La "mise au poing" de Montgolfier

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La "mise au poing" de Montgolfier
@ REUTERS
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Avant de quitter Nice pour Bourges, le procureur charge Christian Estrosi et surtout Eric Woerth.

Après douze années passées sur la Côte d'Azur, le procureur de la République Eric de Montgolfier s'est longuement exprimé dans une interview-bilan accordée à Mediapart. Les personnalités politiques sont visées par le futur procureur général de Bourges, en premier lieu desquels les hommes politiques niçois et l'ancien ministre du budget Eric Woerth est aussi pointé du doigt par Eric de Montgolfier pour sa gestion de l'affaire des comptes bancaires suisses.

La sortie de Woerth "ne nous arrangeait pas"

Durant toutes ces années niçoises, le dossier des comptes bancaires HSBC aura sans doute été le plus important pour lui. Mais certainement pas celui qui lui a procuré le plus de satisfaction. "Il a fallu se battre", confie à Mediapart Eric de Montgolfier.

"Au point où nous étions parvenus, on ne savait pas tout", mais un peu tout de même. Alors quand Eric Woerth, en 2009, brandit une liste de 3.000 fraudeurs fiscaux, le procureur ne comprend pas. "Nous avions plus de 8.000 noms, pour ce qui concerne les ressortissants français, et au moins dix fois plus d’étrangers. Pourquoi sortir cela ? Pourquoi 3.000 ? Ça ne nous arrangeait pas…"

Un an plus tard, en 2010, Le Point va plus loin que le rapport de l'Inspection générale des finances (IGF). L'hebdomadaire affirme que le particulier cité dans l'affaire Bettencourt qui détient un compte HSBC est Patrice de Maistre, gérant de fortune de l'héritière de L'Oréal et… employeur de Florence Woerth, la femme du ministre. "Effectivement, on a trouvé un compte au nom du fameux de Maistre", valide Montgolfier. "Manifestement, des noms servaient à en cacher d’autres dans les données HSBC", précise-t-il, estimant "que ces données pourraient remplir un train si on les imprimait en totalité".

Montgolfier, un procureur "à éliminer" ?

Ce n'est pas le seul courroux du procureur, qui juge que sa "promotion" à Bourges est en fait une manière de l'"éliminer". "Comment l'exclure ? Cela ne me surprendrait pas. Cette promotion arrive à un moment où mes relations sont plus difficiles avec le maire de Nice, Christian Estrosi […] Ces derniers temps, nous n’avions pas les mêmes vues sur un certain nombre de dossiers".

"A Nice, je n’ai pas réussi, pendant toutes ces années, à obtenir que soit durablement installé dans l’esprit des élus le respect des lois et de l’utilisation des fonds publics. Et mon expérience de magistrat m’a appris que l’on est bien avec les élus que si l’on fait ce qu’ils souhaitent. Quand on les contrarie, on est forcément un adversaire, quelqu’un à éliminer".

Eric de Montgolfier s'interroge enfin sur ceux qui prennent les décisions. Pour lui, "il n'est pas impossible que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui souhaitent pourvoir le poste de procureur de Nice, avant l’élection présidentielle qui arrive". En attendant, le procureur le procureur de l'affaire VA-OM va finalement devenir procureur général comme il le réclamait depuis 2007, mais à Bourges. Il est à un an de la retraite.