Loi El Khomri : Valls a-t-il trouvé la bonne équation ?

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Loi El Khomri : Valls a-t-il trouvé la bonne équation ?
@ THOMAS SAMSON / AFP
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Les concessions accordées par le gouvernement ne suffisent pas aux syndicats les plus remontées et fâchent le Medef et l’opposition. Mais les syndicats réformistes s'apaisent.

La loi El Khomri n’a pas encore fini d’empoisonner la vie du gouvernement. En présentant lundi aux syndicats et aux organisations étudiantes d’importantes "améliorations" sur les mesures les plus controversées, Manuel Valls comptait bien clore une polémique longue de plusieurs semaines. Mais le Premier ministre devra patienter pour savoir si sa stratégie a été efficace. Car comme prévu, les réactions sont contrastées. Les organisations les plus remontées contre le projet le demeurent, et sont désormais rejoints par la droite et le Medef. Les syndicats "réformistes", eux, adressent un satisfecit au gouvernement. Au final, c'est sans doute la rue qui aura le dernier mot. 

La contestation reste très large

La CGT et FO, deux des syndicats les plus remontés contre la loi Travail, n’ont pas tardé à réaffirmer leur totale opposition au texte. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a utilisé Twitter pour réclamer, encore et toujours, son retrait pur et simple.

Pour la CGT,  la mobilisation contre le texte est "plus que jamais d’actualité", selon son secrétaire général Philippe Martinez. Le syndicat a elle appelé sur Twitter à manifester à nouveau, après le 9 mars, jeudi prochain.

Au final, c’est toujours dans la rue qu’une grande partie de la loi Travail va bel et bien se jouer. Après la journée du 9 mars, saluée comme une réussite par les syndicats et les organisations étudiantes, tout dépend de l’évolution de la mobilisation, à commencer par jeudi prochain, le 17 mars, puis surtout le 31 du même mois, où une grande journée d'action doit être organisée. Reste à savoir quelles seront les capacités des "anti" loi El Khomri à mobiliser. Si les manifestations grossissent, la pression augmentera d’autant.

Pour l’heure, comme ces syndicats, l’Unef, le principal syndicat étudiant, celui qui a la plus grosse capacité de nuisance pour le gouvernement, ne semble pas prêt à désarmer, à en croire son président, William Martinet. "Est-ce que ce gouvernement avec ce projet de loi travail a répondu aux aspirations des jeunes? On est profondément convaincus que non. Évidemment, on appelle les jeunes à continuer cette mobilisation", a-t-il déclaré à la sortie de Matignon.

Plus grave, la gauche de la gauche, et la gauche du PS en particulier, ne semble pas plus convaincue. "Même avec les corrections apportées par le gouvernement, la loi El Khomri demeure inacceptable tant sur son contenu que sa philosophie", a écrit le député PS Pascal Cherki sur Twitter. Pas de quoi rassurer le gouvernement en vue des manifestations du 31 mars. Brice Giacolone, militant et membre du conseil national PS, n’a ainsi pas fait mystère de sa volonté de participer aux manifestations du 31 mars prochain.

 

L’opposition et le Medef contrariés

Ils l’ont dit et répété, au point que cela a pu devenir gênant pour le gouvernement : le Medef et la droite voyaient d’un bon œil la loi El Khomri. Désormais, le ton a changé. C’est peu de dire que l’opposition et la principale organisation patronale n’ont pas goûté le changement de cap du gouvernement, à l’image de Guillaume Larrivé, porte-parole des Républicains :

"Cette loi allait dans le bon sens, mais les tergiversations, les reculades, les renoncements nous amènent aujourd'hui à plein d'interrogations", a abondé Guillaume Peltier, également porte-parole LR, lors d’un point presse. "Le chemin choisi (par le gouvernement) s'apparente de plus en plus à un chemin de croix, puisque de station en station, nous avons eu le ministère de la parole, de la lâcheté, du reniement et du renoncement sur toutes les thématiques annoncées, sur tous les grands enjeux fondamentaux", a-t-il conclu. En clair, Les Républicains vont désormais tirer à boulet rouge sur la loi El Khomri.

Changement de ton aussi pour le Medef. "Ce qui nous ennuie considérablement, c'est le déplafonnement des prud'hommes, car sachez que c'est un élément important pour que les employeurs, notamment les plus petits, puissent relancer l'emploi", a déploré Pierre Gattaz, dans la cour de Matignon. Le patron des patrons s’est même fendu d’un ultimatum à l’endroit du gouvernement. "Cette loi, il ne faut pas la dénaturer plus. S'il y a encore des reculades sur ce texte, c'est la fin des haricots." Certes, ce n’est ni le Medef ni Les Républicains qui risquaient de faire capoter l’adoption de la loi, que ce soit dans la rue ou à l’Assemblée. Pour le gouvernement, leur opposition peut même être salutaire, car il "gauchise" le projet de loi Travail.

L’éclaircie vient des syndicats dits "réformistes"

Tout n’est pas négatif cependant pour Manuel Valls. Car l’un des objectifs premiers du Premier ministre était de convaincre les syndicats dits "réformistes", les plus enclins en tout cas à changer d’avis sur la loi Travail. Pour le coup, c’est en bonne voie. "Si les annonces se manifestent dans l'écriture du projet de loi, la CFDT considère que nous avons fait avancer ce texte", a déclaré le secrétaire général de la CFDT après les annonces de Manuel Valls.

Le syndicat devrait se prononcer sur les suites à donner à sa mobilisation lors de son bureau national "mercredi et jeudi".

Même attentisme teinté de satisfecit pour la CFE-CGC, le syndicat des cadres. Carole Couvert, sa présidente, s’est ainsi réjouie que "l'unité syndicale réformiste (avait) fait bouger les lignes". L’organisation a tout de même encore des revendications, notamment le "retrait du référendum" d'entreprise, a-t-elle précisé. Il est fort à parier qu'au final, ces deux organisations, comme l'Unsa et la CFTC, sur la même ligne, appellent à cesser la mobilisation et donc à la manifestation le 31 mars.

Reste à savoir comment se comportera la rue. Réponse dès jeudi, et surtout le 31 mars. Une date qui pourrait faire office de juge de paix pour la loi El Khomri.