François Hollande et la difficile critique du castrisme

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AUDACE CRAINTIVE - Acclamé en 2015, le régime cubain était pourtant publiquement mis à l'index par François Hollande en 2003. Mais à l'époque, déjà, sa critique avait été édulcorée.

Avec la venue de Raul Castro en France, nombreuses ont été les voix à souligner le revirement de François Hollande. En 2003 en effet, le président avait signé une tribune dans Le Nouvel Observateur pour dénoncer les dérives du régime castriste. Pourtant, déjà à l'époque, celui qui était alors premier secrétaire du PS avait soigneusement édulcoré ses propos.

Dans sa chronique La morale de l'info, mercredi, Raphaël Enthoven est revenu sur cet épisode.

Une tribune écrite par des adhérents PS. C'est le philosophe, alors encarté au PS, qui était, avec trois camarades, l'auteur d'origine des lignes parues dans l'hebdomadaire de gauche. Il y réclamait un visa pour que le dissident Oswaldo Paya Sardinas puisse recevoir en personne, à Strasbourg, le prix Sakharov. Attribué "pour la liberté de l'esprit", ce prix avait été accordé au dissident cubain par le Parlement européen afin de récompenser son travail en faveur de la démocratie dans son pays.

Reçu par Hollande. Raphaël Enthoven avait été reçu par François Hollande dans son bureau, à Solferino, afin de convaincre le secrétaire national du PS d'y apposer sa signature. Ce dernier avait accepté, à condition de condamner l'embargo américain au même titre que les dérives de la dictature cubaine.

Un texte édulcoré. Mais la version finale de la tribune diffère pourtant du premier jet posé sur la table de François Hollande par Raphaël Enthoven. "Nous souhaitons, de tout notre cœur, une évolution. Nous appelons ceux qui peuvent avoir encore une influence à l'exercer", avait écrit François Hollande en guise de revendication. La version originale allait nettement plus loin : "Nous réclamons, en qualité de socialistes, la tenue d'élections libres et sans fraude, la libération immédiate des prisonniers de conscience et le respect des normes édictées par l'organisation internationale du travail."

Audace craintive. "Le texte a été vidé de sa substance à l'endroit précis où il faisait courir le risque à son signataire d'être un jour vraiment enfermé dans ses paroles", résume Raphaël Enthoven, qui a depuis rendu sa carte d'adhérent au PS. "L'audace en politique est toujours un peu craintive."