Loi Travail : ce que Benoît Hamon veut en faire

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Benoît Hamon veut substituer à la loi Travail une nouvelle législation qui pourrait reprendre certaines dispositions de l’actuelle. Le candidat, qui promettait l’abrogation, assure qu’il ne s’agit pas d’un revirement.

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Il en a fait l’un de ses principaux points de rupture avec le quinquennat de François Hollande. Benoît Hamon, ancien ministre de l’Education et actuel candidat à l'élection présidentielle, s’était engagé à abroger la loi Travail. Une loi qui l’avait même poussé, lors du passage en force du gouvernement en juillet, à signer la motion de censure qu'avait tentée de déposer la gauche.

"Je n’en voulais pas". Invité dimanche du Grand Jury de RTL/Le Figaro/LCI, le candidat a pourtant tenu des propos plutôt nuancés à l’égard de cette loi, promulguée le 8 août dernier malgré une importante contestation parlementaire et sociale. "J’ai dit que cette loi, parce qu’elle remet en cause la hiérarchie des normes, parce que sur les licenciements elle les facilitait, parce qu’elle encourage par accords d’entreprise la baisse des tarifs des heures supplémentaires, je n’en voulais pas. Est-ce que cela veut dire que je remets en cause la garantie jeune, le droit à la déconnexion, le compte personnel d’activité ? Ce que je souhaite, c’est que nous pensions demain une nouvelle loi. Ce que je veux, c’est une nouvelle loi Travail", a-t-il déclaré.


Benoît Hamon veut "une nouvelle loi Travail" et non plus son abrogation

Des propos aussitôt interprétés comme une volte-face, notamment sur les réseaux sociaux où le conseiller régional Eric Coquerel, soutien de Jean-Luc Mélenchon, y a vu l’une des raisons de la rupture entre le socialiste et le leader de la France insoumise, qui ne sont pas parvenus à s’entendre sur un accord pour la présidentielle.



Abroger et remplacer. Invité mardi à clarifier sa position au micro d’Europe 1 (voir vidéo en illustration), Benoît Hamon a redit sa volonté d’abolir la réforme, sans pour autant vouloir revenir à la situation antérieure. "J’abroge la loi, et je la remplace par une nouvelle", a précisé l’ex-frondeur. "Le but c’est quoi ? C’est de faire en sorte d’avoir une loi Travail sur la souffrance au travail, sur le burn-out, les conditions dans lesquelles on renforce le pouvoir des salariés dans les entreprises, on améliore les conditions dans lesquelles ils négocient, notamment dans les TPE et les PME, le droit à la déconnexion. Tout cela, je l’améliore […]. Mais je garderai ou je reprendrai de la précédente loi ce qui est bien". "Le compte personnel d‘activité, je n’ai rien contre. Je pense qu’il doit figurer dedans", cite-t-il notamment en exemple.

En clair, Benoît Hamon veut bel et bien supprimer la réforme, mais pour lui en substituer une nouvelle, plus axée sur le droit des salariés et qui pourrait reprendre certains aspects, positifs selon lui, de l’actuelle législation tels que la garantie jeune, le compte personnel d’activité ou encore le droit à la déconnexion dont il fut l’un des chantres. "Quand on dit on abroge, ça ne veut pas dire que l’on pense que tous les articles sont mauvais", précise-t-il encore. "Ce qui moi m’a déplu dans cette loi, c’est que l’on facilite le licenciement et que l’on encourage potentiellement la baisse du tarif des heures supplémentaires et que l’on inverse la hiérarchie des normes. Cela je n’en veux plus".

Un gage au nom du rassemblement ? En pleine campagne pour la primaire organisée par le PS, Benoît Hamon, disputant alors à Arnaud Montebourg le leadership sur l’aile gauche du parti, avait pourtant promis une abrogation "sans état d’âme" devant l’Association des journalistes de l’information sociale. "Un geste très politique et très symbolique", soulignait-il face à ce qu’il qualifiait de "déni de démocratie", la réforme ayant été adoptée grâce à l’utilisation du 49.3 par Manuel Valls.

Un mois plus tard, le candidat investi à la succession de François Hollande, et qu’aucune enquête d’opinion ne place pour le moment au second tour, espère élargir son socle électoral en obtenant le ralliement des écologistes, mais doit aussi veiller à conserver dans son giron les réformistes du PS, anciens soutiens de Manuel Valls, dont certains avaient menacé de rejoindre la campagne d’Emmanuel Macron. Sauver quelques pans de la dernière grande réforme défendue par l’ancien Premier ministre pourrait aussi lui permettre de consolider le rassemblement de sa famille politique.