioritaire c’est la France identitaire. Et si on apportait des réponses à la France inégalitaire ? Avec les fractures sociales, territoriales. Nous ne nous posons plus ces questions parce qu’on est focalisé sur le FN, c’est devenu la boussole de beaucoup de dirigeants. Alors nous avons oublié d’être nous-mêmes, et au bout d’un moment, tout s’écroule".

C’est dans notre pacte fondateur, dans notre ADN l’opposition au FN

"Ouvrons les yeux : nos électeurs nous ont quittés". Le président des Hauts-de-France en est persuadé : la présidentielle aurait été "très difficile" même sans "le Penelope Gate". "Aujourd’hui on nous dit : ‘On a failli revenir à 65 députés, on est quasiment le double, on a sauvé les meubles’. Soyons sérieux ! Nous avons perdu en cinq ans deux élections présidentielles et cette fois, sans être au second tour !  […] Ouvrons les yeux : nos électeurs nous ont quittés. Je ne parle pas seulement de ceux qui sont partis au FN. 20% des électeurs LR auraient voté Macron au premier tour de la présidentielle, 20% encore ont voté En Marche ! au premier tour des législatives, et 30% se sont abstenus. Et demain, on rebondirait naturellement grâce à l’élection du président des Républicains ? Soyons sérieux, le mal est beaucoup plus profond", martèle Xavier Bertrand.

Laurent Wauquiez "court après le FN". Sans trop hésiter, l’ancien maire de Saint-Quentin désigne aujourd’hui une figure, un adversaire au sein du parti, tenante de cette ligne "identitaire" dont il faudrait se défaire : Laurent Wauquiez. "Oui, il court après l’extrême droite. Il le dit lui-même et même Marion Maréchal Le Pen se dit prête à travailler avec lui ! Mais il n’y a pas que ça : il est le candidat de Sens commun. J’ai du respect pour chacun, mais la laïcité dans les partis politiques aussi, ça ferait du bien", tacle Xavier Bertrand dans le JDD. Il lui reproche tout particulièrement – comme il le reproche à Eric Ciotti – de ne pas avoir clairement pris position pour Emmanuel Macron dans l’entre-deux tours de la présidentielle, pour faire barrage à Marine Le Pen. "C’est dans notre pacte fondateur, dans notre ADN l’opposition au FN. Et quinze ans plus tard, nous ne sommes plus capables de dire tous ensemble que si nous ne voulons pas de Le Pen, nous votons donc Macron. C‘est une fracture terrible, qui reste ouverte", tranche le président des Hauts de France.

Méfions-nous du danger de la France Insoumise

"Valérie Pécresse serait une très bonne candidate". Face à la ligne Wauquiez, Xavier Bertrand a choisi son candidat, ou plutôt sa candidate. "Valérie Pécresse serait une très bonne candidate. Je suis prêt à lui apporter mon soutien. Pour gagner, la droite et le centre doivent rassembler, et pas cliver, se réinventer, renouer avec la France populaire, parler à la fois à l’ouvrier et au chef d’entreprise, à l’infirmière et au chirurgien, à l’agriculteur et au fonctionnaire, au rural et à l’urbain. Courir après l‘extrême droite, comme certains en ont l’idée folle, c’est voué à l‘échec", défend-il.

Macron veut "diviser pour mieux régner". S’il veut "rassembler", Xavier Bertrand ne se montre pas moins réticent vis-à-vis des "constructifs", ces députés de droite qui appellent au dialogue avec Emmanuel Macron. "Les constructifs, quoi qu’ils disent, sont ceux qui soutiennent le président Macron et son action". Selon lui, l’ouverture à la droite entreprise par le président de la République n’est qu’un écran de fumée. Et le Premier ministre, membre de LR, ne serait que l’ombre de son président. "Je ne suis pas sûr qu’il [Emmanuel Macron] ait envie de s’ouvrir aux idées des autres. Sinon, Édouard Philippe et les autres ministres de droite auraient immédiatement discuté de l’abandon de la CSG. […] Il a fait venir des gens de droite parce qu’il applique un adage connu : diviser pour régner. Mitterrand, Sarkozy n’ont rien fait d’autre à l’époque".

"Méfions-nous du danger de la France Insoumise", conclut Xavier Bertrand, qui se dit préoccupé par la montée du parti de Jean-Luc Mélenchon autant que par celle du FN. "C’est la première fois depuis 1981 que le président élu n’a pas été le porte-parole de la France populaire. Il est le représentant de la France qui va bien", estime-t-il. Et de conclure : "Si la droite et le centre ne parlent pas à la France des oubliés, dans quelques années l’alternative à Macron, ce sera le FN ou FI".