"Mitterrand devait sans doute la vie à Bousquet"

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Invité du Club de la presse, l'historien Éric Roussel dévoile de nouveaux pans de la relation entre François Mitterrand et son ami René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy et organisateur de la rafle du Vél' d'Hiv'.

C'est un des aspects les plus sombres de la vie de François Mitterrand. Pourquoi le président de la République a-t-il entretenu et maintenu des relations aussi proches avec le haut fonctionnaire vichyste René Bousquet ? Selon l'historien Éric Roussel, "Mitterrand devait vraisemblablement beaucoup, et sans doute la vie, à Bousquet." L'auteur de François Mitterrand – De l'intime au politique, biographie publiée à l'occasion du vingtième anniversaire de la mort du dirigeant socialiste, l'a expliqué mardi au micro d'Europe 1, dans le Club de la presse.

Attali suggère que Bousquet a sauvé Mitterrand, un résistant confirme. "C'est une conviction qui s'appuie sur un certain nombre d'indices que je crois sérieux", a-t-il assuré. Le premier indice vient de Jacques Attali, qui a raconté un déjeuner avec François Mitterrand, le résistant Henri Frenay et le secrétaire général de la police de Vichy à l'issue duquel son mentor assène : "Bousquet a sauvé tout le monde autour de cette table."

Éric Roussel y ajoute le témoignage du résistant Philippe Dechartre, aujourd'hui décédé. "Il savait que j'écrivais un livre sur Mitterrand et il m'a invité à déjeuner", raconte l'historien. "Il m'a raconté que l'un des collaborateurs de Bousquet, Jean-Paul Martin, qui était un ami de Mitterrand, leur a fait savoir fin 1943, début 1944, de la part de Bousquet, qu'ils avaient été repérés par la Gestapo et qu'ils avaient intérêt à rester un peu plus longtemps en Grande-Bretagne, parce que sinon ils risquaient d'être arrêtés à leur retour en France."

"Mitterrand ne voulait pas se renier." L'amitié de Mitterrand pour Bousquet, sa proximité avec l'extrême-droite dans sa jeunesse ou encore le dépôt de gerbes sur la tombe du maréchal Pétain ont nourri de nombreux doutes sur l'orientation politique de l'ancien dirigeant socialiste. "Des gens qui pensent que Mitterrand a été un homme de gauche toute sa vie, il n'y en a plus beaucoup", sourit Éric Roussel.

Pour l'historien, "Mitterrand voyait des gens de milieux très différents, ça finissait par faire un univers très hétéroclite mais il ne voulait pas se renier. Il avait un formidable orgueil : il ne voulait pas admettre que quelqu'un soit juge de ses actes."