Le redécoupage des circonscriptions : une arme qui peut se retourner contre l'exécutif

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La discussion sur la réforme des institutions commence dans quelques jours à l’Assemblée nationale, avec en toile de fond le redécoupage des circonscriptions.

L'ÉDITO POLITIQUE

Ce n’est pas demain que vous trouverez deux urnes dans votre bureau de vote, l’une pour le député de votre circonscription, l’autre pour voter pour une liste d’un parti qui, finalement, produira une soixantaine de députés élus à la proportionnelle. Mais les ciseaux d’argent cliquettent déjà : car si la réforme constitutionnelle d’Emmanuel Macron est adoptée, il ne restera en 2022 que 343 députés élus au scrutin majoritaire sur 577 aujourd’hui. C’est donc toute la carte des circonscriptions qu’il faut redécouper.

Le hara-kiri des députés. Si ce n’est pas le premier redécoupage électoral opéré sous la Cinquième République, ce sera sans doute le plus conséquent. Avec deux nouveautés : pour la première fois, en raison d’une majorité pléthorique, les premiers à pâtir de cette réduction drastique seront moins les députés d’opposition, qui crieront quand même au "charcutage électoral", que les députés de la République en marche. Par exemple, le Finistère compte huit circonscriptions : sept aux marcheurs et une au modem. Qui sera sacrifié en 2022 ? Les députés commencent à se regarder en chiens de faïence ; ils voteront pourtant la loi pour se faire hara-kiri.


La fin des petits arrangements. L’autre nouveauté, c’est que jusque-là, le découpage électoral se faisait d’abord entre élus. Des députés, souvent députés-maires, des notables de la majorité et de l’opposition passaient des "deals" : "tu me protèges cette circonscription en la dessinant correctement, je t’en sacrifie une autre", souvent celle d’un ami encombrant, et le tour était joué. Les intérêts des députés élus primaient sur ceux des partis. C’est ainsi que certains sauvaient leur peau quelle que soient les alternances. Avec la fin du cumul des mandats, et surtout l’émergence de novices à l’Assemblée en 2017, la logique est inversée. C’est désormais le parti qui a la main, évidemment le parti présidentiel, donc l’exécutif.

Une arme anti-frondeur. Une situation qui montre d’abord une mainmise très jupitérienne sur cette réforme du scrutin parlementaire. Si ce n’est pas Emmanuel Macron qui tient les ciseaux, le découpage se fait bien à l’Elysée, à Matignon, au ministère de l’Intérieur et plus du tout au gré de petits arrangements entre élus. C’est surtout un sacré bâton à l’intention des députés pas tout à fait dans la ligne. Un élu rechigne, dépose des amendements quand on lui dit que ce n’est pas l’heure ? Il joue sa ré-investiture. C’est la meilleure arme anti-frondeur. Mais attention, dégainée trop tôt, cette arme peut se retourner : d’ici 2022, ceux qui savent qu’ils n’ont aucune chance de faire un second mandat, ne se sentiront plus tenus par grand-chose, c’est toute la majorité qui s’en trouvera fragilisée. Le cliquetis des ciseaux est toujours à manier avec précaution.