Jean-Luc Bœuf : la réforme territoriale "n'a pas servi à grand chose"

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ENCORE RATÉ - Interrogé par Europe 1, le spécialiste des collectivités locales estime que les nouvelles régions ne permettront ni de simplifier le millefeuille territorial, ni de faire des économies.

INTERVIEW

Simplification et économies, tels étaient les objectifs de la réforme territoriale portée par le gouvernement. Une (longue) bataille parlementaire et une nouvelle carte des régions plus tard, ils ne sont pas atteints, selon Jean-Luc Bœuf, auteur d'Un seul lit pour deux rêves - La France et ses régions (éd. Primset éditions). "Ça n'a pas servi à grand chose", résume ce spécialiste des collectivités locales au micro d'Europe 1 mardi. "Sur la vie quotidienne, cela ne change rien."

Des budgets réduits. Les treize nouvelles régions n'ont en effet que peu de pouvoir financier. "Les budgets cumulés de toutes les régions françaises, c'est une trentaine de milliards d'euros. C'est trois fois moins que les départements et presque six fois moins que les communes", rappelle Jean-Luc Bœuf. Dès lors, il est difficile pour les conseils régionaux de peser réellement, même dans leurs domaines de compétence, comme les transports et l'économie. En matière de transport par exemple, "le plus souvent, la région va passer des conventions avec les départements pour qu'ils continuent d'exercer cette compétence", indique le spécialiste des collectivités locales. Pour ce qui est de l'économie, le rôle des régions dans la formation professionnelle a beaucoup été mis en avant. "C'est la région qui finance, confirme Jean-Luc Bœuf, mais elle n'est pas la seule. L'Etat et les entreprises aussi." 

Pas d'économies. A défaut d'induire de réels changements, la réforme territoriale va t-elle permettre de faire des économies ? Jean-Luc Bœuf en doute fortement : "dans les collectivités territoriales, l'emploi ne va pas baisser. Le législateur a tenu à ce que les emplois soient garantis." Pour regrouper toutes les instances de décision en un même lieu, "il faut une majorité de 60%" au conseil régional, rappelle l'expert. "C'est possible, mais pas partout."

Une réforme difficile. En finir avec le millefeuille territorial n'est donc pas pour demain. "Force est de constater qu'on n'y arrive pas", reconnaît Jean-Luc Bœuf. "C'est très compliqué, sauf à en faire une réforme de début de quinquennat." Le spécialiste prend notamment l'exemple des départements : "chaque fois on annonce leur mort, chaque fois ils ressurgissent avec un poids financier conséquent." Selon lui, "il faudrait enfin confier un véritable pouvoir législatif" aux régions pour changer les choses. Difficilement envisage dans un pays où "le gouvernement central n'a jamais vraiment accepté la montée en puissance des régions".