Valls, Morano, Hollande : quand Thomas Thévenoud se livre

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Valls, Morano, Hollande : quand Thomas Thévenoud se livre
@ © PATRICK KOVARIK / AFP
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L’ancien secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, poussé à la démission pour ses déboires administratifs et financiers, raconte sa chute dans Une phobie française (Grasset). 

C’est son "histoire", celle du "récit personnel et parfois intime d’un enfant perdu de la politique, d’un ministre de 9 jours, d’un phobique administratif". Thomas Thévenoud publie mercredi Une phobie française (Grasset). Près de 330 pages qui racontent l’ascension puis la chute de ce ministre très éphémère, de ce roi de la procrastination qui, faute d’avoir payé ses impôts à l’heure, fût poussé à la démission le 4 septembre 2014. Le résultat ? Un récit qui se lit comme un roman dans lequel Thomas Thévenoud ne s’épargne pas mais n’épargne pas non plus les autres. Europe 1 a sélectionné cinq anecdotes du livre du député de Saône-et-Loire, que les intéressés ne manqueront pas d'apprécier.

  • Le discours de Manuel Valls fait "vomir" Thomas Thévenoud

Le Premier ministre n’a clairement pas le beau rôle. Dans l’une de ses premières apparitions, Manuel Valls semble ainsi beaucoup plus préoccupé par le sort de son chien Homère, qui a "un cancer" selon Thevenoud, que par le rapport du député sur les taxis et les VTC. Le chef du gouvernement est à nouveau évoqué lorsqu’il pousse son secrétaire d’Etat à la démission. "Quand il est énervé, il marche les jambes écartées comme un cow-boy", se souvient Thomas Thevenoud. Manuel Valls lui annonce que "la décision est prise" et que l’"on ne va pas pouvoir [le] garder". "Tu n’es qu’un secrétaire d’Etat. Personne ne te connaît. Tu pourras t’en sortir", lui dit le Premier ministre.

Enfin, Manuel Valls réapparaît lors de son discours devant l’Assemblée nationale après que le scandale ait éclaté. Les mots du Premier ministre sont durs. Thomas Thevenoud les entend sur son portable, penché au-dessus de la cuvette des toilettes. "Ces premiers mots me soulèvent le cœur. Un spasme m’oblige à vomir". Le désormais pestiféré vomira plusieurs fois, pleurera mais recevra aussi ce SMS d’un très proche de Manuel Valls : "je voulais simplement te dire que nous sommes quelques-uns cet après-midi à penser à toi pendant que Manuel nous fait son numéro. C’est un bien petit torero que celui qui torée sans taureau".

  • La petite blague de Hollande

Contrairement à Manuel Valls, François Hollande apparaît peu dans le livre de l’ancien secrétaire d’Etat. Ce dernier est convié pour la première fois à l’Elysée l’année de son élection comme député, en juin 2012. Thomas Thévenoud est alors en vacances au ski. Mais un rendez-vous au Château avec d’autres parlementaires, ça ne se rate pas. Le député ira donc "en veste de velours et en jean" mais surtout, il arrive en retard. Selon ses collègues, il est "déconsidéré aux yeux du président". Visiblement pas puisque François Hollande l’interpelle : "Alors, Thomas, tu es venu en taxi ? Ça roule mal ? C’est la circulation ? Tu aurais dû prendre un VTC, tu vois". Un clin d’œil à la mission dont il est alors chargé sur les taxis et les VTC. 

  • Les conseils de Nadine Morano

Nous sommes dans un salon de coiffure à deux pas de l’Assemblée nationale, quelque part en 2014. Thomas Thévenoud croise Nadine Morano qui lui assène : "C’est votre premier mandat ? Alors vous n’entrerez pas. On n’est jamais appelé au gouvernement la première fois". Et le député de lui faire remarquer que ça a été son cas. Réplique de l’ancienne ministre : "Moi, c’était différent. J’étais une intime du président et il avait besoin de moi. En tout cas, si j’ai un conseil à vous donner, c’est de faire campagne". Thomas Thevenoud lui glisse alors à l’oreille qu’il n’a même pas le "06 du président". "Elle me regarde désespérée", écrit-il. "Vous n’avez pas le portable de Hollande ?", lui répond Nadine Morano. "Mais vous êtes le seul à ne pas l’avoir à Paris. Même moi, je l’ai. Si vous voulez, je vous le donne".

  • Le texto de Jérôme Cahuzac

La nouvelle de ses retards de paiements vient d’éclater dans la presse, le 5 septembre 2014. "Je saisis l’ampleur du scandale", écrit Thomas Thevenoud. Neuf jours seulement après sa nomination au gouvernement, le voilà obligé de démissionner à cause de cette "phobie administrative". Le lendemain, "s’affiche le premier texto de la journée". C’est Jérôme Cahuzac. L'ex-ministre du Budget, contraint lui aussi à démissionner quelques mois auparavant après la révélation d’un compte en Suisse, lui envoie un message de réconfort : "permets-moi de te dire ma tristesse pour toi car je sais bien que tu étais sincère dans propos et des attitudes que l’on va désormais te reprocher avec virulence. Je te souhaite courage et force". Thomas Thevenoud se met alors à penser : "Il va devenir mon camarade d’infamie. Nos noms vont désormais se suivre et errer comme deux âmes en peine dans l’immensité des réseaux sociaux".

  • Le "tu vas te faire du pognon" de Jean-Marie Le Guen

Thomas Thevenoud vient d’être nommé au secrétariat d’Etat au commerce extérieur. Premier Conseil des ministres. A sa gauche, Jean-Marie Le Guen, ministre chargé des Relations avec le Parlement, lui susurre à la fin quelques mots : "Qu’est-ce que j’aurais aimé être à ta place ! (…) Moi, je suis obligé de me taper toutes les séances à l’Assemblée et au Sénat, les petits égos des uns et des autres, les frondeurs et les lèche-bottes". Le ministre poursuit : "Quoi qu’il arrive, tu as réussi ta vie ! Quand tu ne seras plus ministre, tu seras recruté par une grande boîte pour ton carnet d’adresses à l’international. Tu vas te faire un max de pognon, mon gars".