Donner le nom d'un Premier ministre ? "Prématuré", jugent les militants pro-Macron

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Donner le nom d'un Premier ministre ? "Prématuré", jugent les militants pro-Macron
Emmanuel Macron refuse de donner le nom de son futur Premier ministre. Ses militants ne lui en tiennent pas rigueur.@ Eric FEFERBERG / AFP
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Sommé par Marine Le Pen d'annoncer qui se retrouverait à Matignon s'il était élu, le candidat d'En Marche! s'y est opposé. Ce qui est parfaitement normal pour les gens présents à son meeting du 1er mai.

REPORTAGE

Un meeting politique un 1er mai n'a jamais rien d'innocent. Alors que le Front national a, depuis des décennies, préempté la fête du Travail pour défiler dans les rues, Emmanuel Macron comptait bien empiéter sur les plates-bandes de Marine Le Pen en organisant un grand rassemblement ce jour-là à La Villette, au nord de Paris. Au beau milieu de l'entre-deux tours, le candidat d'En Marche! a répondu pied à pied à la leader frontiste, qui avait quant à elle réuni ses militants quelques heures plus tôt au parc des Expositions de Villepinte. Opposant au protectionnisme de sa rivale son désir d'ouverture, à ses velléités de "Frexit" son attachement à l'Union européenne, l'ancien ministre de l'Économie a néanmoins volontairement oublié de répondre sur un point : celui de son futur Premier ministre.

Marine Le Pen, qui a annoncé ce week-end que Nicolas Dupont-Aignan serait nommé à Matignon si elle était élue le 7 mai prochain, avait pourtant sommé Emmanuel Macron de faire de même. "Mon adversaire n'ose pas dire qui il nommera", s'est-elle offusquée lundi. "Sans doute pour ne pas effrayer les Français. Je lui demande une fois encore de nous dire la vérité et de dire à quelle sauce il veut manger les Français : qui sera son Premier ministre ?"

Donner un nom serait "prématuré". Emmanuel Macron, qui a parlé pendant plus d'1h30, s'est bien gardé de répondre. Et il n'y avait personne à La Villette pour lui en tenir rigueur. "C'est prétentieux de sortir un nom si tôt", souligne Mamadou, 68 ans, grande veste beige et grand sourire. "Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué." Claire, également sexagénaire, ne dit pas autre chose en tenant les pancartes qu'elle a agitées pendant le meeting. "Notre objectif, c'est d'abord de gagner dimanche prochain, là ce serait prématuré."

C'est prétentieux de sortir un nom si tôt. Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Pas de "marchandage" politique. Trop tôt, trop prétentieux, l'idée de l'annonce d'un ticket ressemble aussi trop à une tambouille politique pour celles et ceux venus applaudir le candidat d'En Marche. "Marine Le Pen donne le nom de Nicolas Dupont-Aignan car elle est dans le marchandage", fustige Arthur, 20 ans. "Si elle le fait dès que Debout La France l'a ralliée, ça veut dire qu'elle n'avait donc personne d'autre ? Que c'est le seul choix qui s'offrait à elle ?" s'interroge Mamadou. Ce descendant de tirailleurs sénégalais veut croire que si Emmanuel Macron n'a pas donné de nom, c'est aussi parce qu'il est bien plus entouré que la candidate frontiste. Et qu'il a l'embarras du choix.

Pas toujours simple de "dépasser les clivages". Shéhérazade, qui va voter pour sa première présidentielle à 18 ans, est aussi consciente que son candidat, pour lequel elle avait opté dès le premier tour, s'aventurerait sur un terrain glissant en réservant d'ores et déjà Matignon. "S'il prenait un Premier ministre de droite, ça pourrait décourager les électeurs de gauche de voter pour lui, et vice versa. Je comprends qu'il ne veuille pas diviser." De fait, si Marie-Hélène, 56 ans, qui vote plutôt à gauche d'habitude, ne se formaliserait pas d'un Premier ministre venu de la droite ("on est là justement pour dépasser les clivages"), Claire, qui a elle aussi le cœur qui balance plus vers le Parti socialiste que vers Les Républicains, admet avec un sourire gêné qu'elle aurait quand même un peu de mal. "Je vote pour le programme mais bon… j'aimerais au minimum un centriste."

S'il prenait un Premier ministre de droite, ça pourrait décourager les électeurs de gauche de voter pour lui, et vice versa.

Bayrou, Attali, Parisot...François Bayrou, par exemple, Claire aimerait bien. Shéhérazade aussi. "Cela pourrait être pas mal", glisse la jeune fille. Qui verrait aussi "Jacques Attali, mais ce n'est pas un politique". Ou Axelle Tessandier, la déléguée nationale du mouvement En Marche! qui, à 36 ans, a plaqué sa start-up dans le numérique pour aider Emmanuel Macron et joue régulièrement le rôle de chauffeuse de salle pendant les meetings. "Si c'était une femme, ce serait hyper symbolique", abonde son amie Zoé, 16 ans et pas encore le droit de glisser un bulletin dans l'urne, ce qui ne l'empêche pas d'aiguiser sa conscience politique. Arthur, lui, aurait bien aimé que la rumeur Laurence Parisot ne soit pas qu'une rumeur. "Ça me plairait bien, elle a des idées intéressantes." "Beaucoup de Français seront perturbé si ce n'est pas quelqu'un issu de la classe politique", prédit la jeune Clémence. "Mais si ça fonctionne, alors très bien."

…"ou alors le maire de Lyon"... Homme ou femme, personnalité politique ou non, chacun imagine, à l'instar de la jeune fille, qu'Emmanuel Macron va "faire un mélange" pour constituer son gouvernement. "J'espère juste qu'il arrivera à en faire un bon. Pas un qui ressemble à celui de Hollande, qui a déçu beaucoup de Français." Mamadou n'est pas d'accord. Lui ne serait pas contre un peu de recyclage et la propulsion de Ségolène Royal à Matignon. Peut-être que les deux "chère Ségolène" adressé par le candidat d'En Marche! à la ministre de l'Écologie ont donné des idées au sympathisant. "Ou alors le maire de Lyon, Gérard [Collomb]. Il a énormément réussi dans sa ville, vous y êtes déjà allée ?"

…ou encore Castaner "le beau gosse". Claire, celle qui préfèrerait que le futur Premier ministre ne soit pas de droite, rêve de Christophe Castaner, en congé du PS depuis qu'il s'est engagé aux côtés d'Emmanuel Macron. "Déjà, il est beau gosse. Et puis il est là depuis le début. Il est solide, c'est un homme de conviction." Le député des Alpes-de-Haute-Provence préfère en rire. "Que ce soit quelqu'un de droite, quelqu'un de gauche, ça m'est égal. Tout ce qui m'intéresse, c'est de savoir si ce sera moi ou pas." Une plaisanterie, bien sûr. Quiconque serait un peu trop ambitieux sur le sujet risquerait de se prendre un bon revers de Richard Ferrand. L'élu du Finistère, secrétaire général d'En Marche! s'est fait une spécialité de répondre (vertement) sur Twitter à tous ceux qui se disent "prêts" un peu trop tôt à devenir chef de gouvernement. Laurence Parisot justement, ou encore François Baroin, en ont déjà fait les frais.