"Le projet de Macron est destiné à n'empêcher aucun ralliement"

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"Le projet de Macron est destiné à n'empêcher aucun ralliement"
Emmanuel Macron a présenté un programme social-libéral, jeudi.@ Lionel BONAVENTURE / AFP
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Pour le politologue Jérôme Sainte-Marie, Emmanuel Macron a présenté un programme "balancé", qui devrait lui permettre d'asseoir une majorité politique.

INTERVIEW

Six chantiers et plus d'une centaine de propositions. Emmanuel Macron a officiellement présenté son programme, jeudi matin, devant la presse. Clairement social-libéral, celui-ci a également pour vocation de ratisser large pour permettre de dépasser les clivages droite/gauche, analyse le politologue Jérôme Sainte-Marie. Avec pour corollaire l'absence de réforme phare et de véritable rupture.

Emmanuel Macron aspirait à n'être "ni de droite, ni de gauche" mais à rassembler au-delà des clivages. Est-ce réussi avec ce projet ?

Son programme est assez balancé. Par exemple, il garde la retraite par répartition, ne se dirige pas vers un système par capitalisation. Il réduit le nombre de fonctionnaires d'un côté mais prévoit des efforts en matière d'éducation pour les zones d'éducation prioritaires de l'autre. On voit qu'il y a un souci de balancement permanent. Le grand mot d'ordre de son programme reste la liberté individuelle et la responsabilisation des citoyens.

Y a-t-il une "transformation radicale", comme l'a promis l'ancien ministre de l'Économie ?

En fait, c'est une radicalisation de la ligne de François Hollande. Il est logique qu'il n'y ait pas de rupture brutale. Il a été l'instrument de cette politique en tant que secrétaire général adjoint de l'Élysée, puis en tant que ministre de l'Économie. Désormais, il souhaite aller plus loin. En revanche, il y a une rupture avec la social-démocratie et le rocardisme, qui mettaient l'accent sur les corps intermédiaires. C'est l'individu qui est au cœur du projet d'Emmanuel Macron. En cela, c'est du pur social-libéralisme.

Il ne peut pas non plus y avoir de rupture brutale parce que tout se passe dans un périmètre constant. Emmanuel Macron ne remet en cause ni l'euro, ni la politique commerciale de la France, donc les traités comme le CETA par exemple. On reste dans le même périmètre.

Sans rupture, n'y a-t-il pas le risque de décevoir ?

Le problème d'Emmanuel Macron était de rester compatible avec l'opinion qui le soutient aujourd'hui et qui vient d'horizons très différents. De toute évidence, c'est le cas. En revanche, il est effectivement possible que l'absence de grande mesure, de réforme spectaculaire, suscite une déception. Il n'y a, dans ce projet, aucun équivalent à ce qu'ont pu être les 35 heures ou le RMI, ou à ce qu'est le revenu universel d'existence porté aujourd'hui par Benoît Hamon. Cette logique peut paraître attentiste, mais en même temps il y a une véritable réflexion philosophique derrière.

Emmanuel Macron peut-il asseoir une majorité sur son programme ?

Ce projet est clairement destiné à n'empêcher aucun ralliement. Il n'y a rien qui puisse retenir un député qui voudrait s'assurer la victoire de se rallier. De toute façon, les législatives sont des élections de confirmation. Sans compter que si Emmanuel Macron gagne, c'est qu'il aura été opposé à Marine Le Pen au second tour. Il aura donc le soutien de l'essentiel des forces politiques, à l'exception du Front national et peut-être de l'extrême gauche. Donc il n'aura pas de mal à avoir une majorité politique.