La promesse oubliée de Hollande

  • A
  • A
La promesse oubliée de Hollande
Le président a décidé de rencontrer en tête à tête des élus lassés d’en être réduits au rôle de simple exécutant de la politique décidée à l’Elysée.@ REUTERS
Partagez sur :

INDISCRET - Le président a rencontré des parlementaires à l’Élysée. Il avait promis le contraire.

Promesse non tenue Qui a oublié la désormais fameuse anaphore de François Hollande pendant le débat d’entre-deux-tours avec Nicolas Sarkozy, le 2 mai 2012 ? Première occurrence : "moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l'Élysée." Sauf qu’à l’épreuve du pouvoir, le chef de l’Etat s’est rendu compte que sa promesse était intenable.

Rencontrer, discuter, rebooster. Incompris par sa majorité qui lui reproche notamment de s’être coupé de sa base, François Hollande a décidé d’y remédier. Après Jean-Marc Ayrault qui a passé deux jours à câliner le groupe socialiste à l’Assemblée nationale, il a lui-même décidé de rencontrer en tête à tête ces élus lassés d’en être réduits au rôle de simple exécutant de la politique décidée à l’Elysée. Chaque semaine, une dizaine d’élus seront donc invités, priorité étant accordée aux primo députés, certains d’entre eux n’ayant jamais eu l’occasion de discuter avec celui dont ils défendent difficilement la politique sur tout le territoire.

Pierre-René Lemas annonce elysee reuters 930620

© REUTERS

Le mardi, c’est apéro. Pour se "réconcilier" avec la famille socialiste, François Hollande trinquera le mardi soir. C’est qu’il a fait hier, alors que la première de ces rencontres, la semaine dernière, s’était déroulée autour d’un dîner. L’entrevue se déroule dans un salon au rez-de-chaussée du Palais Le président reçoit avec le secrétaire général de l'Elysée Pierre René Lemas (photo) et son conseiller parlementaire.

"Ce n'est pas du tout lèche bottes". Deux rendez-vous se sont donc déjà tenus. Certains des parlementaires reçus ont confié à Europe 1 leur sentiment et une idée forte s’en dégage : "enfin!  Il était temps !". Chacun leur tour, les députés ont une dizaine de minutes pour faire part de leur doléances, et elles sont nombreuses. "Ce n’est pas du tout lèche bottes. Je lui ai expliqué que mes électeurs de gauche dans les campagne sont mal à l'aise avec le mariage pour tous", explique l’un d’entre eux. Autre reproche récurrent : les effets trop lents de la mise en œuvre de réformes, incompréhensibles pour les couches populaires. "La période est dure, tout s’est mélangé, la crise, Cahuzac, le mariage pour tous, mais il faut tenir bon jusqu’en juillet", leur a expliqué le président. Avant d’assurer au passage qu’il n’y aurait pas de remaniement avant l’été.

Des élus hargneux, mais contents. Face à des élus inquiets de la politique menée, François Hollande explique, répond aux interrogations, assume son cap, pédagogue. "On ressort regonflé à bloc, remonté et enthousiaste, confient les élus. On a vu un chef qui sait où il nous emmène, avec beaucoup de sang froid." Certains n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Ainsi cet échange relaté par le Canard enchaîné entre le président et la sénatrice PS de Paris Bariza Khiari : "Sarkozy a perdu plus à cause de son comportement que de sa politique. Nous, si on continue comme ça, ce sera le contraire. Les Français ne savent pas où tu les mènes. Il faut leur dire. La peur doit les quitter. Et ça, c’est ton job, François."