Le participatif, casse-tête financier pour les candidats

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Le participatif, casse-tête financier pour les candidats
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INFO E1.fr - Les candidats devront inscrire certaines e-contributions dans leurs comptes de campagne. 

"Moi, j’ai surtout travaillé la nuit". Joris Clerté est sympathisant du Front de gauche et vient de poster sur le site de campagne de Jean-Luc Mélenchon une vidéo sur la dette. Une contribution bénévole. Ce professionnel de l’audiovisuel a en effet réalisé ce film très soigné en dehors de ses heures de travail et - à vrai dire - pas une seule fois, il ne s’est imaginé que sa création serait un casse-tête pour son favori. C'est pourtant le cas. Selon les informations d'Europe1.fr, les candidats devront, en effet, inscrire certaines e-contributions dans leurs comptes de campagne. 

"Diffusez", "participez", "proposez"

La présidentielle de 2012 s’annonce plus que jamais participative sur le net. Photos, vidéos et même, argumentaires : à chaque coin de site web, les internautes sont appelés à mettre la main à la pâte pour valoriser leur candidat ou railler ses adversaires politiques.

Souvent ces participations sont anecdotiques - un commentaire, un tweet - parfois, elles le sont moins, comme peuvent l’être des vidéos quasi-pros qui remplaceraient une coûteuse réalisation d’agence, évaluée à environ 3.000-4.000 euros.

Un problème pour les "gros partis"

Comment dès lors classer ces contributions ? Font-elles partie du bénévolat inhérent à l’activité de militant, ou sont-elles des dons en "nature" à inscrire dans les comptes de campagne. Le code électoral impose, en effet, à chaque candidat de retracer l’ensemble de ses recettes et, "selon leur nature, l’ensemble des dépenses engagées" en vue de l’élection.

"Il est vrai que nous nous sommes posé la question", reconnaît Frédéric Neau, un des responsables de la web campagne d’Eva Joly, dont une large partie sera basée sur le participatif.

"Notre trésorier estime, pour l’heure, que ces vidéos postées par nos internautes ne rentrent pas dans les comptes de campagne. Mais, elles pourraient figurer dans la catégorie "dons en nature" si on nous le demandait. Cela ne pose pas vraiment problème dans notre cas, cela ne nous fera pas dépasser le plafond des dépenses, comme ça peut être le cas pour d’autres candidats", précise-t-il.

Des prétendants au Palais de l’Elysée, seuls les candidats PS et UMP se rapprochent, en effet, des plafonds : 16,8 millions d’euros pour le premier tour et 18,3 millions d’euros pour chacun des candidats présents au second tour. Pour les deux "gros partis", le problème reste donc entier.

Des vidéos à inscrire dans les comptes de campagne

Pour y voir plus clair, Europe1.fr  a donc posé la question à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. "C’est la première présidentielle où il y aura autant [de contenus participatifs]", répond d’abord la Cnccfp. Les vidéos, par exemple, "seront - en règle générale - considérées comme du travail bénévole réalisé par les militants. Toutefois, si elles sont d’une ‘exceptionnelle qualité’ : elles seront à inscrire dans les comptes de campagne, comme un concours en nature", précise la commission.

Mais, en quoi consiste concrètement une vidéo d’une exceptionnelle qualité ? "Par exemple, si le travail a quelque chose de professionnel ou a nécessité du matériel professionnel", répond la Cnccfp. "Ce sera du cas par cas. Mais nous disons toujours au candidat qu’il vaut mieux déclarer trop que pas assez. Et si ce n’est pas nécessaire nous rectifierons".

Une règle alambiquée pour les partis 

La commission promet toutefois que les candidats ne se verront pas attribuer par surprise des contenus participatifs. Cette règle ne s’appliquera que lorsque "le candidat est au courant", ajoute la commission des comptes de campagne. "Or, on considère que si une vidéo est reprise sur un site de campagne, le candidat, est de fait au courant".

La règle de Cnccfp semble toutefois alambiquée pour les partis politiques."Pourrions-nous avoir des règles un peu plus précises ?", demande en substance Marie-Vorgan Le Barzic, de l’équipe web de François Hollande.

"Evidement, nous avons vocation à intégrer la production des citoyens sur le site de campagne du candidat", précise-t-elle. Mais dans l’idéal, "il faudrait objectiver les critères" édictés par la commission. "Une vidéo d’une exceptionnelle qualité peut avoir été faite par une jeune militante dans son garage", argumente-t-elle.

Cette règle sera-t-elle respectée ? Il faudra attendre l’après-présidentielle pour avoir la réponse, quand, six mois après le scrutin, la Cnccfp rendra public les comptes de campagne des candidats.