Micro-partis pour macro-financement

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Micro-partis pour macro-financement
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Ces micro-partis sont aujourd'hui sur la sellette dans le cadre de l'affaire Bettencourt/Woerth.

Qu'est-ce qu'un micro-parti ? Hormis les grandes formations politiques, la France compte une myriade de "micro" partis inconnus du grand public. Ce sont des partis politiques comme les autres. A l'exception de leur taille, en terme d'adhérents et de budget. Certains sont même dévolus à une seule personnalité politique. Cette pratique est tout à fait légale mais elle suscite des interrogations.

Pourquoi font-ils polémique ? Les enregistrements pirates réalisés chez les Bettencourt laissant penser que l'héritière de l'Oréal a financé la structure d'Eric Woerth et le récent voyage de Laurent Wauquiez à Londres ont mis en lumière ces micros-partis. Lors d'une visite en tant que secrétaire d'Etat, Laurent Wauquiez avait en effet profité du déplacement pour récolter des fonds pour son propre micro-parti, soulevant des soupçons de conflits d'intérêts.

Combien sont-ils ? De 1990 à aujourd'hui, le nombre de structures tenues de déposer leurs comptes auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) est passé de 27 à près de 300.

La raison d'une telle prolifération ? Les micro-partis permettent de démultiplier les financements. En effet, si les dons des particuliers sont limités par la loi à 7.500 euros par personne et par parti, rien n'empêche d'effectuer ce don à plusieurs partis. Le système de micro-partis permet donc de contourner la législation sur les partis politiques : un donateur peut ainsi verser 2, 5 ou 10 fois 7.500 euros.

Qu'en pense l'UMP ? Bon nombre d'hommes politiques de premier plan, dont Nicolas Sarkozy en personne et certains ministres possèdent leur propre structure. Quelques exemples : Association de soutien à l'action d'Eric Woerth (ASAEW), Agir pour Colombes (Rama Yade), Changer c'est possible (Valérie Pécresse), Association de soutien à l'action de Benoist Apparu. Officiellement, l'UMP confirme avoir plusieurs partenariats avec d'autres mouvements, mais "les termes des contrats passés avec chacun d'entre eux ne sont pas forcément publics".

Qu'en pense le PS ? Au parti socialiste, l'interdiction à l'appartenance à un autre parti a limité la floraison de ces micro-partis. A noter que Désirs d'avenir de Ségolène Royal n'est plus un parti politique depuis 2008. Reste le cas de Manuel Valls qui a créé A gauche besoin d'optimisme pour financer sa campagne pour les primaires du PS. Lundi, il s'est dit prêt à faire évoluer le statut de son parti en association. Le système de micro-partis est "une stratégie de financement de l'UMP", a dénoncé lundi Benoît Hamon, lors du point presse hebdomadaire du PS.

A quoi servent-ils ? Souvent à financer les campagnes locales des candidats. Au cabinet d'Eric Woerth, on explique que l'Asaew "a été créée en octobre 2007 pour permettre d'animer l'action politique" du ministre dans l'Oise, où le trésorier de l'UMP est maire de Chantilly. "Plusieurs dizaines de partis, de droite comme de gauche, ont un objet similaire", souligne-t-on également. Dans l'entourage de Valérie Pécresse, on explique que son parti "a été créé en novembre 2008 pour la campagne des primaires UMP en Ile-de-France (régionales 2010), une campagne qui n'était pas prise en charge par l'UMP".

Sont-ils contrôlés ? Les ressources du parti doivent être contrôlées chaque année par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.