François Hollande dans les pas de Gerhard Schröder

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Le président socialiste s'inspire du chancelier allemand qui avait mené des réformes très impopulaires dans les années 2000, alors que son pays était en crise.

Licenciements facilités, remise en cause des 35 heures… Le projet de réforme du travail porté par la ministre Myriam El Khomri n'a pas fini de diviser la gauche. En mettant en place les mesures dont la droite a toujours rêvé, François Hollande semble s'inspirer d'un modèle tout droit venu de l'autre côté du Rhin.

De grandes réformes sociales. De fait, Gerhard Schröder, chancelier social-démocrate allemand de 1998 à 2005, s'était retrouvé à la tête d'un pays en crise. Dans un climat social dégradé, l'homme de gauche avait poussé les feux de la réforme avec des mesures largement impopulaires : refonte du  système d’indemnisation du chômage, assouplissement du  temps de travail, salaire minimum abaissé à 400 euros mensuels… En 2005, son parti, le SPD, s'était fatalement retrouvé derrière l'union conservatrice CDU/CSU. Et Angela Merkel avait chassé Gerhard Schröder du pouvoir.

Le modèle de François Hollande. Mais le chancelier est entré dans l'Histoire. Héros de la réussite allemande, souvent cité par les socialistes français favorables aux réformes sociales-libérales, Gerhard Schröder est le modèle de François Hollande. Ce dernier n'en avait d'ailleurs pas fait mystère en 2013, lorsqu'il avait déclaré devant le congrès du SPD que "le progrès c’est de faire dans les moments difficiles des choix courageux. C’est ce qu’a fait Gerhard Schröder et c'est ce qui permet à l’Allemagne d’être en avance sur d’autres". Le soutien semble réciproque : en 2014, invité sur Europe 1, l'ancien chancelier allemand avait affirmé que les réformes de François Hollande "vont dans le bon sens". Et y allait de son petit conseil pour le président français. "Il ne faut pas renoncer de son plein gré à être réélu, mais il faut en accepter le risque."

Réformer seul contre tous. Voilà donc la voie que semble choisir François Hollande : réformer fort, quitte à se rendre encore plus impopulaire et perdre le pouvoir. Réformer seul contre tous aussi. A l'époque, Gerhard Schröder avait été conspué et les syndicats allemands battaient le pavé tous les lundis. N'ayant plus rien à perdre, le chancelier n'avait rien lâché. De son côté, François Hollande, lui aussi, laisse entendre qu'il est très décidé. En privé, le président refuse de dénaturer la loi El Khomri, quitte à utiliser le 49.3 pour passer le texte sans vote au Parlement s'il le faut.

Transformer la gauche française. L'enjeu est bien de boucler un train de réformes qui achèvera de transformer la gauche française. Avec des allègements massifs de charges pour les entreprises, le travail du dimanche, la flexibilité, François Hollande veut faire définitivement basculer sa formation politique dans l'économie de marché. Exactement ce qu'avait fait le SPD allemand en 1959 avec le Programme de Bad Godesberg. Les sociaux-démocrates avaient alors abandonné toute inspiration marxiste. François Hollande est soutenu par son Premier ministre, Manuel Valls, avec lequel il tient une ligne réformiste sans concession.

Entrer dans l'Histoire. Et comme Gerhard Schröder avant lui, François Hollande compte laisser une trace dans l'Histoire. Car la loi El Khomri cristallise les oppositions dès aujourd'hui mais n'aura pas d'effets sur l'emploi avant plusieurs mois, sinon plusieurs années. Marquer la vie d'un pays de son empreinte, tous les chefs de l'Etat en rêvent : la majorité à 18 ans ou la pilule pour Valéry Giscard d’Estaing, l'abolition de la peine de mort pour François Mitterrand, la fin du service militaire pour Jacques Chirac… Pour l'instant, François Hollande a seulement le mariage pour tous à son actif.