Un petit gouvernement, c'est vraiment mieux ?

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Un petit gouvernement, c'est vraiment mieux ?
Le futur gouvernement de Manuel Valls sera plus "resséré" que le précédent.@ REUTERS
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QUESTION DE TAILLE - François Hollande a annoncé que Manuel Valls prendra la tête d'une "équipe resserrée, un gouvernement de combat".

La question. Se dirige-t-on vers un gouvernement avec moins de ministres ? Manuel Valls, choisi par François Hollande pour devenir le nouveau Premier ministre, formera "une équipe resserrée. Un gouvernement de combat", a annoncé le chef de l’État lundi. 



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Loin d'être un record. Avec 38 membres, ministres délégués compris, le gouvernement Ayrault était loin de battre les records de la Ve république. Ce dernier est détenu par le gouvernement de Michel Rocard, de 1988 à 1991, avec 49 membres. Le plus petit gouvernement était celui de François Fillon, qui a compté 20 membres… pendant un mois, juste après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence, en 2007. Après les législatives de la même année, le gouvernement Fillon comptait déjà 30 membres : 15 ministres et 15 secrétaires d'Etat. Puis il en comptera jusqu'à 37 par la suite, soit un de moins que l'actuel.

Le gouvernement Fillon I

© REUTERS

Une exception française. Avec le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, La France avait bel et bien un caractère d'exception. En moyenne, on trouve 21 ministres (ou délégués) par pays de l'Union européenne, quelque soit la taille du pays. Il y en a, par exemple, 18 au Luxembourg et 21 en Suède. Et en Allemagne, où une grande partie du pouvoir est confiée aux Landers, les organes de pouvoir régionaux, le gouvernement fédéral oscille entre 15 et 20 membres depuis l'arrivée d'Angela Merkel. En Italie, en revanche, le dernier gouvernement comptait 76 membres, même si son nouveau chef, Matteo Renzi, promet une équipe plus restreinte.

"La taille du gouvernement français est liée au modèle de l’État providence, interventionniste, couvrant de nombreux domaines", allant des Anciens combattants à l'Economie numérique, décryptait pour Europe1.fr Jean Garrigues, historien de la politique, le 3 mars dernier. "Mais elle s'explique aussi par une nécessité d'équilibre politique. Les responsables politiques doivent intégrer les multiples composantes et tendances de leur majorité et de leur parti", poursuit le politologue, auteur du Monde selon Clémenceau (Tallandier), dirigeant connu pour avoir gouverné seul, "avec environ trois collaborateurs".

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Trop de ministres tue le ministrepar Europe1fr

Est-ce vraiment la taille qui compte ? L'Histoire ne montre pas forcément de lien entre la taille du gouvernement et son efficacité. "Sous la IIIe République, il était d'usage de gouverner avec une quinzaine de ministres. Pourtant, on leur reprochait leur immobilisme. Et le gouvernement du Front populaire, connu pour ses réformes, en avait le double", détaillait Jean Garrigues.

Eté 1972 : Jacques Chaban - Delmas démissionne

"Plus récemment : Chaban-Delmas, Chirac ou encore Mauroy ont dirigé des gouvernements très étoffés et ont été des gouvernements de réformes, plutôt efficaces. Mais il y a des contre-exemples. À la libération, les gouvernements ont été très resserrés et pourtant très, très efficaces. C'est difficile d'énoncer une règle", poursuit le politologue.

Une question de timing. Et pour cause : la composition d'une équipe restreinte est à double tranchant. "Dans un gouvernement trop resserré, un ministre peut se retrouver débordé. Et cela implique qu'il n'y ait plus que des poids lourds, susceptibles de résister à l'autorité du Premier ministre", décrypte Jean-Garrigues. "À l'inverse, cela peut éviter certaines frictions, comme on a pu voir entre Rama Yade (Droits de l'Homme) et Bernard Kouchner (Affaires étrangères) sous le premier gouvernement Fillon", poursuit le spécialiste.

Et le politologue de conclure : "ce que l'on peut dire, c'est qu'en période de crise, l'efficacité prime. Et l'on a tendance à resserrer les mécanismes de décisions. À grands maux, grands remèdes. À grandes crises, gouvernements resserrés".


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