Que vont faire ceux qui ont lâché Fillon ?

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Que vont faire ceux qui ont lâché Fillon ?
Dominique Bussereau, Thierry Solère et Gérald Darmanin ont tous les trois lâché François Fillon.@ AFP
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Beaucoup d'élus se sont mis en retrait de la campagne, voire ont démissionné de leurs fonctions. François Fillon conforté comme candidat, ils sont face à un dilemme.

Ils sont nombreux, plusieurs centaines, à s'être manifestés la semaine dernière. Des élus de la droite et du centre énervés, dégoûtés, attristés par l'attitude de François Fillon ont claqué la porte. Dénonçant le revirement de leur candidat qui avait promis de se retirer s'il était mis en examen, avant de finalement s'accrocher coûte que coûte, ils avaient annoncé leur retrait de la campagne, voire démissionné de leur poste dans l'organigramme. Tous espéraient que François Fillon, lâché par tous, finisse par rendre les armes.

Mais le vainqueur de la primaire a tenu. Le voilà conforté dans son costume de candidat par le comité politique des Républicains qui, lundi soir, lui a renouvelé "à l'unanimité son soutien", selon les mots de son président, Gérard Larcher. Pour les dissidents, c'est l'heure du choix : rester fidèle à leurs convictions ou revenir dans le giron du seul candidat de leur camp ?

Ceux qui restent en retrait

Certains sont partis et ne comptent pas revenir. C'est le cas, notamment de Dominique Bussereau, député LR, qui avait annoncé vendredi son retrait de la campagne. "Je ne change pas d'avis", a-t-il réagi au micro d'Europe 1 après l'annonce du comité politique. "Je considère que nous allons dans le mur et je n'ai pas envie de faire partie du train qui fonce en klaxonnant dans le mur. La fin de partie, ce sont des sondages invraisemblables et une descente politique aux enfers. Je n'ai pas envie de m'associer à ce toboggan."

Sébastien Huyghe, député proche de Nicolas Sarkozy, avait lui appelé au retrait de François Fillon. Et continue de le faire. "Il faut quelqu'un qui soit capable de l'emporter et ce n'est plus le cas [du vainqueur de la primaire]", martèle-t-il à Europe 1. "Il n'est pas en capacité de faire campagne, il est inaudible sur son projet." Lui ne se "sent pas engagé" par la décision du comité politique, qui "n'a pas d'existence officielle". "C'est un comité de campagne qui ne peut pas prendre de décision pour le parti", contrairement au bureau politique des Républicains. L'élu du Nord "attend[ait] beaucoup" d'une rencontre prévue cette semaine entre Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon. "Nicolas Sarkozy ne s'est pas encore exprimé", soulignait-il. Mais selon Le Figaro, elle aurait été annulée.

Entendu sur Europe 1
La fin de partie, ce sont des sondages invraisemblables et une descente politique aux enfers. Je n'ai pas envie de m'associer à ce toboggan.

Ceux qui reviennent

Porte-parole de la campagne de François Fillon, Thierry Solère avait tenu jusqu'à vendredi dernier avant de jeter l'éponge. Il estimait alors n'être plus "en capacité de mener les couleurs de la droite et du centre à l'élection présidentielle". Lundi soir, tout a changé. Ce soutien historique de Bruno Le Maire, qui participait au comité politique, s'est rangé avec tous les participants derrière François Fillon. "J'ai quitté la campagne et je ne cherche pas à redevenir porte-parole", explique-t-il au Lab. Mais "il n'y a pas eu d'alternative de droite et du centre à la candidature de François Fillon. Cela devient un fait politique, une réalité qui s'impose à tout le monde". Autrement dit, faute de plan B, Thierry Solère ne se désiste plus, mais ne veut pas trop s'engager, sans toutefois observer un devoir de réserve. Mais il a trouvé la parade. "De toute façon, je vais me faire opérer de la cheville, je serai en convalescence", a-t-il déclaré à Franceinfo.

Pierre Lellouche, lui aussi, a fait machine arrière après avoir été l'un des premiers à quitter le navire. Le député de Paris s'est affiché solidaire de François Fillon, mardi, après un petit-déjeuner qui a rassemblé les proches de Nicolas Sarkozy. "Les deux mots d'ordre sont la lucidité et la responsabilité", a-t-il justifié. "On sait ce qu'il se passe et il faut tout faire pour gagner la présidentielle."

Gérard Larcher, Valérie Pécresse et Nathalie Kosciusko-Morizet, eux, n'avaient pas clairement lâché François Fillon. Mais ils ne s'étaient pas rendus au rassemblement de dimanche pour autant. Lundi soir, ils ont tous les trois participé au comité politique et tous les trois soutenu le candidat. Valérie Pécresse s'est même donné pour mission de ramener les anciens dissidents dans le giron de François Fillon en organisant, avec Jean-Pierre Raffarin mardi matin, un petit-déjeuner entre les juppéistes. L'ambiance était quelque peu amère, mais résignée. "Quand on n'a pas le choix, on n'a pas le choix…", a ainsi déclaré Valérie Pécresse selon des participants.

Quand on n'a pas le choix, on n'a pas le choix…

Du côté des proches de François Fillon, on compte beaucoup sur les retours de ceux qui sont partis. Lors d'une réunion du groupe parlementaire LR, Christian Jacob, chef de file des députés resté loyal au candidat, a rappelé que les dissidents n'étaient "pas des lâcheurs". Comme un appel du pied aux fuyards. "À mon avis, ils vont revenir très vite vers François Fillon", a prédit Eric Ciotti.

Ceux qui naviguent en eaux troubles

Beaucoup de déserteurs n'ont pas encore réagi à l'implacable maintien de François Fillon. C'est le cas de Franck Riester, ancien soutien de Bruno Le Maire qui s'est rallié à Alain Juppé, et n'a, selon le Figaro, pas "digéré" le renoncement du maire de Bordeaux. Gérald Darmanin, de son côté, avait quitté son poste de secrétaire général adjoint des Républicains dimanche soir. Depuis, le maire de Tourcoing tweete et retweete sur son activité d'édile et son bilan local. L'heure est au repli dans les Hauts-de-France.

Chez les juppéistes, nombreux sont les indécis. La sénatrice Fabienne Keller, qui avait demandé à François Fillon de se retirer, explique ainsi au Figaro que le vainqueur de la primaire "n'est pas [son] choix". "Un candidat qui attaque la justice, ce n'est pas possible." Même son de cloche chez Jean-Baptiste Lemoyne, sénateur de l'Yonne. "J'en suis au stade de l'examen de conscience", a-t-il dit à Public Sénat mardi matin. "Je vais me poser toutes les bonnes questions."

L'UDI aussi est dans le brouillard. Mercredi dernier, le président du parti, Jean-Christophe Lagarde, avait pris ses distances avec François Fillon. Pendant quatre jours, les centristes n'ont pas eu de mots assez durs à l'égard du candidat, allant jusqu'à lui retirer leur soutien vendredi. Le maintien du vainqueur de la primaire plonge l'UDI dans le flou. Certains de ses membres sont toujours derrière François Fillon, d'autres peuvent difficilement revenir tant ils ont fustigé le candidat. Et une partie de la base militante est, de toute façon, déjà partie chez Emmanuel Macron. Un bureau exécutif prévu mardi à 19 heures devrait permettre d'y voir plus clair. Ou, au contraire, acter l'inéluctable scission au sein du parti.