Présidentielle : que retenir du grand oral sécurité des cinq grands candidats ?

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Les responsables des programmes de défense des principaux candidats à la présidentielle étaient ce dimanche sur Europe 1 pour détailler quelques mesures de leur champion.

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Cinq représentants des cinq grands favoris de la présidentielle étaient ce dimanche sur le plateau du Grand-Rendez-vous d'Europe 1/Cnews/Les Echos pour défendre les programmes sécuritaires de leur poulain respectif. Retour avec eux sur les mesures phares portées par chaque candidat dans le domaine de la sécurité.

Pour Macron, une "police de proximité" doit "appliquer des sanctions immédiates"

Emmanuel Macron prône le retour d’une police de proximité efficace. Lors du Grand Rendez-vous, son porte-parole Christophe Castaner a regretté que "François Fillon et Nicolas Sarkozy aient fortement réduit les effectifs de police, supprimé la police de proximité et affaibli le renseignement". "Notre objectif est de redonner une capacité d’action", martèle le député des Alpes-de-Haute-Provence. Et de détailler les missions de cette police : "Elle doit faire du lien, être proche du terrain et doit pouvoir appliquer des sanctions immédiates, par exemple être en mesure d’interdire la présence sur un lieu de quelqu’un après des violences conjugales". 

Renforcer les liens. Christophe Castaner est également revenu sur l’armement de la police municipale : "Elle ne doit pas être systématiquement armée, seulement dans certains cas. Ce qui importe, c’est de renforcer le lien entre police municipale et nationale et avec les services de renseignement".

Le Pen veut "expulser tous les délinquants et criminels qui ont un titre de séjour"

Marine Le Pen veut expulser les fichés S de nationalité étrangère et tous les délinquants et criminels qui ont un titre de séjour. Comment ? Nicolas Bay, le secrétaire général du Front national, a donné dimanche quelques précisions : "Pour les fichés S français qui ont déjà commis des délits et des crimes et sont en lien connu avec des organisations djihadistes et terroristes, il faut d’abord les placer en détention préventive sur le fondement d’une loi qui n’est pas appliquée pour l’instant".

Le problème de la double nationalité. "Il faut ensuite mettre des accords bilatéraux en place pour expulser les délinquants, criminels et fichés S étrangers. Il n’est pas normal que les peines de prison d’étrangers soient à la charge du contribuable français. Cette délinquance étrangère encombre nos prisons et plombe nos comptes publics", renchérit le cadre frontiste. "La nationalité c’est une allégeance à un pays. On ne peut donc pas avoir une double allégeance", a encore asséné Nicolas Bay.

"Combattre le terrorisme à la racine", une priorité pour Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon entend lutter plus efficacement contre Daesh, afin de prévenir de nouvelles attaques terroristes sur le sol français. "Il faut combattre le terrorisme à la racine, au Proche et Moyen-Orient, et mettre fin aux guerres qui ont permis à Daesh et autres groupes terroristes de se développer sur le terreau de déstabilisation des États de la région", a précisé Eric Coquerel, coordinateur politique du programme de la France Insoumise.

Plus de moyens pour la justice. Deuxième axe de défense : la sécurité intérieure. "C'est une question de moyens", assure Eric Coquerel. "Il faut donner plus de moyens à la justice antiterroriste. Par exemple, nous reviendrons sur cette stupidité qu'a été la fusion de la DST et des Renseignements généraux. Il faut remettre l'humain au cœur de nos services de renseignement, en finir avec le tout informatique."

Sanctionner les entreprises qui financent Daesh. Enfin, Jean-Luc Mélenchon veut tarir le financement de Daesh. Une pression qui passe par des sanctions contre les entreprises françaises qui font des affaires dans les régions contrôlées par l'organisation État Islamique. "C'est le cas de Lafarge (entreprise de cimenterie française, ndlr), par exemple. On sait que Lafarge a contribué au financement de Daesh, d'ailleurs elle l'admet elle-même", avance Eric Coquerel. "Dans ce cas, il faut prendre des mesures drastiques car il s'agit d'une trahison par rapport à l'ennemi". Des accusations qui reposent notamment sur une enquête ouverte par le ministère de l'Économie en septembre sur les activités du groupe en Syrie.

"16.000 places de prison supplémentaires" pour François Fillon

La question de la prison occupe une place essentielle dans le programme sécuritaire de François Fillon. Il veut créer 16.000 places supplémentaires durant son quinquennat. "La surpopulation carcérale, 68.5000 détenus pour 58.000 places actuellement, n'est pas liée au nombre de peines de prison mais au nombre de places disponibles", estime Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes et membre du comité stratégique de François Fillon. "La France est le pays avec le moins de places de prison en Europe : 88 places pour 100.000 habitants. Nous avons environ 102 détenus pour 100.000 habitants, là où la Grande-Bretagne en compte 150 et elle n'a pas l'image d'une dictature."

Appliquer réellement les peines de prison ferme. Ces places supplémentaires devront servir à mieux appliquer les peines de prison. "Il faut effacer ce scandale démocratique qu’est la non-exécution des peines carcérales. Aujourd'hui, 100.000 peines de prison ferme ne sont pas exécutées, essentiellement car il manque des places", souligne Éric Ciotti. "Donc on recourt à des peines alternatives, des allègements de peines quasi-systématiques alors qu'il faudrait individualiser ce problème. C'est une question de la lisibilité de la peine, il en va de la confiance en la justice."

Majorité pénale à 16 ans. Dans son programme, François Fillon veut également instaurer la majorité pénale à 16 ans. Une mesure défendue par Éric Ciotti. "Aujourd'hui, les mineurs de moins de 18 ans (sic) peuvent bénéficier de l'excuse de minorité (une réduction de peine, ndlr). Nous voulons que le principe soit qu'un mineur soit jugé en fonction du crime ou du délit qu’il commet et non en fonction de son âge, au-delà de 16 ans", explique-t-il. Cette disposition est déjà prévue par la loi mais "très peu appliquée", selon Éric Ciotti. "L’exception doit devenir la règle."

Hamon entend "moderniser l'armée française" avec l'aide de l'Europe

Benoît Hamon veut augmenter le budget de la Défense de 1,5% à 2% (de 32 à 41 milliards d'euros). "C'est une nécessité", assure Christian Paul, député PS de la Nièvre et responsable de la Défense dans le projet du candidat socialiste. "On observe des changements considérables sur le plan mondial : l’incertitude de l'ère Trump, les nouvelles prétentions de la Russie, l'instabilité au Moyen-Orient et en Afrique..." Dans ce contexte, la France doit être capable d'assurer sa sécurité. "Il ne s’agit pas de se lancer dans la course à l’armement mais d’adopter un modèle qui permet la dissuasion, l’équilibre et la projection des forces françaises, si nécessaire, sous mandat de l’ONU".

Avancer dans la défense européenne. Une politique extérieure qui réclame des moyens financiers et technologiques. "Cela implique de moderniser les forces nucléaires. Il y a un retard considérable à la modernisation des forces armées, à cause des années d'austérité", pointe Christian Paul. Comment financer ces investissements ? "Il faut être capable de coproduction et de cofinancement avec nos partenaires européens. Nous devons avancer dans la défense européenne", répond Christian Paul. "Il y a une fenêtre de tir pour le faire et ce n’est pas parce que ça n’a pas marché dans le passé que ça ne marchera pas cette fois."