Pour reconstruire la gauche, Chevènement "voterait plutôt Mélenchon", mais...

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VIDÉO - L'ancien ministre de l'Intérieur a confié au micro d'Europe 1 qu'il trouvait du "talent" au leader de la France insoumise, bien qu'il ne soit pas d'accord avec son programme.

INTERVIEW

Jean-Pierre Chevènement, invité à s'exprimer jeudi, au micro d'Europe 1, sur le candidat susceptible d'obtenir son bulletin de vote à la présidentielle, a dit son admiration pour Jean-Luc Mélenchon. Le président de la Fondation pour l'islam de France trouve en effet "du talent" au candidat de la France insoumise, mais l'estime cependant trop clivant pour pouvoir occuper la fonction suprême.

Un candidat pas assez rassembleur. "Il y a ceux qui veulent privilégier la reconstruction de la gauche. Si je me plaçais dans cette perspective, je voterais plutôt Mélenchon, bien que je ne sois pas d’accord avec lui, sur la VIe République ou la fin du nucléaire, mais je trouve qu’il a du talent", a confié Jean-Pierre Chevènement. "Si je me plaçais du point de vue de l’intérêt de la France, naturellement, je ne voterais pas pour Jean-Luc Mélenchon qui a adopté une posture purement tribunicienne - je lui reproche amicalement -, j’aurais aimé qu’il adopte une posture rassembleuse", a-t-il cependant nuancé aussitôt.

"La purge" proposée par Fillon. Jean-Pierre Chevènement a aussi formulé plusieurs critiques à l'égard de François Fillon. "Je critique le programme de François Fillon sur deux points. Son programme économique : je ne crois pas à une purge aussi sévère que celle qu’il prévoit, je ne suis pas sûr qu’elle puisse marcher dans un environnement économique qui ne serait peut-être pas aussi propice", souligne le souverainiste, avant d'ajouter : "Je pense que c’est une erreur de désigner comme adversaire l’islam, ou même le totalitarisme islamique, il faudrait qu’il dise ‘islamiste’ ou, mieux, ‘le terrorisme djihadiste' qui est notre véritable adversaire. Il faut cibler mieux pour isoler l’adversaire si on veut pouvoir réduire un jour le terrorisme". 

"Un gouvernement des juges". Le fondateur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui avait pris début mars la défense du Sarthois dans les colonnes de L'Express, pour dénoncer le calendrier judiciaire, a également tenu a redire son agacement devant la multiplication des polémiques qui masquent, selon lui, le débat d'idées. "Je m’émeus depuis au moins vingt ans d’une dérive qui est la judiciarisation de l’espace public, qui est la lente montée vers ce que l’on a appelé un gouvernement des juges", estime le souverainiste. "Aujourd’hui, le concubinage du pouvoir judiciaire et du pouvoir médiatique, la violation permanente du secret de l’instruction, fait qu’il n’y a plus de débats sur le fond, sur les intérêts du pays".

L'"ambivalence" de Macron. Egalement invité à s’exprimer sur Emmanuel Macron, grand favori des sondages, l’ancien candidat à la présidentielle n’a pas manqué d'émettre quelques réserves sur le projet et les capacités à gouverner de celui qui se veut "ni de gauche, ni de droite". "Emmanuel Macron est un homme intelligent, un homme séduisant qui a su tracer son chemin", estime Jean-Pierre Chevènement, pour qui le fondateur d’En marche ! a "bénéficié de l’effondrement du parti du gouvernement -  le parti socialiste coupé en trois moignons -, et puis de la droite". "Il faut voir ce qu’il propose, moi je suis partisan d’un gouvernement de salut public", ajoute Jean-Pierre Chevènement. "Emmanuel Macron peut signifier le début d’un certain dégagisme […] il n’est pas sûr qu’il ait une majorité au mois de juin s’il est élu président. Donc il y a une certaine ambivalence chez Emmanuel Macron", conclut-il.