Le double visage de Marine Le Pen

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VOLTE-FACE - La présidente du Front national tente d'adoucir l'image de son parti, mais s'apprête à tenir un meeting avec la droite européenne la plus extrême.

Depuis la rentrée, elle semble fuir les médias. Marine Le Pen se concentre sur le travail de fond entamé par le Front national pour adoucir son image. Dernière étape en date du processus de "dédiabolisation" : une nouvelle affiche, tirée à 100.000 exemplaires. On y voit le visage de Marine Le Pen sur fond de campagne douce et rassurante au-dessus de son slogan, "La France apaisée".

L'envers du décor. Voilà donc pour la photo officielle, la "carte postale aux Français". Mais il existe une autre "affiche" que personne n'est censé voir, beaucoup plus sulfureuse : celle du meeting auquel Marine Le Pen compte se rendre jeudi soir. Ce rendez-vous, qui se tient à Milan, ne figure pas à l'agenda officiel de la présidente du Front national...

L'extrême droite européenne à Milan. Marine Le Pen va prendre la parole devant 1.300 personnes aux côtés du gratin de l'extrême droite européenne : le FPÖ autrichien, le Vlaams Belang belge, mais aussi Geert Wilders, le leader du Parti de la Liberté néerlandais, qui distribue des bombes lacrymogènes aux femmes pour se défendre contre les migrants et propose d'enfermer tous les réfugiés musulmans de sexe masculin en prison.

Xénophobie assumée. Quant à l'hôte de ce meeting, il s'agit de l'italien Matteo Salvini, secrétaire fédéral de la Ligue du Nord. Lui, xénophobe assumé, veut organiser des expulsions massives de migrants. Tous ces leaders sont membres du groupe parlementaire de Marine Le Pen à Bruxelles, "Europe des nations et des libertés", fondé en juin 2015.

Langage historique de l'extrême droite. Parallèlement à l'image publique apaisée, destinée à rassurer et attirer de nouveaux électeurs, Marine Le Pen n'oublie donc pas le langage historique de l'extrême droite, destiné aux militants. Les discours anti-immigrés et anti-européens restent l'ADN du FN et un axe de développement non négligeable pour le parti. Ces sujets lui permettent de nouer des alliances et d'avoir un groupe au niveau européen.

L'immigration comme point de convergence. Le thème de l'immigration est en effet ce qui rapproche Marine Le Pen de Geert Wilders, de la Ligue du Nord ou du FPÖ. Car sur tout le reste, et notamment l'économie, ces partis n'ont rien en commun. Certains sont ultra-libéraux, d'autres protectionnistes. Le meeting de jeudi est d’ailleurs entièrement consacré à la question des migrants, formidable carburant électoral pour des formations qui jouent sur les amalgames avec la menace terroriste.

Une extrême droite qui progresse. Cette stratégie paie. En Autriche, le FPÖ a réalisé un score historique aux élections municipales d'octobre dernier, avec 32% des suffrages. Aux Pays-Bas, le Parti de la Liberté de Wilders est donné en tête de tous les sondages. Et le Front national ne fait pas exception à la règle. Lors des élections régionales de décembre, une étude Ipsos avait montré que "la menace terroriste", "l'insécurité", "la délinquance" et "l'immigration" étaient les thèmes qui avaient le plus pesé dans le vote des 6,8 millions d'électeurs du FN.