Décision de Trump sur Jérusalem : quel positionnement pour Paris ?

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Décision de Trump sur Jérusalem : quel positionnement pour Paris ?
Emmanuel Macron (ici avec le président israélien Benyamin Netanyahou) pourrait pousser pour que la France joue un rôle clef dans le processus de médiation du conflit israélo-palestinien.@ GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Alors que la décision de Trump menace le processus de paix au Moyen-Orient, le gouvernement français garde une position mesurée. Et pourrait prendre une position médiatrice.

C'était loin d'être une surprise, c'était même une promesse de campagne de Donald Trump. Cela n'a pas empêché l'annonce du président américain sur le transfert de son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem de mettre le feu aux poudres, mercredi. Donald Trump a ainsi reconnu officiellement Jérusalem comme capitale de l'État hébreu. Ce qui a immédiatement suscité une réaction ulcérée de la Palestine, et une vague d'inquiétude au sein de la communauté internationale.

Paris "attachée" aux deux États… La France, notamment, s'est émue de la décision de Donald Trump. Alors en déplacement à Alger, Emmanuel Macron a souligné "l'attachement [de Paris] et de l'Europe à la solution des deux États". Cette solution est la suivante : "Israël et la Palestine vivent côte à côte en paix et en sécurité dans des frontières internationalement reconnues, avec Jérusalem comme capitale des deux États." Le président français, pourtant encouragé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et le Consistoire israélite à se ranger à l'avis de Donald Trump, a très clairement condamné un transfert qui "contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU".

…dans le sillage de l'ONU. La position de la France est donc dans le sillage de celle des Nations unies. De fait, le statut de Jérusalem est très particulier. En 1947, lorsque l'ONU vote la résolution 181 relatif à la partition de la Palestine, son plan prévoit la création d'un Etat juif, d'un Etat arabe et d'une entité à part, Jérusalem. La ville doit alors être démilitarisée et gérée par les Nations unies. Mais ce projet tombe à l'eau avec, en 1948, la première guerre israélo-arabe. L'année suivante, les accords d'armistice actent un contrôle partagé de Jérusalem : Israël contrôle l'ouest, tandis que les forces jordaniennes maintiennent des forces à l'est. Mais ce fragile équilibre est rompu après 1967 et la guerre des Six jours. Israël occupe alors militairement Jérusalem-Est, au grand dam des Palestiniens et de la communauté internationale, qui n'a jamais reconnu Jérusalem-Est comme un territoire israélien.

Jérusalem, casus belli. En 1980, le gouvernement israélien va encore plus loin, en adoptant une "loi fondamentale" qui fait de Jérusalem une capitale "une et indivisible" de l'État hébreu. Là encore, la communauté internationale ne l'accepte pas, considère que cette loi est une "violation de la loi internationale". L'ONU somme donc ses membres qui ont une ambassade à Jérusalem de la déménager, ce que feront treize pays. Toutes les ambassades de la communauté internationale se retrouvent alors à Tel-Aviv.

La perte de crédibilité de Washington permet à Paris de s'engouffrer dans la brèche.

"Les États-Unis sapent tous les efforts de paix". Nulle surprise, donc, à ce que la décision de Donald Trump représente un casus belli pour les Palestiniens. Pour le Hamas, le président américain "ouvre les portes de l'enfer" et prend le risque de voir flamber une région qui a l'habitude des conflits. "Par ces décisions déplorables, les États-Unis sapent délibérément tous les efforts de paix et proclament qu'ils abandonnent le rôle de sponsor du processus de paix qu'ils ont joué au cours des dernières décennies", a déclaré Mahmoud Abbas, le président palestinien.

Une "brèche" pour Paris. Un rôle que la France pourrait reprendre ? "De façon générale, la perte de crédibilité de Washington permet à Paris de s'engouffrer dans la brèche", explique Frédéric Encel, directeur de séminaire à l'Institut français de géopolitique. Historiquement, c'est bien les Etats-Unis qui jouaient un rôle prépondérant, notamment parce qu'ils "avaient remplacé, dans une certaine mesure, la Grande-Bretagne après la Seconde Guerre mondiale, au moment où l'empire britannique s'est effondré. Il y avait des espaces stratégiques à conquérir et contrôler, et un transfert de puissance s'est opéré, parfois même officiellement, entre Londres et Washington". Mais la donne a changé. D'abord avec Barack Obama, qui a souvent préféré se placer en retrait. Puis, désormais, avec Donald Trump, qui lui, au contraire, de l'avis du reste de la communauté internationale, s'investit beaucoup trop –et mal.


La Grande-Bretagne et l'Allemagne en retrait. "Plus les Américains se retirent ou perdent en crédibilité, plus la France a un espace laissé vacant. D'autant plus que la Grande-Bretagne n'y va pas car elle reste focalisée sur le Brexit, et que l'Allemagne n'assume toujours pas son rôle de puissance globale", analyse Frédéric Encel. "Paris peut s'engager non seulement sur le théâtre du conflit israélo-palestinien, mais aussi ailleurs au Moyen-Orient et en Afrique. Car la France a sur place de puissants alliés, comme les Emirats Arabes Unis, qui peuvent l'y aider." Pour le docteur en géopolitique, Emmanuel Macron en a "la volonté". Et peut compter sur son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, "atout considérable car considéré comme efficace au Quai d'Orsay, après avoir été un grand ministre de la Défense".

La France n'a pas les moyens des USA. En revanche, il est impossible pour la France d'assumer le rôle jusqu'ici tenu par les États-Unis. "Elle n'a pas les moyens, ni financiers, ni militaires, ni diplomatiques, pour égaler l'Amérique dans la région", prévient Frédéric Encel. "Il ne faut pas comparer ce qui n'est pas comparable. La France est plutôt ce que j'appelle une grande puissance pauvre, comme la Grande-Bretagne." Paris peut donc proposer des alternatives diplomatiques, avec par exemple l'organisation de sommets chez elle.

C'est d'ailleurs déjà ce qu'avait commencé à faire François Hollande à la fin de son quinquennat. En janvier 2017, Paris avait accueilli une conférence internationale visant à relancer le processus de paix entre Israël et la Palestine. Un sommet qui, au final, relevait plus du symbole que de l'initiative réellement marquante, et que le président israélien Benyamin Nétanyahou avait lui-même qualifié de "futile".  À charge pour Emmanuel Macron de reprendre le flambeau et pousser pour obtenir du concret.