Vote, abstention, indécision... Dans la tête des électeurs français

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Vote, abstention, indécision... Dans la tête des électeurs français
À J-30 de la présidentielle, une large part de Français ne sait toujours pas pour qui voter.@ JEFF PACHOUD / AFP
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À 30 jours du premier tour de la présidentielle, que pensent les Français ? Pour qui vont-ils voter ? Sont-ils certains de se déplacer ? Peuvent-ils encore changer d'avis ?

Et à la fin, ce sont eux qui choisiront. Les électeurs français ont encore 30 jours pour décider ce qu'ils feront au premier tour de l'élection présidentielle. Pour tenter d'en savoir un peu plus, Europe1.fr a épluché pour vous toutes les enquêtes réalisées ces derniers jours. Entre intérêt pour le scrutin, ras-le-bol généralisé et convictions, plongée dans la tête des électeurs français.

Les Français intéressés par l'élection

Une campagne parasitée par les affaires, dans laquelle les débats de fond n'auraient plus aucune place, sur fond de défiance envers la politique et ceux qui la font : sur le papier, la présidentielle 2017 n'a pas grand-chose pour plaire. Dans sa dernière vague d'enquête, réalisée par l'institut Ipsos, le Cevipof montre ainsi que pour 77% des Français, le débat public a tendance à s'appauvrir. La faute, notamment aux poursuites judiciaires engagées contre François Fillon et Marine Le Pen, qui monopolisent l'attention. Pourtant, l'élection du président de la République passionne toujours les Français. Toujours selon le Cevipof, 79% des personnes interrogées se déclarent intéressées par le scrutin. Cet intérêt a nettement augmenté avec la primaire de la droite. Avant, 74% des sondés répondaient affirmativement. Après, ce taux a bondi à 81%.

Preuve aussi que la présidentielle n'a pas dégoûté tout le monde, 9,77 millions de personnes étaient devant TF1 lundi soir, pour le débat réunissant cinq des onze candidats. Une audience exceptionnelle, surtout pour une émission qui n'était programmée que sur les chaînes d'un même groupe (TF1 et LCI). À titre de comparaison, le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande entre les deux tours en 2012 avait été regardé par 17,8 millions de téléspectateurs. Non seulement c'était un débat d'entre-deux tours, mais il était diffusé sur France 2 et TF1 en même temps.

Mais beaucoup ne sont pas sûrs d'aller voter

Une part importante de Français pourrait ne pas glisser de bulletin dans l'urne le 23 avril prochain. Dans une enquête réalisée mardi et mercredi pour Tilder et LCI, l'institut OpinionWay fait état de 60% de sondés qui se disent "tout à fait certains d'aller voter". En revanche, 22% assurent qu'ils n'iront pas voter et 17% hésitent encore. Ce qui fait donc 22% d'abstentionnistes et 17% d'abstentionnistes potentiels.

Qui sont ces Français qui ne comptent pas se déplacer ? Beaucoup de jeunes, puisqu'un tiers des 18-34 ans assure qu'il ne votera pas au premier tour, toujours selon OpinionWay. Si on s'intéresse aux catégories socioprofesionnelles, ce sont les classes populaires qui s'abstiennent le plus, mais la différence n'est pas énorme entre les cadres supérieurs et les ouvriers.

Les vagues d'enquête du Cevipof permettent de connaître les raisons de l'abstention. Les Français qui ne comptent pas, ou ne sont pas certains de voter expliquent d'abord "qu'aucun candidat ne [leur] paraît convaincant". Cet argument, ce sont surtout les électeurs qui ne se placent ni très à gauche ni très à droite, mais bien au centre, qui le brandissent. Deuxième raison avancée : l'abstention est un moyen de "manifester [son] mécontentement". Une colère que l'on retrouve notamment, souligne le Cevipof, chez les retraités qui renoncent à aller aux urnes. Enfin, beaucoup parmi les jeunes et les classes populaires choisissent de ne pas voter car "cela ne changera rien".

Les électeurs se tournent vers Marine Le Pen et Emmanuel Macron

Toutes les enquêtes réalisées ce mois-ci montrent une même tendance : Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont les deux candidats les plus plébiscités par les Français, suivis de François Fillon, puis Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon au coude à coude. Ce qui n'empêche pas les rapports de force d'évoluer.

Le débat organisé par TF1 lundi entre les cinq plus "gros" candidats semble avoir eu un effet sur les intentions de vote des électeurs. Dans le "rolling" Ifop du 23 mars, Emmanuel Macron passe en tête pour la première fois, avec 26% des intentions de vote. Marine Le Pen, elle, est créditée de 25% des voix. En troisième position, François Fillon est à 18%. Jean-Luc Mélenchon, repassé devant Benoît Hamon, récolte 12,5% des intentions de vote, suivis du socialiste à 11%. Nicolas Dupont-Aignan, à 5,5%, devance Jean Lassalle (1%), Philippe Poutou et Nathalie Arthaud (0,5%), tandis que les scores de François Asselineau et Jacques Cheminade sont trop faibles pour être quantifiés.

Des choix qui restent à confirmer

Si les sondages sont à prendre avec précaution, ce n'est pas uniquement une question de marge d'erreur ou de "vote caché". C'est aussi parce que plus de quatre électeurs sur dix (41%), selon le Cevipof, peuvent encore changer d'avis. Ce pourcentage a tendance à baisser à l'approche du scrutin, mais reste non négligeable. Surtout, tous les candidats ne sont pas égaux devant l'indécision des Français.

Celles et ceux qui disent voter Marine Le Pen ou François Fillon sont beaucoup plus sûrs d'eux que les autres : 78% des électeurs de la présidente du Front national ne changeront pas d'avis, selon le Cevipof. Pour le vainqueur de la primaire de la droite, c'est 69%. À l'inverse, l'électorat d'Emmanuel Macron, Benoît Hamon ou Nicolas Dupont-Aignan est très volatile. La moitié des partisans (actuels) du fondateur d'En Marche!  déclarent pouvoir encore glisser un autre bulletin que le sien dans l'urne. C'est aussi le cas de 53% des électeurs du candidat socialiste et 62% de ceux du président de Debout la France. Et tous les instituts de sondage tombent sur des chiffres similaires. Certains candidats pourraient donc tomber de haut le 23 avril.

Les électeurs ont une mauvaise image des candidats

Au fil des enquêtes, l'image des politiques apparaît très dégradée. Une étude du Cevipof montre ainsi qu'Emmanuel Macron est le seul à ne pas être détesté par une majorité de sondés puisque "seulement" 41% des personnes interrogées ne l'aiment pas. Un bon tiers (36%) l'apprécie moyennement et 22% l'aiment. Benoît Hamon arrive derrière lui, détesté par 51% des sondés, moyennement apprécié par 30% d'entre eux et aimé par 17%. Il est suivi de Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen est indéniablement la personnalité politique la plus clivante. D'un côté, 25% des personnes interrogées déclarent l'apprécier, ce qui est le meilleur score de tous les candidats. De l'autre, 60% la détestent, ce qui est là encore un quasi-record. La présidente du Front national peut néanmoins se targuer d'être moins haïe que François Fillon et Nathalie Arthaud, les deux personnalités détestées par 64% des gens.

Au-delà de la simple appréciation, les électeurs jugent aussi très sévèrement la crédibilité des candidats. Dans une étude de l'Ifop réalisée mi-mars, qui ne prend en compte que cinq participants à la présidentielle sur onze, ces derniers peinent à convaincre. Seuls Emmanuel Macron et Marine Le Pen surnagent. Le premier est jugé le plus crédible pour agir sur le pouvoir d'achat, sur le chômage, le montant de la retraite, la scolarité des enfants et le coût et la recherche de logement. La présidente du Front national, elle, devance ses concurrents sur le terrain du terrorisme, l'immigration, la sécurité, l'extrémisme religieux, l'extrémisme politique. Benoît Hamon n'est cité en premier que sur le thème de la pollution.

Surtout, sur tous les sujets sauf l'immigration, une grosse part des Français bottent en touche et déclarent ne trouver "aucun" des candidats crédible. Logique, dès lors, que les abstentionnistes potentiels soient si nombreux.