Petit dico des néologismes politiques

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Petit dico des néologismes politiques
Ségolène Royal a conquis la "bravitude" sur la muraille de Chine.@ Reuters
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De "cressonisation" à "bravitude" : Europe1.fr s’est amusé à recenser ces traits d’esprit.

Ces derniers jours, la prétendue "cressonisation" de Jean-Marc Ayrault est dans toutes les bouches - ou presque. Un concept abstrait qui n’a qu’un but : faire parler. Et ça marche. Europe1.fr revient sur ces néologismes qui ont fait le succès de leurs auteurs.

Cressonisation : se dit d’un Premier ministre coupable d’erreurs dans sa communication, comme ce fut le cas pour Edith Cresson, éphémère locataire de Matignon de mai 1991 à avril 1992, "connue pour ses formules un peu à l’emporte-pièce", confirme à Europe 1.fr Stéphane Rozès, président de Conseil, analyses et perspectives (CAP). Jean-Marc Ayrault est victime du phénomène depuis quelques semaines.

>> A LIRE AUSSI : la "cressonisation" guette-t-elle Ayrault ?

Bravitude : en 2007, en pleine campagne présidentielle, Ségolène Royal se rend en Chine à l'invitation du Parti communiste chinois. La candidate socialiste prononce alors une phrase qui fera beaucoup rire : "Comme le disent les Chinois, qui n'est pas venu sur la Grande muraille n'est pas un brave. Qui va sur la Grande muraille conquiert la bravitude".







Juppettes : terme utilisé pour qualifier les femmes du premier gouvernement d'Alain Juppé, du 17 mai 1995 au 7 novembre 1995. Elles étaient alors au nombre de douze, occupant en majorité des postes de secrétaires d'état, ou des ministères de second ordre. Suite au premier remaniement d'importance, seules trois d'entre elles ont continué à exercer leurs fonctions.

>> La liste n’est pas exhaustive. N’hésitez pas à nous faire part de vos propositions dans les commentaires !

Balladurette : prime de 5.000 francs versée par le gouvernement d’Edouard Balladur lors de l'achat d'un véhicule neuf, entre février 1994 et juin 1995.

Lepénisation (des esprits) : la formule a été inventée par Robert Badinter pour dénoncer la diffusion des thèses du Front national au sein de la société française.

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© Reuters

Inénervable : en 2009, contraint de recadrer sa majorité, François Fillon réunit les caciques de l'UMP. "Je suis inénervable, donc je ne m'énerverai pas" lance-t-il... énervé. Quand Jean-François Copé le dépeint en "Hollande de droite", François Fillon esquive : "Comme je l'ai dit à mes amis pendant cinq ans, je suis inénervable". Jean-Marc Ayrault use du même terme auprès de ses collaborateurs. Mais pas le Petit Robert…

Ripoublique, terme inventé et utilisé régulièrement par Jean-Marie Le Pen pour qualifier ce qu’il estime être "la République des ripoux."

 Raffarinade : Premier ministre de 2002 à 2005, Jean-Pierre Raffarin a régalé les commentateurs politiques avec ses formules ampoulées, à tel point qu’un livre y est entièrement consacré *. Quelques exemples de raffarinades passées à la postérité : "Notre route est droite, mais la pente est forte" ; "Il est curieux de constater en France que les veuves vivent plus longtemps que leurs maris" ; "Les jeunes sont destinés à devenir des adultes". Mais la crème de la crème restera incontestablement celle-ci, au sujet du traité de Rome : "Win, the yes needs the no to win, against the no".





Méprisance : Lors de la dernière campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a ressuscité le vieux français. Sans le savoir ? Lors d’un déplacement à Nantes, celui qui est encore président de la République évoque des "réponses qu’on ne comprendra pas dans un certain nombre de cercles dirigeants". Et poursuit : "Des réponses qu’on va regarder avec cette méprisance, cette attitude hautaine." Sauf que si le terme existe bien dans le vieux français, il se définit comme la situation d’une personne en situation d’oubli ou de solitude, et non comme un dérivé du mépris.

Austéritaire : Jean-Luc Mélenchon est fier de sa trouvaille, au point qu’il en a même fait un livre**. Dans ce manifeste, le leader du Front de gauche définit ce néologisme qu’il promènera un peu partout dans les médias : "autoritaire dans sa méthode, la construction européenne a progressivement imposé l'austérité (…) De cette double caractérisation est né un mot, "austéritaire", contraction des termes austérité et autoritaire."

Rilance : Les anglophones aiment mélanger deux mots pour inventer un concept. Christine Lagarde, qui a longtemps vécu aux Etats-Unis, n’échappe pas à la règle. Alors ministre de l’Economie, elle définit la politique française de sortie de crise comme un mix de "rigueur" et de "relance", qu'elle a résumé par la "rilance". En réaction à cette invention de l’esprit, Jean Arthuis, le président de la commission des finances du Sénat, estime "qu’au lieu d'évoquer la "rilance", les politiques devraient parler de "croiseur" (croissance+rigueur), c'est plus combattant". Mais ça a beaucoup moins marqué les esprits…

>>  A LIRE AUSSI : Lagarde rejoue le coup de la "ri-lance"

 

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© MAXPPP

Merkozy : surnom donné par la presse au duo formé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Un terme qui a accouché d’un petit frère le 6 mai dernier : Merkhollande.

Montgolfite : le 2 avril 2012, en pleine campagne présidentielle, Marine Le Pen a une idée bien à elle pour expliquer le désamour des Français pour la politique: "Le problème de la politique, c’est la Montgolfite. C'est une maladie assez répandue qui fait gonfler la tête [...] dès qu'ils se voient à la télévision, il y a la tête qui devient énorme !" Synonyme :  avoir le melon, avoir les chevilles qui enflent, faire le beau…

Turbuler : en 2002, Jean-Pierre Chevènement voulait "turbuler le système". En 2011,  Arnaud Montebourg cherchait à "turbuler la primaire socialiste". En 2012, à la peine dans les sondages dans la course à la présidentielle, François Bayrou veut "renverser la table". Ou plutôt "turbuler le système", pardon. Former à partir du mot turbulent, on imagine que les politiques, ces grands enfants, veulent en réalité "changer le système".

Abracadabrantesque : à la fin de son premier septennat, Jacques Chirac est cité dans l’affaire des HLM de Paris. La même année, Le Monde diffuse la vidéo-confession de Jean-Claude Méry, décédé l’année précédente. Celui qui est alors présenté comme le collecteur de fond du RPR assure que le financement occulte du parti se faisait au vu et au su du chef de l’Etat. "C’est abracadabrantesque", estime le président. Une formule empruntée à  Rimbaud dans le poème "Le cœur supplicié". Barde, Jacques Chirac ? Pas vraiment, c’est Dominique de Villepin qui lui a soumis l’idée…

>> La liste n’est pas exhaustive. N’hésitez pas à nous faire part de vos propositions dans les commentaires !

*André Bercoff et Eric Giacometti, Les Raffarinades, Editions Michel Lafon, 2002
** Jean-Luc Mélenchon et Céline Meneses, L'Europe austéritaire, éditions Bruno Leprince, 2011