Il n'y aura pas d'inventaire des années Sarkozy
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DÉCRYPTAGE - Une convention sur la question se déroule jeudi. Et s'annonce comme un flop.

L’INFO. Ils l’ont réclamé à cor et à cri. Faire l’inventaire du mandat de Nicolas Sarkozy était essentiel pour aller de l’avant et préparer l’alternance. Mais ça, c’était avant… Alors que cette fameuse convention, intitulée "l’avenir est entre vos mains", se déroulera jeudi au siège de l’UMP, les cadres du mouvement boudent. Les ténors ne seront pas là, et plus personne ne semble très emballé à l’idée de s’adonner au "Sarkobashing". Un flop annoncé.

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Jean-François Copé

Pourquoi cette convention alors ? Alors que Jean-François Copé se dorait la pilule en Corse, certains ténors de l’UMP en ont profité, au cœur de l’été 2013, pour réclamer un bilan des années Sarkozy, question jusque là tabou à droite. Jean-Pierre Raffarin a ouvert le bal, vite suivi par la bande à François Fillon. "C'est une question d'honnêteté, la droite a été au pouvoir pendant ces dix années, il faut donc en tirer le bilan si on ne veut pas revenir aux responsabilités en refaisant les mêmes erreurs", assurait Laurent Wauquiez dans Le Point daté du 15 août. Une prise de position partagée par Patrick Devedjian, Hervé Mariton, Luc Chatel, Valérie Pécresse, Pierre Lellouche ou encore la retraitée Roselyne Bachelot.

D’abord complètement fermé à l’idée d’ouvrir la boite de Pandore des critiques à l’encontre de l’ancien président, Jean-François Copé avait fini par céder, dans un entretien à Nice Matin, le 17 août. Pourquoi ce revirement ? D’abord pour asseoir son autorité sur les ténors de son camp. Ensuite parce que si le président de l’UMP a répété à moult reprises sa loyauté à Nicolas Sarkozy, les critiques de ce dernier à son encontre lors de sa venue au bureau politique de l’UMP, le 8 juillet, l’ont passablement énervé. Les critiques, donc, viendront désormais de lui.

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Les ténors absents. Depuis l’annonce par Jean-François Copé de l’organisation de cet exercice d’autocritique, de l’eau a coulé sous les ponts de l’UMP : Nicolas Sarkozy a bénéficié d’un non-lieu dans l’affaire Bettencourt, et François Fillon a fendu l’armure. Dès lors, chacun est passé à autre chose. "Cette convention est noyée au milieu d’une multitude d’autres réunions thématiques, ce qui l’a complètement banalisé", assure à Europe1.fr un ténor de l’UMP, pour qui l’inventaire "n’est plus d’actualité". Une voix loin d’être isolée.

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La plupart des ministres se sont en effet fait excuser. Luc Chatel nous a confirmé qu’il serait bien présent, comme Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati. Mais pour le reste… Valérie Pécresse estime qu’elle a tout dit dans son livre et que sa présence n’est donc pas nécessaire, Laurent Wauquiez préfère assister au… congrès de l'association des élus de montagne et Bruno Le Maire ne prend même pas la peine de se trouver une excuse. François Fillon, lui, sera en déplacement à Bruxelles. Son fidèle lieutenant, Eric Ciotti (photo), ne le représentera pas non plus : "faire cette espèce de psychanalyse sur le passé, pendant une journée, cela n’a aucun intérêt. Ce qui est essentiel, c’est l’avenir", a assuré le député des Alpes-Maritimes, lundi soir dans l’émission Mots croisés, sur France 2.

Une préparation a minima. Lors de la rentrée politique de Jean-François Copé à Châteaurenard, le 25 août, Jérôme Lavrilleux, son directeur de cabinet, l’avait assuré aux journalistes présents : un questionnaire sera envoyé aux militants pour connaître leurs motifs d'insatisfaction, et les différents mouvements de l’UMP seront invités à apporter leurs contributions au débat. Pour le premier point, on repassera : les adhérents de l’UMP n’auront pas leur mot à dire.  

Sur le second point, c'est plus mitigé. Thierry Mariani, leader de la Droite populaire et ancien ministre des Transports, contacté par Europe1.fr, explique ainsi que son mouvement "n’a rien préparé. On nous a demandé une contribution, oui, mais c’est compliqué de rédiger une position commune, alors que cet exercice d’autocritique s’apparente davantage à une démarche individuelle." Quant à la Droite sociale, l'entourage de Laurent Wauquiez fait savoir à Europe1.fr qu'"aucune contribution n'est prévue". Également joint par Europe1.fr, Luc Chatel, leader, avec Jean-Pierre Raffarin, des Humanistes de l’UMP, assure en revanche qu’il viendra avec un document sous le bras.

Guillaume Peltier

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Du côté de la Droite forte, fidèle défenseur de l’héritage sarkozyste, on n’apportera pas à proprement parler de contribution, "mais on m’a demandé d’introduire la convention", assure Guillaume Peltier (photo), le fondateur du mouvement, à Europe1.fr. "Il faut arrêter de s’excuser d’être de droite ! Je vais rappeler les dix réformes majeures portées par Nicolas Sarkozy comme l’interdiction du port de la burqa dans l’espace public, le service minimum, l’autonomie des universités, la défiscalisation des heures supplémentaires etc.", annonce-t-il.

Honni hier par les sarkozystes, l’inventaire est aujourd’hui (presque ) plébiscité. "Cette convention, c’est la victoire de ceux qui ne voulait pas d’une droite qui se flagelle. Et puis après, on n’en parlera plus. Soyons fiers de ce que nous avons fait ! Notre principal tort, c’est de ne pas avoir assez défendu notre bilan en 2012", estime Guillaume Peltier, avant de conclure, le regard tournée vers 2017 : "le sarkozysme, ce n’est pas que du passé, c’est aussi l’avenir."