Guéant : "L’ensemble du pays doit être vigilant"

  • A
  • A
Partagez sur :

INTERVIEW - L'ancien ministre de l'Intérieur appelle de ses vœux la création d'un fichier européen du terrorisme mais aussi un changement de mentalité.

Quatre jours seulement après la capture du suspect-clé des attentats de Paris, Salah Abdeslam, la Belgique a été frappée par une série d'attentats qui ont fait au moins 34 morts et plus de 200 blessés. Des mesures de sécurité supplémentaires ont été prises dans la foulée par tous les Etats européens mais pour l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, c'est un effort à plus long terme auquel il faut se préparer. "C’est l’ensemble du pays qui doit être vigilant", a-t-il déclaré mardi soir sur Europe 1, estimant que cette vigilance doit devenir une "politique ouverte et assumée".

"Des actions qui s’inscrivent dans la durée". "Tout ce qui est fait pour améliorer la sécurité, comme par exemple le renforcement des contrôles aux frontières ou le renforcement des patrouilles de police et de gendarmerie comme l’a décidé le ministre de l’Intérieur ce matin, cela va dans le bon sens. Il faut effectivement protéger et dissuader au maximum les terroristes d’intervenir", a déclaré Claude Guéant. "Mais au-delà de la compassion qui se manifeste et de la solidarité que tout le monde exprime au profit des Belges, il faut absolument que nous ayons des actions encore plus déterminées et surtout des actions qui s’inscrivent dans la durée", a ajouté le ministre.

Et Claude Guéant de développer un exemple récent. "Prenons par exemple les chemins de fer : chacun sait que des contrôles ont été mis en place à la gare du Nord et qui portent sur les passagers s’embarquant dans le Thalys. Qu’ai-je remarqué ces derniers jours ? Que les bagages légers n’étaient plus contrôlés, on ne contrôlait plus que les bagages lourds, les valises. C’est une faille dans le dispositif", a-t-il détaillé, avant d'ajouter : "oui, il faut prendre des précautions, mais que ce soit une politique assumée".

"Je voyais récemment dans un article de presse que des consignes avaient été données aux établissements scolaires afin qu’ils se protègent davantage, que les élèves et les enseignants obéissent à certains réflexes de sécurité. Pourquoi ne pas le dire ouvertement, pourquoi faire cela de façon subreptice ? Ce ne sont pas seulement les établissements scolaires, c’est l’ensemble de la population française qui doit prendre des précautions. C’est l’ensemble du pays qui doit être vigilant", a-t-il poursuivi. "Il faut que, secteur d’activité par secteur d’activité, il y ait des conduites de sécurité. Il y a un pays qui vit depuis des dizaines d’années dans l’insécurité : Israël. En Israël, on prend des précautions et c’est une politique ouverte et assumée, je ne vois pas pourquoi on le ferait de façon cachée", a-t-il souligné.

Un appel à constituer "un fichier européen du terrorisme". Au-delà de ce changement de mentalité, l'ancien ministre de l'Intérieur a une nouvelle fois souligné que les Européens devaient davantage travailler ensemble. "De la même façon que c’est bien de faire des contrôles aux frontières, encore faut-il savoir qui on contrôle. Parce que si, comme ce fut le cas après les attentats du 13 novembre dernier à Paris, des cibles terroristes circulent parce qu’elles ne sont pas signalées, personne ne va les repérer, quel que soit le nombre de policiers mis en place", a-t-il argumenté.

"C’est pour cela que j’appelle de mes vœux depuis déjà quelque temps la constitution d’un fichier européen du terrorisme qui inclut bien évidemment les personnes suspectées,  afin que l’ensemble des pays d’Europe puissent se protéger", a-t-il ajouté. Une telle piste a bien étudiée au niveau européen mais elle butte sur un obstacle de taille : la définition du terrorisme peut varier d'un Etat à l'autre, si bien que certaines personnes fichées dans un pays n'auraient aucune raison de l'être dans un pays voisin.