Réforme territoriale : cette autre bataille qui ne dit pas son nom

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Réforme territoriale : cette autre bataille qui ne dit pas son nom
De l'orage entre Martine Aubry et Manuel Valls ?@ MaxPPP
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DÉCRYPTAGE - Martine Aubry est opposée à la fusion du Nord et de la Picardie. Ses proches en veulent à Manuel Valls.

L’INFO. Elle est furieuse. Silencieuse depuis des mois, Martine Aubry n’a, cette fois, pas réussi à tenir sa langue. La raison de son courroux ? La dernière version de la réforme territoriale envisage une fusion entre "sa" région Nord et la Picardie. Et ça, la maire de Lille ne veut pas en entendre parler. Mais, en coulisses, c’est une autre lutte qui se dessine, celle entre Manuel Valls - qui a validé la carte en question - et Martine Aubry, qui a du mal à cacher ses désaccords avec la politique menée par le gouvernement.

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La fusion Nord-Picardie ne passe pas. "On ne peut pas, sans discussion et brutalement, vouloir fusionner deux régions en grande difficulté. C'est une aberration économique et sociale que nous condamnons", a écrit l'ex-première secrétaire du PS dans un communiqué, mardi soir. Une "aberration", le mot est fort. Mais, depuis des mois, Martine Aubry bout. La politique du gouvernement ne lui convient pas, et c’est un euphémisme. Alors, via ses proches, elle a menacé d’exprimer publiquement ses critiques car elle estime que "Manuel Valls n'a pas tenu l'engagement qu'il avait pris auprès d'elle". "Si elle n'est pas écoutée, elle risque de prendre la parole pour de bon, et pas uniquement sur ce sujet", menace un de ses proches dans Le Monde.

Et l’intérêt du Premier ministre dans tout ça ? Manuel Valls faisait partie des quadras qui, il y a quelques années, voulaient tout changer au PS, y compris son nom. La réplique de la patronne d’alors de la rue de Solferino avait fait du bruit : une lettre rendue publique enjoignant Valls à quitter le parti ou à cesser ses critiques. Dur à avaler pour cet ambitieux. Et Manuel Valls sait que la maire de Lille reste extrêmement populaire, elle qui incarne une autre gauche que la sienne.

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Les régionales dans le viseur ? Fermée à un retour au sein du gouvernement ailleurs qu’à Matignon, Martine Aubry pourrait en revanche, selon plusieurs indiscrétions, briguer la tête de liste PS aux régionales de 2015. Rapprocher la Picardie du Nord deviendrait extrêmement dangereux pour elle eu égard aux excellents scores réalisés dans ce coin de France par Marine Le Pen. "J'espère qu'on ne reprochera pas au groupe socialiste d'avoir favorisé l'élection de Marine Le Pen dans une nouvelle grande région à un an de la présidentielle", tacle déjà Daniel Percheron, le président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, dans la Voix du Nord.

David Assouline affirme toutefois qu’il ne "l’a jamais entendu évoquer la possibilité d’aller aux régionales. Son truc, c’est Lille, elle y est heureuse". Pierre-Alain Muet ne dit pas autre chose. Manuel Valls en est apparemment moins convaincu.

Tout faire aujourd’hui pour l’empêcher de revenir demain au premier plan ? L’hypothèse peut sembler machiavélique. Mais elle a germé dans certains esprits aubrystes. Du moins sous couvert d’anonymat. "Il ne veut pas courir le risque de l’avoir dans les pattes dans les années à venir", décrypte l’un d’entre eux.  David Assouline, sénateur de Paris et proche de Martine Aubry, assure pourtant à Europe 1 "ne pas croire du tout à cette théorie". Le député lyonnais, Pierre-Alain Muet, lui aussi proche de la maire de Lille, a aussi des doutes, même s’il reconnaît qu’il "peut y avoir quelques provocations chez les amis de Valls, de temps en temps."

L’hémicycle, instrument de sa vengeance ? Dans cette lutte d’égos, Martine Aubry a d’ores et déjà trouvé un moyen détourné de glisser des petits cailloux dans la chaussure de son meilleur ennemi.  Discrètement et sans le dire, bien sûr. Quand le budget rectificatif de la Sécu a été présenté à l’Assemblée nationale en début de semaine, des députés socialistes ont annoncé leur intention de s’abstenir, plaçant une nouvelle fois le gouvernement dans l’embarras. A la tête de ces frondeurs, Christian Paul et Jean-Marc Germain, deux élus très proches de la maire de Lille. Tout sauf anodin. "Elle a forcément donné son imprimatur", confirme sur Atlantico le journaliste du Figaro François-Xavier Bourmaud, spécialiste du PS et auteur de livre sur le sujet. La bataille entre les deux ne fait que commencer.