Échec des primaires, participation, droite déchirée... les 7 leçons du premier tour de la présidentielle

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Échec des primaires, participation, droite déchirée... les 7 leçons du premier tour de la présidentielle
@ CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP
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Le premier tour de l'élection présidentielle, qui s'est soldé par la qualification d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, a également été riche en enseignements.

Après une campagne pleine de rebondissements, le verdict est tombé : Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront le 7 mai prochain au second tour de l'élection présidentielle. Au-delà du simple résultat, la soirée électorale a été riche en enseignements. Abstention, échec des primaires et des partis traditionnels, difficultés qui se posent aux deux qualifiés : Europe1.fr fait le point 

• Une participation plus importante que prévue

Tous les sondeurs se montraient très prudents : la grande inconnue de ce premier tour, c'était la participation. Plusieurs enquêtes révélaient une grande incertitude des Français quant à leur envie de se rendre aux urnes et laissaient entrevoir une abstention record. Ainsi, le rolling Ifop du 19 avril la donnait à 28%, tout comme la dernière vague Ipsos pour le Cevipof. Au final, il n'en a rien été : à 3 heure du matin, le ministère de l'Intérieur donnait une abstention à 21,77% (calculée sur 97% des bulletins dépouillés). Un chiffre très légèrement supérieur à celui de 2012 (20,52%) mais inférieur à celui de 2002 (28,4%). Ni une campagne polluée par les affaires, ni un certain dégoût pour les responsables politiques n'ont donc significativement dissuadé les Français d'aller voter.

• L'échec des primaires

Initialement, l'idée était de désigner un candidat apte à rassembler sa famille politique et les électeurs de son camp, doté d'une légitimité populaire pour la présidentielle. Force est de constater que les primaires, de droite comme de gauche - mais aussi écologiste - ont été un échec total. Pour des raisons différentes, certes. Yannick Jadot, vainqueur de la primaire organisée par EELV et qui avait pourtant rassemblé un nombre considérable de participants au regard du faible nombre d'adhérents du parti écologiste, s'est désisté pour rallier Benoît Hamon. Celui-ci, grand vainqueur le 29 janvier de la primaire de la gauche, n'a pas su représenter le Parti socialiste, déchiré par les querelles intestines, miné par les défections de ses élus au profit d'Emmanuel Macron et de ses électeurs à celui de Jean-Luc Mélenchon. Enfin, si François Fillon avait relativement bien réussi, après une victoire éclatante en novembre, à rassembler Les Républicains derrière lui, les affaires et sa mise en examen l'ont irrémédiablement plombé.

• Le Front national semble toujours confronté au plafond de verre

Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour de la présidentielle avec environ 22% des suffrages, peut se féliciter d'avoir fait franchir un nouveau cap à son parti. Celui des 7,3 millions de voix, d'abord, record historique après les 6,42 millions obtenues lors des élections régionales de 2015. Mais aussi, et surtout, celui de la banalisation. L'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle le 21 avril 2002 avait été un choc et mis des milliers de personnes dans la rue. La deuxième place de sa fille, 15 ans plus tard, n'émeut pas plus que ça tant elle était attendue. Elle n'a, en tout cas, pas empêché Emmanuel Macron, arrivé en tête, de fêter sa victoire, après n'avoir pas accordé un mot de son discours à ce résultat.

En revanche, un front républicain a bel et bien été réactivé. François Fillon comme Benoît Hamon, ainsi que la majorité des soutiens de l'un et de l'autre, ont appelé à voter en faveur d'Emmanuel Macron afin de faire barrage à la présidente du Front national. Celle-ci semble donc toujours confrontée à ce "plafond de verre" qui la prive de victoire. En témoigne les premières enquêtes d'opinion sur le second tour, qui donnent le fondateur d'En Marche! largement vainqueur, à plus de 60%

• Le Parti socialiste en crise..

Qu'adviendra-t-il du Parti socialiste ? La question se pose, brûlante, après le très mauvais score de Benoît Hamon, pourtant largement désigné par une primaire fin janvier. Le candidat n'a obtenu qu'un peu plus de 6% des suffrages. Dès lors, tout se complique pour l'avenir du parti, en panne de leadership et en proie à des dissensions internes. Les proches de Benoît Hamon reprochent à "l'aile centriste" du parti de ne pas avoir joué le jeu, préférant partir en vacances plutôt que faire campagne.



D'un autre côté, le manque de préparation et la campagne "hors-cadre" de Benoît Hamon ont déconcerté, voire passablement agacé une parti des socialistes qui, déjà peu convaincus au départ, ont peu à peu renoncé à faire bloc. Plusieurs reprochent au candidat de s'être replié sur un carré de fidèles plutôt que de s'ouvrir à toutes les sensibilités de son camp. Dans ce contexte, un sursaut aux législatives est indispensable pour le parti. Mais avec la concurrence du mouvement En Marche ! d'Emmanuel Macron, nombre d'élus pourraient être défaits... ou tenter de rallier la bannière de l'ancien ministre de l'Économie. À plus long terme, le prochain Congrès du parti sera décisif. Avec un score honorable à la présidentielle, Benoît Hamon pouvait espérer infléchir un parti dont les instances sont, pour l'instant, plus "à droite" que lui. Avec une cinquième place décevante, ce sera beaucoup plus compliqué. 

• ... et Les Républicains aussi

Si le PS aura fort à faire, chez Les Républicains les prochains mois s'annoncent aux aussi chargés en règlements de compte. Dès dimanche soir, des batailles en règle ont commencé à éclater sur les réseaux sociaux et les plateaux télévisés. Ainsi, sur France 2, Jean-François Copé a tiré à boulets rouges sur François Fillon, responsable selon lui d'un "fiasco lamentable", et dont le camp s'est "mal comporté" dans "les méthodes pour faire campagne". Le maire de Meaux s'est notamment indigné contre celles et ceux qui, selon lui, ont contribué à faire échouer la trouvaille d'un plan B pour remplacer le candidat mis en examen.

L'eurodéputé Renaud Muselier s'est montré plus dur encore sur Twitter, alignant pas moins de sept messages pour exprimer toute son indignation à l'égard de François Fillon, dont "l'obstination" est, selon lui, responsable de la défaite de la droite. 





Dans un contexte aussi tendu, il va être difficile pour le parti de se ressouder. Alors que cela reste indispensable pour la droite si elle veut sauver les meubles lors des législatives.

• Jean-Luc Mélenchon refuse de choisir

Du côté de Jean-Luc Mélenchon, arrivé quatrième à quelques milliers de voix de François Fillon, l'ambiance n'est guère meilleure. Pas de lutte intestine pour l'instant, mais beaucoup d'amertume à l'égard du Parti socialiste. "Si [le PS] avait envie de venir au soutien de la dynamique de la France Insoumise, il fallait y penser avant", a lancé, glaciale, la porte-parole Raquel Garrido sur RTL. Le candidat de la VIe République, qui est apparu très marqué lors de son discours dimanche soir, a refusé d'appeler à faire barrage au Front national. "Je n’ai reçu aucun mandat des 450.000 personnes qui ont décidé de présenter ma candidature pour m’exprimer à leur place sur la suite", a-t-il déclaré. "Elles seront donc appelées à se prononcer sur la plate-forme (de la France Insoumise, ndlr) et le résultat de leur expression sera rendu public." Une position qui ressemble à un manque de leadership pour certains observateurs, mais reste logique par rapport au positionnement de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de son mouvement. Celui-ci a toujours revendiqué partir des militants, écouter la base, avant de prendre des décisions ou de faire des propositions.

• Macron face au défi des législatives

Forcément, un premier tour de présidentielle est difficile pour les vaincus. Mais les vainqueurs ne sont pas au bout de leurs peines non plus. Ainsi, Emmanuel Macron s'est d'ores et déjà projeté vers les législatives, qui ne s'annoncent pas de tout repos. Le candidat d'En Marche ! s'apprête à se lancer dans d'âpres négociations avec la droite et la gauche en vue de constituer une majorité. "Je veux dès à présent construire une majorité de gouvernement et de transformation", a averti celui qui est arrivé en tête du premier tour, dimanche soir. "Elle sera faite de nouveaux visages, de nouveaux talents. Je ne demanderai pas à ceux qui nous rejoignent d'où ils viennent mais s'ils sont d'accord [avec mon projet]." Quelle place accorder aux socialistes ? Comment concilier promesse de renouvellement et refus des accords d'appareil avec la nécessité de soigner ses alliances avec des élus bien implantés ? Les prochains jours seront décisifs pour Emmanuel Macron.