Municipales : comment gérer une raclée annoncée ?

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Municipales : comment gérer une raclée annoncée ?
À l'instar de Vincent Feltesse, adversaire socialiste d'Alain Juppé, plusieurs candidats s'avouent "déjà vaincus" pour la course à la mairie et ne font que "préparer le terrain pour l'avenir".@ MAXPPP
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ALEA JACTA EST - Dans plusieurs villes, le scrutin semble joué d'avance. Comment, et pourquoi, faire campagne dans ce cas là ?

Selon un vieux proverbe gitan, "ce n'est pas la destination mais la route qui compte". En version moderne, ça donne : "l'important, c'est de participer". À environ une semaine du premier tour des municipales, beaucoup de candidats doivent se répéter la maxime. À Bordeaux, Nice, Lille, Dijon ou encore Saint-Quentin… le scrutin semble en effet déjà joué. Mais comment, et pourquoi, fait-on campagne lorsque l'on a perdu d'avance ?

>> Voici une carte, non exhaustive, des villes où le résultat du scrutin ne fait pas beaucoup de doutes. Cliquez sur les petites mairies pour plus de détails.

D'abord, il ya ceux qui continuent à y croire, malgré les sondages et les statistiques. "Je serai au second tour. Et là, c'est une autre élection qui commence", assure ainsi Patrick Allemand, concurrent socialiste de Christian Estrosi, à Nice, pourtant crédité de maximum 32% au second tour, selon les sondages. Selon lui, "il y a une Nice de gauche et je suis son porte-parole. Un jour, ça tournera. Nice est une ville populaire, contrairement à l'image que l'on peut en avoir. Aujourd'hui, le vote populaire adhère au discours populiste de la droite. Mais un jour, notre vision l'emportera", affirme encore le socialiste à Europe1.fr.

Même son de cloche à Dijon ou à Lyon, où les candidats UMP sont pourtant donnés grandissimes perdants. "Je vous annonce qu'à Lyon, il va y avoir une grosse surprise. Je suis sûr que j'ai une fenêtre de tir", annonce Michel Havard, candidat face à Gérard Collomb, cité par Le Point.

"Je me relèverai, et je retournerai au combat"

À l'instar de Vincent Feltesse, adversaire socialiste d'Alain Juppé, d'autres s'avouent "déjà vaincus" pour la course à la mairie et ne font que "préparer le terrain pour l'avenir". "J’ai enseigné la communication politique pendant des années, je suis historien, je sais qu’à ce stade on ne remonte pas", confiait à l'AFP, fin février, le candidat PS à Bordeaux, ville de droite depuis 66 ans. "Je me relèverai et je retournerai au combat. Je siégerai au Conseil municipal. J’y mènerai une opposition intraitable. Et en 2020, je me représenterai", martèle-t-il. "C’est le dernier mandat d’Alain Juppé (ndlr: âgé de 68 ans, élu depuis 1995). Il n’y a pas de nouvelle tête à droite, alors que la ville change", enchaîne-t-il.

"Je me bats surtout pour porter mes convictions, gaullistes, dans la ville natale de Charles de Gaulle", renchérit auprès d'Europe1.fr Jean-René Lecerf, candidat UMP face à Martine Aubry, à Lille, ville socialiste depuis 60 ans. "Et on se bat pour gagner des voix car toutes les voix comptent. Les électeurs doivent désigner aussi les élus de la communauté urbaine. Et là, il y a un vrai enjeu", poursuit-il.

Jean-René Lecerf

Mais Jean-René Lecerf, comme Vincent Feltesse, prépare surtout l'avenir. "J'ai six ans pour recréer un réseau de militants. Aujourd'hui, lorsqu'on va tracter, on y va déjà à 70 ou 80. Or, lorsque je suis arrivé à Lille, l'an dernier, l'opposition avait complètement abandonné la ville", raconte-t-il. Une Lille de droite, c'est possible ? Jean-René Lecerf "ne se dit pas de droite. Je suis gaulliste. Et aucune ville n'est inaccessible". "Le génie de l'ancien maire, Pierre Mauroy, était d'avoir fédéré du PCF jusqu'aux chrétiens démocrates. Mais ce miracle ne se reproduira pas toujours", enchaîne-t-il.

"Pas une campagne comme les autres"

D'autres se présentent surtout pour porter l'étendard des voix minoritaires, car il y en a toujours. "Je n'ai strictement aucune chance de gagner. Les électeurs socialistes sont minoritaires, mais ils ont le droit d’avoir un candidat pour qui voter", argumente dans La CroixMarie Brannen, candidate socialiste à Neuilly-sur-Seine, ville de droite depuis... toujours.

Patrick Allemand

Quelles ressources faut-il donc avoir pour mener à bien une campagne (quasi) perdue d'avance ? "De la conviction, du courage et une bonne dose d'inventivité. Christian Estrosi a tout de même fait 17 cérémonies des vœux ! Ce n'est pas pour autant qu'il faut baisser la tête", argue Patrick Allemand. "Je suis bagarreur et quand je joue un match, c'est pour gagner", enchaîne pour sa part Michel Havard.  "Il faut avoir les épaules assez larges pour ne pas attraper le syndrome de Stockholm", renchérit Jean-René Lecerf.

"On a beaucoup de pression et il faut faire beaucoup plus d'efforts", assure encore ce dernier. "Lille est une ville tout entière sous influence socialiste. En témoigne ma difficulté à trouver une salle pour mes discours", déplore le candidat UMP. Et celui qui a été maire de Marcq-en-Baroeuf, dans le Nord, pendant 20 ans, avant de venir défier Martine Aubry, le reconnaît : "ce n'est pas une campagne comme les autres".

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