Hollande, le dernier dimanche "normal"

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Hollande, le dernier dimanche "normal"
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Le socialiste, élu dimanche soir président de la République, a passé la journée en Corrèze.

François Hollande, élu dimanche président de la République selon les estimations de quatre instituts de sondage, a passé une journée corrézienne, arpentant les routes et les bureaux de vote de son fief à la rencontre de ses "amis" et de sa "famille". Selon les instituts CSA, TNS Sofres et Ipsos, le candidat PS a obtenu 52% des voix contre 48% à son rival UMP, le président sortant Nicolas Sarkozy. Les estimations de Harris Interactive variaient entre 52,7 et 53,3% en faveur du candidat socialiste.

Un vote en matinée en Corrèze

Dimanche matin, costume sombre et air solennel, François Hollande est sorti de sa permanence peu après 10 heures et s'est immédiatement rendu, en voiture, accompagné de plusieurs motards, dans le bureau de vote Marie Laurent n°9. A 10h32, il glisse son bulletin dans l'urne, devant une cinquantaine de personnes venues l'applaudir et sous les crépitements des flashs des photographes.

"On verra ce soir comment ça se passe. Comment ça commence. Rien ne s'achève. Tout se transforme", dit-il aux journalistes, en attendant son tour. A-t-il bien dormi ? "Oui, brièvement", sourit-il. Sa compagne Valérie Trierweiler, manteau beige mi-long, discrète, l'attend. A l'extérieur, des journalistes du monde entier -plus de 400 ont été accrédités pour l'occasion- tendent perches et micros.

La tournée des bureaux de vote

Puis il se lance dans sa tournée rituelle des bureaux de vote, la même à chaque scrutin, de Tulle aux cantons alentour, entre averses et éclaircies. A chaque étape, ce sont pour l'élu du cru (député pour la première fois en 1988) les mêmes encouragements, messages d'affection, acclamations comme "François, président !". Lui sourit, répond aux sollicitations, jamais avare d'un bon mot.

Parmi les passages obligés, le bureau de Laguenne à quelques kilomètres de Tulle. Le maire, son ami Roger Chassagnard, et des élus, le convient à la collation traditionnelle : rillettes, tourtoux -des galettes corréziennes au sarrasin, verre de Pomerol. "Il ne faut jamais déroger à une règle, sinon on a des regrets toute sa vie", dit-il.

A l'entrée de la mairie, un homme désigne le portrait de Nicolas Sarkozy, accroché au mur. "Celui-là, il va tomber ce soir". A la salle des fêtes Auzelou, six musiciens et un fakir du Rajasthan (Inde) attendent sa sortie pour "dire bonjour à monsieur le président" et, à sa demande, lui jouent un air. "Y'a de l'ambiance, vous avez vu ?", dit tout sourire François Hollande.

Un déjeuner à la "maison Poumier"

Pour déjeuner, le député a ses habitudes au Central, à la "maison Poumier". Au menu : pressé de canard aux asperges, filet de boeuf pommes nouvelles, et génoise aux fraises. Se frayant un chemin parmi les photographes et cameramen, il croise une femme en larmes, Françoise, qui lui dit: "je pourrai encore te faire des bises et te tutoyer si tu es président ?". "Toi, tu n'auras pas besoin de badge", répond-il.

Vers 16h30, à Vigeois, dans son canton, auquel il dit "devoir beaucoup", (conquis en mars 2008, il lui a permis de devenir président du conseil général), M. Hollande goûte la ferveur du local. Mais en coulisses déjà s'invitent les questions internationales : en cas de victoire, un entretien téléphonique le soir même avec le président américain Barack Obama et avec la chancelière allemande Angela Merkel sont prévus.

Un candidat "logiquement confiant"

A sa dernière étape, Perpezac le Noir, le candidat semble se détendre, raconte ses premières rencontres avec Jacques Chirac. Il confie être "logiquement confiant mais pas encore complètement rassuré". "Ce soir, à qui penserez vous ?", lui demande-t-on. "A ma mère".

A chaque arrêt, sa compagne est reçue avec de gentilles attentions: à la mairie de Chameyrat, elle reçoit un bouquet de muguet "qui porte bonheur". A Saint-Mexant, elle pose à côté d'une femme pour une photo souvenir. "T'as été adoptée, toi !", lance Hollande.

"On a gagné"

A 20h, quand la télévision donne le vainqueur, une immense clameur s'empare des milliers de personnes réunies devant l'écran géant. "On a gagné!", crient des supporters. "Nous ne nous séparerons jamais, je reviendrai", dit le président élu en quittant la place de la cathédrale, sur des airs d'accordéon, pour rejoindre Paris.