Qui aura la palme du ministre "normal" ?

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Qui aura la palme du ministre "normal" ?
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Comme François Hollande, les ministres privilégient les modes de transport low-cost.

Exemplarité. Intégrité. Normalité. En signant le 17 mai, lors du premier Conseil des ministres, la charte de déontologie (pour consulter le PDF, cliquez-ici), les 34 membres du gouvernement Ayrault se sont engagés à jouer le jeu "du ministre normal". Une feuille de route pour incarner au mieux la simplicité exigée par François Hollande. Le président a fait de la "normalité" un argument de campagne et une ligne de conduite depuis qu'il est élu. Il était donc normal qu'il en demande autant à ses ministres.

"On est suivis de très près par Matignon"

Déclinée en cinq chapitres, la charte comprend un volet "intégrité et exemplarité". "Les membres du gouvernement privilégient le train pour les déplacements d’une durée inférieure à trois heures", stipule le texte. Le règlement intérieur est donc simple : la voiture doit être favorisée pour les courtes distances, le train pour les trajets inférieurs à trois heures, l'avion au-delà. Et gare à celui qui enfreint les règles. "On est suivis de très près par les services de Matignon", confie à Europe1.fr le collaborateur d'un ministre. "En cas de non-respect, le rappel à l'ordre est immédiat", ajoute le haut- fonctionnaire.

Pas question, donc, de dépenser les deniers de l'Etat en déplacements coûteux. Place aux modes de transport "low-cost". Qu'on s'appelle Cécile Duflot ou… Laurent Fabius. Le ministre des Affaires étrangères a dû écourter une réunion internationale, lundi, à Berlin, pour prendre un avion low-cost à destination de Rome. Laurent Fabius n'a pu répondre qu'à une seule question de journalistes et a filé à l'aéroport, sous le regard mi-amusé, mi perplexe des diplomates allemands, rapporte le Figaro.

Fabius, Valls, tout le monde s'y met

Tous les membres du gouvernement jouent le jeu. En déplacement sur les lieux du braquage d'un fourgon blindé à Aubervilliers, mardi, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls a choisi de rentrer place Beauvau … en empruntant le métro, comme tout citoyen lambda. Image d'un ministre normal, donc. Proche des gens et attentif à leurs préoccupations quotidiennes. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a, lui, demandé à ses collaborateurs de lui réserver des billets de train… uniquement en seconde classe. Un mode de transport également privilégié par François Hollande. Pour son premier déplacement à Bruxelles, le président avait pris le Thalys, marquant ainsi sa différence avec son prédécesseur.

"Cette normalité dans l'exercice de la fonction politique est appréciée par les Français", assure le politologue Stéphane Rozès, contacté par Europe1.fr. Pour autant, est-elle tenable sur la durée ? "Leurs modes de transport doivent rester adaptés à leurs fonctions", estime le fondateur de l’agence CAP. Sous couvert d'anonymat, un collaborateur reconnaît que la "normalité" n'est pas applicable au même degré par tous les membres de gouvernement. Question de hiérarchie. Il sera toujours plus facile pour tel ou tel petit ministère de prendre le train et des avions aux horaires impossibles …

Les pointes à 200 km/heure, c'est fini

La normalité version Hollande, c'est aussi en finir avec les passe-droits. Les motards qui accompagnaient habituellement les déplacements en voitures des ministres sont aujourd'hui l'exception et non plus la règle. "Sauf contrainte particulière justifiant une escorte motocycliste, les déplacements en automobile se font dans la discrétion et le respect des règles du code de la route", stipule la charte de déontologie. "Ces escortes ne sont pas là pour la sécurité, mais pour aller plus vite, griller un feu rouge, rouler à contresens…", déplore le directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault, Christophe Chantepy, interrogé par Paris Match. Or, dans une présidence et un gouvernement normaux, les pointes à 200 km/heure sur l'autoroute, c'est fini.