Macron-Valls, le jeu des 7 différences

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Macron-Valls, le jeu des 7 différences
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Ils se veulent tous les deux les représentants de l'aile droite du Parti socialiste. Et on a souvent du mal à voir ce qui peut bien les distinguer l'un de l'autre. Passage en revue des différences entre le Premier ministre et l'ancien patron de Bercy. 

Ne venez pas lui expliquer qu'il y a de la place pour deux. "La gauche du réel, la gauche social-réformiste, c'est moi", a martelé Manuel Valls, mardi matin, au micro de RTL. Le Premier ministre faisait clairement allusion à Emmanuel Macron, qui a démissionné du ministère de l'Économie la semaine dernière et lui dispute ce créneau à droite de la gauche. Selon le chef du gouvernement, les deux hommes occuperaient donc le même espace politique. Ce que personne, ou presque, ne nie à gauche. "Sur le fond, [les deux] pensent la même chose, même si Manuel Valls est plus bridé par ses fonctions qu'Emmanuel Macron pour dire ce qu'il pense", estimait ainsi le maire de Lyon et soutien de l'ancien ministre de l'Économie, Gérard Collomb, fin août sur BFM TV.

Pourtant, le locataire de Matignon et l'ancien secrétaire général de l'Élysée ont, à plusieurs reprises et plus ou moins ouvertement, affiché leurs différences. De style comme de point de vue.

  • Un élu pour un placé

Manuel Valls et Emmanuel Macron n'ont pas le même parcours. Le premier a une longue carrière politique derrière lui : adhérent au MJS depuis ses 17 ans, il est devenu conseiller de Michel Rocard pendant ses études universitaires, puis attaché parlementaire, avant d'être élu à la Région Île-de-France, à 24 ans. D'autres mandats d'élu ont suivi après le premier : maire d'Évry et député de l'Essonne.

Ce qui a permis à Emmanuel Macron de dire, ce dimanche sur France Inter, que le Premier ministre "a toujours vécu au sein du Parti socialiste", quand lui, qui n'est plus encarté au PS, est "passé par la société civile". De fait, avant de devenir secrétaire général adjoint de l'Élysée en 2012, l'ancien ministre de l'Économie a travaillé pour la banque d'affaires Rothschild pendant quatre ans. Et ne s'est jamais (jusqu'ici) lancé dans la moindre élection.

  • Le pur produit de la politique contre le surdiplômé

Au regard de ces différences de parcours, Emmanuel Macron a estimé avoir "plus de libertés par rapport aux appareils" que Manuel Valls. Reste qu'en ayant fait Sciences Po puis l'ENA avant d'arriver à l'Inspection générale des finances, l'ancien ministre de l'Économie correspond au stéréotype classique de l'homme politique, diplômé de grandes écoles (avec un diplôme universitaire de philosophie en plus). Manuel Valls, de son côté, a choisir l'université et obtenu une licence d'Histoire à Paris.

Nous n'avons pas le même parcours avec Manuel Valls, précisément parce que lui a toujours vécu au sein du Parti socialiste.

  • L'amateur de sociologie vs. celui qui ne voulait pas "excuser"

Au lendemain des attentats du 13 novembre, les deux hommes ont affiché, à quelques jours d'intervalles, une position différente sur l'appréhension du terrorisme. Manuel Valls refuse d'invoquer les sciences sociales pour comprendre comment des hommes et des femmes en viennent à partir pour le djihad et commettre des attentats. "Expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser", avait-il déclaré à l'époque. Emmanuel Macron, lui, aimerait pourtant bien expliquer, et commence à le faire le 21 novembre. "Le terreau sur lequel les terroristes ont réussi à nourrir la violence, à détourner quelques individus, c'est celui de la défiance", née, selon lui, des discriminations et du manque de mobilité sociale en France. "Je ne suis pas en train de dire que tous ces éléments sont la cause première du djihadisme", complète Emmanuel Macron. "Mais il y a un terreau, ce terreau est notre responsabilité."

Le recadrage de celui qui travaille alors au troisième étage de Bercy ne se fait pas attendre. Quatre jours plus tard, lors des Questions au gouvernement à l'Assemblée, Manuel Valls prend la parole et appelle à ne chercher "aucune excuse sociale, sociologique et culturelle" au terrorisme.

  • La déchéance de nationalité, indispensable ou inconfortable

Pendant les quatre mois qu'a duré le feuilleton de la déchéance de nationalité, Manuel Valls était en première ligne pour défendre la réforme constitutionnelle de François Hollande. L'opposition dans son propre camp s'est étendue jusque dans certains ministères, poussant par exemple Christiane Taubira à démissionner. À Bercy non plus, l'extension de la déchéance de nationalité n'a pas convaincu tout le monde. Lors d'une conférence à la Fondation France-Israël, à Paris, début février, Emmanuel Macron a confié avoir, "à titre personnel, un inconfort philosophique" avec ce débat, auquel on a selon lui "prêté trop d'importance". "Je pense qu'on ne traite pas le mal en l'expulsant de la communauté nationale", a-t-il conclu.

La réaction de Manuel Valls, qui était à l'Assemblée nationale au même moment pour le vote de l'article 2 de cette révision constitutionnelle, est tombée immédiatement. "Le texte a été adopté en conseil des ministres", a-t-il rappelé. "Chacun, Emmanuel Macron parmi les autres, soutient cette démarche. Il ne peut pas en être autrement."

J'ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place que [le débat sur la déchéance] a pris. On ne traite pas le mal en l'expulsant.

  • L'accueil des réfugiés, intenable ou préférable

En déplacement à Munich, mi-février, Manuel Valls a refroidi les relations franco-allemandes en quelques mots. Alors que la chancelière Angela Merkel s'était clairement positionnée pour l'accueil des réfugiés, le Premier ministre français a ouvertement critiqué cette politique, qu'il a jugée "non tenable dans la durée". "Nous ne pouvons pas accueillir plus de réfugiés", a-t-il ajouté.

Un peu plus d'un mois plus tard, Emmanuel Macron a pris le contrepied du Premier ministre. Dans une longue interview au quotidien belge Le Soir, le ministre de l'Économie a estimé que les réfugiés étaient "une force". "Les réfugiés qui risquent leur vie pour des raisons politiques sont des héros."

  • L'acharné du dialogue contre le droit dans ses bottes

Emmanuel Macron comme Manuel Valls ont tous les deux eu à gérer, à un an d'intervalle, le passage au Parlement d'un projet de loi controversé. La loi qui porte son nom pour le premier, la loi Travail pour le second. Mais les méthodes employées ont été très différentes. Quand Emmanuel Macron s'est lancé dans une opération séduction des parlementaires, dialoguant longuement avec les plus récalcitrants jusqu'à des heures tardives en commission comme dans l'hémicycle, Manuel Valls, lui, a préféré la fermeté. Qui est vite passée pour de la rigidité. "Nous sommes à un moment du quinquennat où on ne peut pas tout brutaliser", a d'ailleurs lancé, comme un avertissement, Emmanuel Macron dans une interview au JDD fin février. Finalement, les deux textes ont été adoptés sans vote, à la force du 49.3, mais le ministre de l'Économie s'en est sorti avec une bien meilleure image que le Premier ministre. Alors que, sur le fond, plusieurs dispositions de la loi Travail étaient directement inspirées des propositions de Bercy. 

  • Réaffirmer les clivages ou les transcender

C'est son leitmotiv. Pour faire passer sa loi comme après avoir fondé En Marche!, Emmanuel Macron a dit et répété qu'il était nécessaire de dépasser les clivages partisans. Son mouvement politique n'est donc "ni de droite, ni de gauche", pour rester "ouvert".

Un positionnement qui laisse Manuel Valls pour le moins perplexe. "Il serait absurde de vouloir effacer" les différences entre droite et gauche, a pointé le Premier ministre début avril, après l'annonce de la création d'En Marche!. Lui se définit comme résolument de gauche. "Il y a forcément des forces politiques. Et heureusement. C'est ainsi que fonctionne notre démocratie."