Où sont les bonnes places de l’hémicycle?

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Où sont les bonnes places de l’hémicycle?
Le FN Gilbert Collard, tout en haut de l'hémicycle. Une mauvaise place ?@ MAXPPP
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De préférence, en bas et dans l’axe des caméras... Au Palais Bourbon, tous les fauteuils ne se valent pas.

C’est un peu comme à l’école primaire, à chaque rentrée parlementaire, les députés se pressent, chicanent et se chamaillent pour avoir la meilleure place dans l’hémicycle. Et pas question de lésiner : la répartition des premiers jours durera cinq longues années.

Officiellement, quand on leur pose la question, les députés racontent tous la même chose : ils se "moquent" éperdument de la place qu’ils occupent à l’Assemblée. Promis, juré. "Moi, je m’en fiche vraiment". "Franchement, personnellement, je me concentre sur autre chose". "C’est surement important pour ‘d’autres’, mais pas pour moi, non", expliquent-ils.

"Un concours de lèche-bottes"

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Mais, en coulisses, les députés confessent pourtant que les discussions sont parfois âpres pour obtenir un fauteuil plutôt qu’un autre. "C’est un concours de lèche-bottes pour avoir les bonnes places", lâche même le collaborateur d’un député.

Pour comprendre cette cuisine d’arrière-boutique, il faut s’intéresser sur la manière dont les fauteuils sont attribués à l’Assemblée. Lors de la séance inaugurale de mardi, les élus étaient simplement classés alphabétiquement - ce qui a d’ailleurs entraîné cette année quelques voisinages inédits, comme entre Gilbert Collard (FN) et Jean-François Copé (UMP), ou Patrick Balkany (UMP) et Gérard Bapt (PS). Mais, à partir de jeudi, les groupes parlementaires, une fois constitués, se verront attribuer un lot de bancs, correspondant au nombre de leurs députés. Les présidents de groupe répartiront ensuite les sièges entre leurs ouailles. Et cette disposition durera le temps de la législature.

"C'est mieux, en bas, vers les ministres"

"Dès lors, certains députés feront tout pour ne pas être relégués dans le coin de l’hémicycle ou s’assoir à côté de camarades qu’ils conspuent, détestent", explique l’assistant d’une élue PS. Un ancien locataire du Palais Bourbon, Marcel Charmant, confiait ainsi au Journal du Centre, son agacement quand son voisin de banc lui assénait toujours la même phrase. "À chaque fois qu'il montait au créneau, il me lançait : "Tu me dois 10 francs, je t'ai fait passer à la télé". Bref, certains députés réélus préfèrent changer de voisinage.

"Et puis pour la visibilité médiatique, tous aimeraient s’assoir à côté d’une allée, d’un couloir", s’exaspère encore l’assistant de l’élue PS, déplorant les exigences de ces grands enfants.

De manière générale, les députés s’accordent pour dire que les "bonnes" places sont situées "en bas de l’Assemblée" vers les ministres, "vers une allée ou un micro" et surtout "vers les chefs de groupe, ces zones qui sont souvent filmées, le mercredi, le jour des questions au gouvernement".

Dans l'axe des caméras 

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"Vous allez voir dans une semaine, autour de Bruno Le Roux, le président du groupe PS, il y aura tout un tas de socialistes 'importants'… D’ailleurs, rappelez-vous qui était, lors de la dernière législature, aux côtés du patron des députés PS Jean-Marc Ayrault ? C’était François Hollande", s’amuse le collaborateur d’un député UMP.

Parfois ce n’est pas forcément pour être vu. "Peu importe la place, mais ce qu’on demande c’est un couloir. Mon député mesure 1,93 mètre, il faut bien qu’il mette ses jambes quelque part…", ajoute le collaborateur du député UMP de Haute-Savoie Lionel Tardy, plus pragmatique.

De fait, ce sont souvent ces petits détails qui font la géographie de l’Assemblée. Bien plus que les courants de pensée, les chapelles internes aux partis. Les élus de la Droite populaire, par exemple, ne siégeront pas ensemble, confirme Lionnel Luca.

"Et, là, en haut à droite de l’hémicycle" 

Au final, dans cette chasse aux fauteuils, les perdants sont souvent les non-inscrits, ces députés qui n’appartiennent à aucun groupe à l’Assemblée. En général, ils héritent des ‘mauvaises places’ de l’hémicycle, celles dont les groupes n’ont pas voulu. Nicolas Dupont-Aignan de Debout la République est dans ce cas de figure. "Moi, généralement, ils me mettent tout en haut à droite… Mais, cela me convient très bien. On voit tout. Il faut juste parler un peu plus fort", explique à Europe1.fr le député de l’Essonne.

"Mais l’enjeu n’est pas si primordial", assure-t-il encore rappelant que, lors des discussions à l’Assemblée, l’hémicycle est à moitié vide et les députés se placent comme ils le souhaitent. Ils retournent à leur place uniquement pour voter ou lors des questions au gouvernement, le mercredi.

"Et puis je vais vous dire", confie enfin Nicolas Dupont-Aignan, "ceux qui veulent à tout prix être près des micros, dans l’axe des caméras, ne sont pas connus des Français. Ils sont en général en mal de médias". De là, à dire que ce sont des places de losers…