Outre-mer : pourquoi ils y vont tous

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Outre-mer : pourquoi ils y vont tous
@ AFP
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BATTRE LA CAMPAGNE - Les candidats à la primaire de la droite et à la présidentielle se succèdent dans les territoires ultramarins, qui représentent une réserve de voix non négligeable.

Ils comptent tous y passer. Depuis plusieurs mois, les candidats Les Républicains à la primaire à droite multiplient les déplacements dans les Outre-mer. Bruno Le Maire s'était rendu aux Antilles et en Guyane fin novembre, juste après un passage de Nathalie Kosciusko-Morizet en Guadeloupe et en Martinique. Celui qui reste pour le moment le favori de l'élection interne, Alain Juppé, est allé savourer de l'eau de coco en Guyane et aux Antilles début avril. François Fillon, quant à lui, était lundi sur le marché de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Même Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant renoncé à se rendre hors de métropole pour la campagne des élections régionales fin 2015, pourrait cette fois y faire un saut avant l'été.

Des territoires importants pour Les Républicains. Les Outre-mer, qui comptent quelque 20.000 adhérents LR, sont un enjeu crucial pour la primaire à droite. Les rivaux de Nicolas Sarkozy peuvent compter sur l'impopularité de l'ancien président dans ces territoires, qui se sont massivement détournés de lui en 2012, ne lui accordant que 36,31% de leurs suffrages, soit huit points de moins qu'en 2007. Cette débâcle du candidat UMP il y a quatre ans ne témoigne pas pour autant de voix acquises à la gauche. Certains territoires, comme Saint-Martin et Saint-Barthélemy, mais aussi la Nouvelle-Calédonie ou la Réunion, votent à droite.

Basculement à droite. Surtout, un basculement s'est opéré lors des dernières élections. Déjà en 2012, Mayotte a voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle. Les habitants de l'île lui avaient pourtant préféré Ségolène Royal en 2007. Lors des régionales, fin 2015, la gauche a réussi à conserver la Guyane mais essuyé un revers en Martinique, où un candidat indépendantiste, allié à LR, l'a emporté. En Guadeloupe, le socialiste Victorin Lurel, ancien ministre de François Hollande, déjà battu aux municipales 2014 par un candidat UMP, a été balayé par un rival divers gauche allié à une ancienne ministre de Nicolas Sarkozy.

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La présidentielle dans le viseur. Mais les territoires ultramarins ne comptent pas que pour l'élection interne. "Ce sont des visites pour ma campagne présidentielle, la primaire n'étant qu'une étape", a ainsi expliqué François Fillon avant de se rendre dans les Outre-mer. Le vivier de voix est important : près de 3 millions d'électeurs si on compte la diaspora venue s'installer en métropole, essentiellement originaire des Antilles et de La Réunion. Au total, séduire les îles du bout du monde peut potentiellement attirer plus de 7% des suffrages à un candidat à la présidentielle.

Calculs électoraux. Sans surprise, ceux qui brigueront l'Elysée en 2017 chouchoutent donc les électeurs ultramarins. La présidente du Front national, Marine Le Pen, a profité d'un déplacement au Canada en mars pour faire un saut à Saint-Pierre et Miquelon. Elle y a d'ailleurs proposé la création d'une ligne aérienne directe avec la métropole. François Hollande, lui, a bien rempli la promesse qu'il avait faite, en 2012, de visiter toutes les régions et tous les départements d'Outre-mer. Il a même été le premier chef d'Etat français de la Ve République à poser le pied à Wallis, en février.

Et aucune de ces visites ne s'effectue les mains vides. En Guadeloupe et en Martinique l'année dernière, François Hollande a confirmé l'apport de deux cyclotrons, des équipements de pointe dans le diagnostic du cancer. En Polynésie début 2016, le chef de l'Etat a reconnu l'impact environnemental et sanitaire d'essais nucléaires menés pendant trente ans, et promis la sanctuarisation d'une aide financière compensatoire. Difficile aussi de ne pas y voir un calcul électoral.