Le mémorial de l'esclavage ne fait pas l'unanimité en Guadeloupe

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Le mémorial de l'esclavage ne fait pas l'unanimité en Guadeloupe
François Hollande sur la tombe d'Aime Cesaire, en Martinique. @ JEAN-RICHARD ALAIN / AFP
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COMMÉMORATION - François Hollande inaugure dimanche, en Guadeloupe, le plus grand mémorial sur la traite et l'esclavage.

"Nous vivons avec cette mémoire. Nous devons la mettre au service de l'espérance". En visite dimanche en Guadeloupe, François Hollande inaugure dimanche le plus grand centre au monde d'expressions et de mémoire sur la traite et l'esclavage, à Pointe-à-Pitre.

Ce Mémorial ACTe "doit permettre de connaître le passé, mais aussi de lever une force pour que nous puissions, ici, avoir une mission de développement. Cette mémoire ne doit pas être vindicative. Elle doit être rassembleuse et nous amener à lutter contre les formes, hélas, nouvelles d'esclavages", a insisté samedi le chef de l'Etat depuis la Martinique, étape précédente de sa vaste tournée dans la Caraïbe. Mais ce musée suffira-t-il à apaiser les tensions autour de la tragédie que fut l'esclavage ?

"Faire mémoire ensemble". Pour Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, qui sera présente dimanche aux côtés de François Hollande, ce mémorial "interpelle aujourd'hui le monde entier sur l'abomination de l'esclavage tel qu'il a été pratiqué pendant des siècles, mais aussi sur l'impérieuse nécessité de demeurer vigilants face à toutes les formes d'exploitation, de trafics d'êtres humains et face au racisme dangereusement banalisé". Christiane Taubira, elle aussi, y voit un outil pour "faire mémoire ensemble, et c'est très important".



"C'est une histoire restée silencieuse pendant trop longtemps. Ce n'est pas que l'histoire de l'Outre-mer : c'est l'histoire de l'humanité et il est bon de se souvenir. C'est une histoire d'une extrême violence, difficile à accepter. Toutes les sociétés des Caraïbes sont issues de la traite négrière et de l'esclavage. Toutes aujourd'hui se rassemblent et sont en capacité d'anticiper les difficultés. Si des petits esprits mesquins sont incapables de le comprendre, ils seront largués par l'histoire et l'avenir. Il y a encore de l'esclavage dans le monde. Et il doit être combattu avec la même détermination", a lancé la Garde des Sceaux, samedi au micro d'Europe 1.

"De la poudre aux yeux". Mais aux yeux de certains, le Mémorial ACTe est loin de suffire et il faudrait aller beaucoup plus loin. "Il est important qu'il y ait des musées, pour la connaissance et la mémoire. Mais le contexte actuel est nauséabond. En Guadeloupe, il y a beaucoup de rues qui portent les noms d'esclavagistes. Certaines tombes sont entretenues par la Conseil général. On n'aurait jamais accepté qu'une tombe de nazi soit entretenue en France", déplore Eli Domota, Secrétaire général de l'Union générale des travailleurs guadeloupéen, interrogé sur Europe 1.

"Nous avons interpellé M.Hollande sur le fait qu'aujourd'hui, nier que l'esclavage soit un crime contre l'humanité ou faire l'apologie de l'esclavage ne soit toujours pas condamnable par la loi française. Aujourd'hui, M. Hollande comme ses prédécesseurs ne nous respecte pas. C'est de la poudre aux yeux. On nous enfume et nous disons non", réagit le syndicaliste, demandant également l'ouverture du "dossier des indemnisations d'esclaves et de la restitution des terres".  

"En 1948, là seule chose qui restait aux nouveaux libres, c'était la liberté. Vous étiez libre mais vous n'aviez pas d'argent, pas de terres, pas de souliers. Et la seule alternative qui vous restait était d'aller travailler pour vos anciens maîtres comme salarié. Sinon, vous étiez pourchassez pour vagabondage", martèle Eli Domota. Et d'enchaîner : "et bien nous sommes dans la même situation. Nous avons encore le sentiment d'être dans un régime d'apartheid".