Sarkozy revu et corrigé par 2 économistes

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Sarkozy revu et corrigé par 2 économistes
Sarkozy a fait exercice de pédagogie, jeudi soir, France 2 et TF1.
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Euro, budget, croissance : Europe1.fr a demandé à des experts de décrypter le message présidentiel.

A six mois d'une élection présidentielle pour laquelle il devrait se déclarer candidat fin janvier-début février, Nicolas Sarkozy s’est invité à la télévision pour parler de la crise, de la dette, du sauvetage de l’euro. Un discours très économique donc, qu’Europe1.fr a fait décrypter par deux spécialistes en la matière : Bruno Jérôme, maître de conférence à Paris II et de Philippe Waechter, directeur de la Recherche économique chez Natixis Asset Management. Voici leurs réponses.

Qu’avez-vous pensé de l’intervention du président ?

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Philippe Waechter - "C’était un exercice pré-électoral. Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de répéter que la situation actuelle était imputable à ses prédécesseurs. Il a évoqué la réforme des retraites de 1983, celle des 35 heures en 2001… Bref, à l’écouter, aucune décision prise depuis 2002 n’a de responsabilité dans la crise. Mais que n’a-t-il fait, lui, pour redresser la situation depuis le début de son quinquennat ? Au final, le message aurait dû être plus court et ciblé uniquement sur les questions européennes et l'impact sur la France. Là, son intervention est partie sur le budget ou encore sa candidature en 2012, laissant un sentiment de flou sur les questions économiques. Dommage".

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Bruno Jérôme - "Nicolas Sarkozy a été relativement pédagogue sur des sujets très vastes. Il a été convaincant sur plusieurs points, notamment quand il a expliqué que le monde - et pas uniquement l’Europe - aurait été touché par l’absence d’accord sur la crise de l’Euro. Il y a eu toutefois plusieurs zones d’ombre : par exemple, on ne sait toujours rien des partenariats chinois. Le chef de l'Etat ne s’est pas attardé sur la question. Il a également été moins convaincant sur les problèmes budgétaires, notamment sur l’impact du passage de 1,75% de croissance à 1%. Enfin, le président n'a curieusement donné aucune piste sur la manière dont il comptait trouver 6 à 8 milliards d’économies ! Il a également repoussé le mot de 'rigueur', alors que sans nul doute, cela va déboucher sur un plan d’austérité."



Un carton rouge à donner ?

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Philippe Waechter - "Le président a souvent été très imprécis. Notamment lorsqu’il a cité 'tous ces pays qui n’ont pas fait de réforme des retraites et qui ont vu leurs salaires baisser'. Certes, c’est vrai. Mais, cela n’a aucun lien de causalité. Nicolas Sarkozy est aussi resté très flou sur la convergence franco-allemande. Ce n’est pas parce qu’il y a convergence, que l’avantage concurrentiel allemand dans l’industrie va se partager avec la France… Enfin, sur la réduction des déficits, le chef de l’Etat s’est contenté de marteler des chiffres, sans expliquer ce qu’il allait faire pour les atteindre. Il n’y avait pas d’histoires à raconter. On ne sait pas par quel levier il va redresser la situation. Or, c’est en général ce que regardent les investisseurs".

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Bruno Jérôme - "Nicolas Sarkozy qui a pourtant expliqué qu’il faut - quand on a une monnaie unique - penser la politique économique au niveau européen, n’a rien dit sur les conséquences d’un tel processus, sur ce qu’implique, à ce niveau, l’avancée du fédéralisme".  



Un point que vous avez trouvé intéressant ?

Ph-Waechter-Natixis-AM

Philippe Waechter - "Le président a demandé des efforts aux entreprises et à la fonction publique. En somme, face aux challenges que la France a à relever, tout le monde doit contribuer à fournir la réponse. Sans être populiste, c’est une réponse cohérente, sur une question d’actualité : aujourd’hui quelle doit être la place de l’Etat ? "

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Bruno Jérôme - "Sur la politique budgétaire, il a eu la franchise de dire qu’en France, on commence par dépenser et on ensuite on prélève. Il n’est pas viable de financer la redistribution par de la dette".