Est-ce bien Hollande qui a empêché un "Grexit" ?

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Est-ce bien Hollande qui a empêché un "Grexit" ?
Angela Merkel et François Hollande@ BERTRAND GUAY / AFP
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Sans le chef de l’Etat français, Athènes ne serait peut-être plus dans la zone euro. 

Après plus de 17 heures de négociations à Bruxelles sur l'avenir de la Grèce, les dirigeants de la zone euro ont finalement trouvé un accord. S’il demande des efforts considérables à Athènes, il ouvre aussi la porte à un troisième plan d’aide de plus de 80 milliards d’euros pour le pays. Si "la Grèce reste dans la zone euro, ce sera grâce à François Hollande", a salué lundi Manuel Valls. Le chef de l’Etat français a en effet été le principal soutien du gouvernement hellène, même dans les moments les plus tendus. Mais il a bien failli, lui aussi, lâcher l’affaire. Décryptage.

François Hollande, le coach…  François Hollande a tout au long des négociations joué le rôle de coach d’Alexis Tsipras (lire l'article du Lab sur ce sujet), enchaînant les coups de fil au Premier ministre grec depuis le début de la crise. "Aide-moi à t'aider", avait demandé François Hollande à Alexis Tsipras par téléphone, au soir du référendum, le 5 juillet.

"L’idée n’était pas de lui tenir la plume ou de lui inspirer telle réforme plutôt que telle autre, mais de le prévenir de ce qui est politiquement acceptable ou non par les autres pays européens", décrypte ainsi dans Libé un conseiller élyséen. "Tsipras était dans un moment politique compliqué, il souhaitait demander conseil à Hollande sur la manière de le gérer", expliquait une autre "source", citée ce weekend par Le Figaro. À Bruxelles, la nuit dernière, c’est encore le président Français qui a conseillé Alexis Tsipras sur la forme, l’incitant à se tenir en retrait de la discussion quand la tension montait.

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© EMMANUEL DUNAND/AFP


… Et l’entremetteur. A de nombreuses reprises, François Hollande a également rattrapé "Angela Merkel par la manche", selon les termes d’un diplomate français cité par Reuters. Ce qui s’est passé au lendemain du référendum illustre parfaitement ce rôle d’entremetteur tenu par le chef de l’Etat. Alors que des membres du gouvernement allemand évoquaient ouvertement la fin des négociations après ce vote, Angela Merkel s'est subitement jointe à François Hollande pour appeler à un nouveau sommet dit de la "dernière chance". La veille, les deux dirigeants avaient tenu une réunion de travail à l'Elysée.

"Cette soirée a été déterminante pour la suite des événements", assure-t-on encore de source diplomatique française. "Si le 'Grexit' est évité, cela montrera que Hollande a été un facilitateur et a contribué à éviter une catastrophe géopolitique", estime également Rem Korteweg, un chercheur au think tank Centre for European Reform. "La France est une voix complètement déterminante en Europe", souligne l'analyste auprès de Reuters, pour qui "Hollande est devenu un partenaire obligé pour maintenir la cohésion politique".

Angela Merkel et Alexis Tsipras - PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP - 1280x640

© PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP


Rendons à Tusk ce qui est à Tusk... Pourtant, dimanche, l’alliance franco-allemande semblait bien avoir volé en éclat. A son commencement, le sommet a pris d'entrée l'allure d'un pugilat, signe que Français Hollande n’est pas parvenu à adoucir son homologue allemande. "La France va tout faire pour trouver un accord permettant à la Grèce de rester dans la zone euro", déclarait le chef d’Etat français… là où Angela Merkel y allait d’un lapidaire : "il n'y aura pas d'accord à n'importe quel prix".  "Cela a été extrêmement dur pour ne pas dire violent", témoignait également le ministre des Finances Michel Sapin, qui a lui aussi reconnu "une longue explication" avec son homologue allemand Wolfgang Schäuble.

Dans la nuit de dimanche à lundi, François Hollande a tout de même poursuivi son rôle de médiateur jusqu'au bout. Il même interrompu le sommet à plusieurs reprises, pour contraindre Alexis Tsipras et Angela Merkel de discuter à huis-clos en sa présence. Mais selon plusieurs sources, toutes les parties ont failli abandonner, Hollande compris. "A 6h, la France et l'Allemagne avaient abandonné. La nuit allait s'achever sans accord", selon un diplomate présent cité par l'AFP. C'est alors que Donald Tusk, le président du Conseil européen, brandit un ultimatum à la face des dirigeants français et allemand: "Trouvez un accord avec Alexis Tsipras, vous n'avez tout simplement pas le choix". "Nous ne quitterons pas cette salle tant que nous n'aurons pas d'accord", aurait-il lancé alors, la pression grandissant à l'approche de l'ouverture des marchés en Europe.

Donald Tusk

AFP


... Et à Hollande ce qui est à Hollande. Mais c'est encore François Hollande que l'on retrouvera à la manœuvre dans les dernières heures des négociations. A ce moment là, en colère, Alexis Tsipras, à qui l'Allemagne propose une mise sous tutelle des actifs publics grecs par un fonds indépendant basé au Luxembourg, est exilé avec sa délégation dans une salle à part. François Hollande le rejoint pour une discussion en tête à tête... et ils trouvent finalement une formulation plus acceptable : ce fameux fonds sera basé à Athènes, et la Grèce aura un droit de regard. La formulation sera validée par Angela Merkel.

L’accord sera-t-il bénéfique à Hollande ? Peu avant 9h du matin, un accord est donc finalement annoncé. Tsipras et Hollande tombent dans les bras l’un de l’autre. Au final, l’accord en lui-même est certes grandement dû à François Hollande. Mais son contenu, très sévère envers la Grèce, est largement inspiré des exigences allemandes. Ce qui risque de ne pas plaire à l’aile gauche de la majorité présidentielle. En outre, il n’est pas sûr que les Français voient tous d’un très bon œil l’octroi d’une rallonge supplémentaire à Athènes, au frais du contribuable.

"Je ne suis pas convaincu que les bénéfices politiques soient instantanés et massifs", estime ainsi auprès de Reuters Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l'Ifop, pour qui les difficultés économiques et diplomatiques de la Grèce continueront. "Derrière cela, très vite, l'idée qui s'imposera c'est que vraisemblablement on a de nouveau mis une rustine sur la chambre à air des problèmes de la Grèce", poursuit l'analyste, qui rappelle que les Français sont très partagés sur la question de la dette grecque. "Attention à une espèce d'effet d'optique qui consisterait à penser que les Français sont massivement du côté des Grecs (...) les Français sont très partagés sur cette question et pour eux, la responsabilité incombe d'abord aux Grecs eux-mêmes."