Voulons-nous un président "normal" ?

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Voulons-nous un président "normal" ?
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Pour les politologues, la stratégie prônée par Hollande peut être payante mais ne suffira pas.

L’un a pris les habits de Monsieur tout le monde, veut incarner un président "normal" et "convaincre Mme Dugenou". L’autre moque cette posture, et insiste, au contraire, sur le caractère exceptionnel de la fonction présidentielle. Alors, qui de François Hollande ou Nicolas Sarkozy a raison ? Quelle stratégie s’avèrera la plus payante ? Les Français attendent t-ils de leur président qu’il soit comme eux ? Europe1.fr a posé la question à des spécialistes des sondages et de la communication.

Un débat sur la "normalité"

Partons de la définition donnée par le Larousse : Normal : "qui est conforme à une moyenne considérée comme une norme ; qui n’a rien d’exceptionnel". L’adjectif est utilisé, le 31 mars, par François Hollande, alors qu’il déclare officiellement sa candidature à la primaire socialiste. Depuis, l’expression a été reprise en boucle par les médias et les politiques, chacun y allant de sa définition sur la "normalité". Même le président en fonction, Nicolas Sarkozy, a été invité à réagir sur la question. Interrogé par l’Express le 3 mai dernier, le président prend la posture de celui qui se place au-dessus de la mêlée. "C'est une fonction qui ne l'est pas (NDLR : normale). J'imagine que François Hollande a voulu être désagréable. C'est son droit. C'est le mien d'essayer d'élever le débat. Il y a tant de gens pour l'abaisser".

Quelques jours plus tard, le chef de l’Etat répond cette fois réellement à la question, répliquant que le positionnement de François Hollande constitue à ses yeux "une erreur monumentale" au motif que "pas un Français ne pense que c'est un poste normal". "Il y a une énorme vague qui veut de l’épicé, du vrai tempérament et des vraies idées. Ceux qui sont déçus par moi ne le sont pas parce que j’en fais trop, mais parce que je n’en fais pas assez", affirme Nicolas Sarkozy, dans des propos rapportés par le journaliste Arnaud Leparmentier sur son blog.

Une analyse partagée par Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l’Ifop. "Nos enquêtes montrent que les éléments sur la personnalité comptent moins que les promesses électorales non tenues", affirme le sondeur.

Incarner "Monsieur tout le monde" ne suffit pas

Pour autant, la carte proximité n’est pas à négliger pour les prétendants à l’Elysée. "On est passé d’une proximité admirative, incarnée par un Charles de Gaulle ou un François Mitterrand à une proximité identificatoire, où l’on se dit "cette personne me ressemble", explique Frédéric Dabi. De ce point de vue, la "normalité" mise en avant par le député de Corrèze, pourrait s'avérer payante. "François Hollande et Jean-Louis Borloo remplissent parfaitement ce rôle", ajoute le spécialiste des sondages.

Mais sur le long terme, cette stratégie ne suffirait pas, assure Stéphane Rozès, président de Conseils, Analyses et Perpectives (Cap). Se positionner comme étant un candidat normal est "une condition nécessaire mais n’est pas suffisante car la présidentielle doit être le moment où l'homme politique normal se laisse incarner par la Nation", décrypte le politologue. Une mue au cours de laquelle le candidat à la présidentielle atteint une forme de dépassement pour s’éloigner un peu plus de la normalité. Les couches populaires et les personnes âgées seraient les catégories les plus sensibles à cette "incarnation" du candidat à l’Elysée.

Un président crédible

Plus qu’un président "normal ", les Français attendraient de la crédibilité et un chef de l’Etat qui ne s’exonère pas de ses responsabilités. "Les Français ne veulent plus de super-héros en recherche de performance, mais un personnage sympathique et sérieux incarnant des idées ou un programme", assure Michel Bongrand, spécialiste de la communication et auteur de l’ouvrage Le Marketing politicien. Et de conclure : l’image ne fait pas tout. "Présentez George Clooney à une élection, à moins qu’il ait un vrai programme, il ne gagnera pas".