"Fatigue psychique", "coup de pompe politique"… Pourquoi Emmanuel Macron prend-il une pause ?

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ANALYSE - Emmanuel Macron va faire le pont de la Toussaint, de jeudi à samedi. Une décision qui ne manque pas d'alerter nos spécialistes politiques, qui notent la fatigue du président. Ils en ont parlé avec Wendy Bouchard mercredi.

LE TOUR DE LA QUESTION

Trois jours de pause. "Comme des millions de Français", Emmanuel Macron va faire le pont de la Toussaint, de jeudi à samedi, a prévenu le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. C'est en raison de cette pause que le conseil des ministres a été avancé de mercredi à mardi.

Si l'Elysée a assuré qu'il ne fallait pas voir là un "coup de fatigue" mais une "gestion de l'effort", l'état du président inquiète. Pour Catherine Nay, grande voix d'Europe 1, cette pause n'est ni plus ni moins qu'un "aveu de fatigue" qui sera, in fine, dommageable pour Emmanuel Macron.

Un risque de burn-out ? "Pour un primo-arrivant, la vie qu'il mène depuis un an est très lourde. Depuis la rentrée, il enchaîne les voyages, les déplacements. À chaque fois, au lieu de conquérir l'opinion, elle le délaisse", observe la journaliste politique au micro de Wendy Bouchard, mercredi matin sur Europe 1. "Ce que je crains, c'est que ce soit surtout une fatigue psychique. On peut beaucoup travailler, mais si on a une satisfaction, si on voit que ça marche, on n'est pas fatigué. Quand vous voyagez autant et quand vous êtes aussi 'mal-payé' en termes de popularité, là, vous risquez le burn-out", analyse-t-elle.

>> De 9h à 11h, c'st le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Un temps de sommeil trop court. En prenant ces quelques jours, Emmanuel Macron "montre qu'il n'est pas surhumain", juge Catherine Nay. Un diagnostic que partage Alain, psychologue, qui nous a joint au standard d'Europe 1. Il s'alarme en apprenant le temps de sommeil très court du chef de l'Etat (à peine trois heures par nuit, selon ses proches) et le met en garde : "Il faut qu'il fasse très attention. Il lui faut une force mentale énorme pour travailler. Et le repos physique induit le repos mental", souligne ce professionnel. 

Une séquence politique "éprouvante"… Au-delà de l'"usure morale" évoquée par Catherine Nay, Bruno Jeudy, rédacteur en chef à Paris Match, va jusqu'à parler de "vrai coup de pompe politique". Selon lui, la fatigue du chef de l'Etat est "logique après 17 mois de présidence intensive", et a fortiori depuis la réforme de la SNCF. Se sont ensuite enchaînées l'affaire Benalla, des démissions de ministres à la chaîne, et des erreurs de communication politique. Cette période est "éprouvante pour le président puisque rien ne marche. Quand il apparaît, il agace. Quand il parle, il met les réseaux sociaux et une partie de la presse en furie", alerte le journaliste.

Entendu sur Europe 1
Ce qui est inquiétant, c'est qu'Emmanuel Macron n'a pas encore vu les vraies turbulences que l'on peut connaître à l'Elysée

… Mais loin d'être insurmontable. Si Emmanuel Macron a un problème de communication, il n'a pourtant pas "traversé des épreuves extrêmement difficiles", considère le rédacteur en chef de Paris Match. "À la même époque, François Hollande était en pleine affaire des Bonnets rouges, en pleine 'jacquerie' en Bretagne. Après un an et demi de pouvoir, Nicolas Sarkozy était en pleine crise financière. C'était quand même autre chose. Et c'est ça qui est inquiétant avec Emmanuel Macron. Il n'a pas encore vu les vraies turbulences que l'on peut connaître à l'Elysée."


Une communication qui fait défaut. Tout de même, il y a bel et bien eu des couacs ces derniers mois. Mais selon Catherine Nay, c'est Emmanuel Macron, lui et lui seul, "qui les a produits." En cause selon elle, une concentration trop grande du pouvoir aux seules mains du locataire de l'Elysée. Si l'homme veut tout régenter, alors il doit parfois "improviser", et ainsi se risquer à commettre des erreurs de communication. Pour les deux analystes politiques, la justification maladroite de la pause d'Emmanuel Macron en est l'illustration. Plutôt que d'avouer à demi-mot sa fatigue, "ce qui a accentué l'inquiétude des Français", le président aurait dû indiquer qu'il vidait son agenda pour préparer sérieusement son "parcours mémoriel", prévu la semaine prochaine. 

À l'occasion des célébrations du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, Emmanuel Macron doit en effet sillonner onze départements de l'est et du nord de la France, marqués par le conflit. Cette longue itinérance s'achèvera le 11 novembre par une cérémonie à Paris, à laquelle participeront une centaine de dirigeants étrangers.