Manuel Valls ne veut plus attendre, il est bien en campagne

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Le Premier ministre ne se contente plus de la posture du recours. Il est en campagne et il a choisi sa stratégie : la rupture. 

L'ÉDITO POLITIQUE

Manuel Valls, c’est l’anti-Hollande. A chacune de ses interventions publiques, le Premier ministre fait la leçon au Président. "Le pays attend et demande de la force. J'ai cette force pour aider la Nation", a-t-il expliqué lundi, lors d'un déplacement à Croisilles, dans le Nord, où il visitait un centre pour réfugiés.

Manuel Valls "a la force", pas François Hollande. Si on s'arrête un instant sur la phrase 'le pays attend et demande de la force', voici la traduction qu'on pourrait donner : "J’ai une force que François Hollande n’a pas. J’ai cette force, pas lui". Une semaine après la victoire du conservateur Donald Trump aux Etats-Unis, le chef du gouvernement et le président de la République n'ont pas la même attitude. "On entre dans une période d’incertitude. Il faut être vigilant", a réagi l'actuel locataire de l'Elysée. "La question qui nous est posée, c’est celle des frontières, de l’immigration", a préféré commenter le Premier ministre. Une fois de plus, on pourrait traduire : "Il est flou, je suis concret. Il vous enfume, je nomme les choses".

Valls ne cache plus son malaise. Depuis des mois, Manuel Valls confie son scepticisme sur la candidature Hollande en privé. Il le croit incapable de renouer avec les Français et le lui a d'ailleurs dit : "tu as un problème avec les Français". Et quand le Premier ministre a évoqué "la honte" ressentie par les militant socialistes après les confessions du Président dans le livre des journalistes du Monde, il a sans doute parlé de son propre malaise.  

Peut-il démissionner ? S'il veut se présenter à la primaire de la gauche, Manuel Valls doit-il démissionner ? Non, c’est trop tard.  Il a eu des occasions. Notamment lors des régionales, en décembre 2015, quand il était le seul à prôner la fusion des listes avec la droite pour faire barrage au FN. Cette loyauté dont il pensait qu’elle lui serait créditée est aujourd’hui le piège mielleux qui le paralyse. Comment, dès lors, justifier auprès de l’opinion de quitter le navire ? A moins bien sûr d’avoir un prétexte solide, un désaccord politique manifeste. S’il démissionne maintenant, il sera rebaptisé Brutus 2, Brutus le second d’Emmanuel Macron qui lui a assumé la transgression. Manuel Valls est comme un lion en cage, il peut rugir, montrer les crocs. Mais il est soumis au choix du dompteur, François Hollande, qui conserve la clef de sa liberté.