Débat de la primaire : match nul entre Fillon et Juppé (donc avantage Fillon)

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Débat de la primaire : match nul entre Fillon et Juppé (donc avantage Fillon)
@ Eric FEFERBERG / POOL / AFP
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LE DÉBRIEF - Sans coup de théâtre ni heurts marqués, le débat d'entre-deux tours de la primaire de la droite, jeudi soir, n'a pas fait bouger les lignes.

Ceux qui s'attendaient à un pugilat n'ont pu qu'être déçus. Alain Juppé et François Fillon ont débattu, jeudi soir, sans prise de bec notable et même, souvent, sans trouver de points de divergence sur l'essentiel. Les deux candidats, qui ne s'opposent pas non plus dans leur style, ont chacun marqué des points. Ce match nul, pendant lequel le second tour semblait déjà dans les esprits, ne peut qu'avantager le favori, qui reste donc François Fillon.

Fillon fidèle à lui-même. Le député de Paris est apparu fidèle à lui-même et l'image qu'il avait pu renvoyer lors des trois débats avant le premier tour : calme, tempéré, très à l'aise et esquissant parfois même quelques sourires. François Fillon a cherché à endosser d'ores et déjà le costume présidentiel. Dans cette optique, il s'est posé en rassembleur, assurant dès les premières minutes du débat que ce ne serait pas "celui de la division". "Ce deuxième tour n'est pas un combat."

Beaucoup de points de convergence. De fait, de combat il a rarement été question. Se donnant du "François" et du "Alain", les deux candidats ont parfois même eu du mal à se différencier l'un de l'autre. Sur la transparence en politique, et notamment l'impossibilité de garder au sein du gouvernement des ministres mis en examen, ou encore sur la question de l'assouplissement du code du Travail pour faciliter les licenciements, l'entente a été de mise. De toute évidence, chacun avait en ligne de mire le lendemain du second tour, lorsque toute la droite devra se ranger derrière le vainqueur.

Quelques tensions. Ceci étant dit, le débat n'a pas été totalement exempt de tensions. Le droit à l'avortement, au cœur des attaques d'Alain Juppé depuis le début de la semaine, est revenu sur la table après plus d'une heure d'échanges. "Le procès qui m'a été fait n'est pas correct", s'est indigné François Fillon. "Je n'ai fait aucun procès, j'ai juste posé une question", a répliqué Alain Juppé. Le maire de Bordeaux s'est ému d'une "campagne absolument calomnieuse" menée contre lui, et que le député de Paris n'a jamais condamnée. François Fillon, lui, a noté que son rival n'avait pas non plus contesté les accusations d'homophobie à son égard. "Chacun est grand et s'occupe de ses affaires." Un partout, balle au centre.

Juppé moins offensif. Cette absence de franche opposition a d'ailleurs contrasté avec le tournant qu'avait pris la campagne dès lundi soir. À ce moment là, Alain Juppé était sorti de sa réserve habituelle, pilonnant le programme de son adversaire sur les questions économiques comme sociétales. Si le maire de Bordeaux s'est montré plus offensif jeudi soir que lors des débats avant le premier tour, notamment sur l'ampleur des suppressions de postes des fonctionnaires, ses attaques sont restées bien moins virulentes que les jours précédents. Là encore, la perspective du rassemblement obligatoire après le second tour a joué dans la conduite des échanges.

Le maire de Bordeaux tente le positivisme. Alain Juppé aurait néanmoins pu se démarquer autrement, en exaltant son propre projet et sa vision de la société. C'est bien ce qu'il a tenté de faire à quelques reprises, notamment lorsqu'il a été interrogé sur l'identité française et qu'il en a profité pour appuyer sur la "diversité" du pays, qu'il considère comme une "richesse". Cette position contraste avec celle de François Fillon qui, de son côté, a parlé d'assimilation et tapé sur le multiculturalisme. Dans la même veine, le maire de Bordeaux a cherché à se montrer plus positif que son concurrent, souvent considéré comme austère, avec une formule en fin de débat : "la réforme, ce n'est pas la pénitence, c'est l'espérance."

Fillon jugé plus convaincant. Mais il y avait aussi chez lui une forme de renoncement. "J'ai vécu cette campagne de façon formidable", a-t-il lancé, comme si elle était déjà close. François Fillon était, lui, encore tourné vers l'après. "Je sens une vague qui se lève, et cette vague peut-être une force magnifique", a-t-il conclu. Sans surprise, le sondage Elabe pour BFM TV réalisé après l'émission sur la capacité des deux participants à convaincre est allé dans le sens de la tendance générale. François Fillon a été jugé meilleur que son rival, 57% des personnes interrogées le trouvant plus persuasif. Ce taux est même monté à 71% chez les électeurs de la droite et du centre.

Conclusion : Si Alain Juppé n'a pas lâché de terrain, il n'aura cependant pas réussi à renverser la table. Et il aurait fallu au moins ça pour espérer réduire l'écart avec François Fillon. 

  • Les meilleures punchlines

"On ne fera pas une réforme sur les 39 heures payées 37. Parce que ce n’est pas juste" (Juppé, s'opposant à Fillon sur le temps de travail des fonctionnaires)

"Chacun est grand et s’occupe de ses affaires" (Fillon, expliquant pourquoi il n'a pas pris la défense de Juppé visé par des calomnies)

"Il y a des questions qui ressemblent à des procès" (Fillon, à propos des interrogations sur sa position concernant l'IVG)

"Je vais réfléchir à votre question… -Et on attend votre réponse dans les heures qui viennent" (Pujadas à Juppé)

"Le regret, c'est d'avoir mis autant de temps à convaincre" (Fillon)

"La réforme, ce n'est pas la pénitence, c'est l'espérance" (Juppé)