L'embarras du gouvernement pour recaser Thierry Lepaon

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Le gouvernement tente, non sans mal, de recaser l'ancien secrétaire général du syndicat, poussé à la démission en janvier 2015, et toujours salarié de la CGT.

ENQUÊTE EUROPE 1

"C'est la tradition à la CGT. Quand un dirigeant remet ses fonctions et n'a pas trouvé de nouvelles responsabilités ou un nouveau job, on fait en sorte qu'il puisse vivre entre deux périodes de travail", expliquait Thierry Lepaon à Europe 1, en septembre dernier. L'ancien secrétaire général du syndicat, poussé à la démission en janvier 2015, a quitté il y a deux mois l'appartement par lequel le scandale est arrivé, d'après son successeur, Philippe Martinez. Mais, en l'attente d'une nouvelle solution professionnelle, Thierry Lepaon est toujours payé par la CGT. Et cette situation dure depuis plus d'un an.

Un coup de pouce du gouvernement. C'est là qu'intervient le gouvernement, sur fond de mobilisation contre la loi Travail, appelée, entre autres, par la CGT : Thierry Lepaon recasé, c'est un signal de bonne volonté envoyé au syndicat. Mais à quel poste ? Depuis de nombreuses années, l'ancien secrétaire général s'intéresse à la lutte contre l’illettrisme. Il a même fait un rapport sur le sujet en 1996 pour le Conseil économique et social de Basse-Normandie. Pour le gouvernement, la solution était alors toute trouvée : Thierry Lepaon pourrait prendre la tête de l'Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, à la place de Marie-Thérèse Geoffroy, l'actuelle présidente.

Un poste qui doit être rémunéré. Un coup de téléphone à cette dernière complique l'affaire : la présidence est bénévole, et la CGT recherche un poste rémunéré pour Thierry Lepaon. Le gouvernement trouve alors la parade, en créant une nouvelle agence sur le même thème, dont le président recevrait un salaire. Des personnes qualifiées ont été nommées il y a quelques mois pour réfléchir aux missions précises de cette nouvelle agence. Et parmi elles, Thierry Lepaon ! Manuel Valls en a dévoilé le nom, mercredi : il s'agira de "l'Agence de la langue française pour la cohésion sociale". Quant au nom du président, le Premier ministre devait l'officialiser mercredi lors de son déplacement à Vaulx-en-Velin. Finalement, la nomination de Thierry Lepaon interviendra un peu plus tard.

Deux structures pour une mission. Car comment justifier l'existence de deux agences, aux missions quasi similaires, alors que le gouvernement cherche à faire des économies ? La solution aurait pu être la fusion des deux, voire l’absorption de l'ancienne par la nouvelle. Mais les acteurs de terrain, directement concernés, ne trouvent rien à reprocher à l'actuelle Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, qui présente l'avantage de ne pas coûter cher, n'employant que 12 personnes pour un budget annuel de 1,2 million d'euros, dont 600.000 euros de subvention d'État. Elle a même reçu il y a peu les compliments de la Cour des comptes. Le gouvernement envisage donc de faire coexister les deux structures... en tout cas pour l'instant.