Hausse des prix du carburant : "Il faut que les oppositions se responsabilisent"

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Au micro d'Europe 1, jeudi, l'éditorialiste Jean-Michel Aphatie fustige la dénonciation simultanée de l'inaction du gouvernement en matière écologique et la critique de la hausse de la fiscalité sur le carburant.

EDITO

La grogne prend de l'ampleur : partout en France, des automobilistes protestent contre la hausse de la fiscalité sur les carburants, qui conduit à renchérir le coût de l'essence et du diesel de plusieurs centimes à la pompe. Plusieurs pétitions circulent avec succès sur Internet, et une journée de blocage est prévue le 17 novembre. Un ras-le-bol compréhensible, mais en inadéquation avec la nécessité de changer les comportements via la fiscalité pour réduire le réchauffement climatique, estime l'éditorialiste d'Europe 1 Jean-Michel Aphatie.

"Il y a des raisons à ce mécontentement, il faut bien le dire. On estime qu'au début de l'année il fallait 50 euros pour faire le plein d'une voiture moyenne. Aujourd'hui, il en faut 70, donc c'est un problème. Le gouvernement n'a pas de chance non plus, puisque le prix du pétrole augmente beaucoup : au début de l'année c'était 50 dollars le baril, aujourd'hui c'est 80 dollars le baril et les experts estiment que ça peut monter jusqu'à 100 dollars d'ici la fin de l'année.

Le grand succès des pétitions. La hausse de l'essence et la hausse du diesel sont importantes et durables et il est évident que cela ampute le pouvoir d'achat. On comprend que des gens ne soient pas contents. Des pétitions circulent ainsi et rencontrent un grand succès. Une journée nationale de blocage des routes est prévue pour le 17 novembre mais ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas un parti politique, une organisation ou un syndicat qui met tout ça en place, mais ce sont des initiatives ici et là, sur les réseaux sociaux. Des gens se donnent rendez-vous en Bretagne, dans l'Est ou dans le Sud-Ouest pour dire que le 17 novembre, ils vont bloquer les routes. La colère est là, on peut la comprendre.

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Des taxes pour ralentir le changement climatique. Et en même temps, l'augmentation de la fiscalité sur l'essence se justifie pleinement. Ça n'est d'ailleurs pas une politique qu'a décidé le gouvernement actuel car ça a démarré en 2015 dans la préparation de la COP21. Le gouvernement poursuit aujourd'hui deux objectifs. D'abord en augmentant davantage les taxes sur le diesel, on veut l'aligner avec l'essence. Là, c'est une mesure contre la pollution atmosphérique. Ce n'est pas idiot, même si on a incité les gens à acheter du diesel avant. Par ailleurs, on augmente la fiscalité pour essayer de détourner les gens des véhicules à moteur thermique, essence et diesel, pour les diriger vers l'électrique et l'hybride. Avec l'argent collecté de ces taxes, on va financer des primes pour aider les gens à changer de voiture et là, on lutte contre le changement climatique.

Le bonnet d'âne à Ségolène Royal. On reproche au gouvernement de ne pas assez lutter contre les effets du changement climatique. Si on le critique aussi lorsqu'il mène une politique pour contrer ces effets-là, on est totalement incohérent. Il faut alerter de ce point de vue les oppositions qui tapent sur le gouvernement en brandissant le 'racket fiscal' mais il faut bien faire quelque chose si on veut que l'état de la planète ne continue pas à ce dégrader. Il faut appeler les oppositions à se responsabiliser. La palme ou le bonnet d'âne, c'est selon, revient dans ce domaine à Ségolène Royal, ancienne ministre de l'Environnement, qui nous a alertés sur l'état de la planète pendant des années avec un certain talent. Depuis le début de la semaine, vu qu'elle veut revenir dans la politique active, elle parle de matraquage fiscal. Ce n'est pas très digne et c'est de la démagogie absolue. La planète va mal et il faudra modifier les comportements par la fiscalité. Il faudra bien du courage au gouvernement dans cette aventure."