Comment Trump utilise les "fake news" pour "discréditer les médias établis"

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Le président américain a évoqué dimanche un attentat en Suède qui n'a jamais eu lieu. Une information de Fox News, selon lui. 

INTERVIEW

De déclarations outrancières en mesures chocs, le président américain continue de susciter, au mieux la défiance, au pire la colère de ses concitoyens, toujours très nombreux à se mobiliser à travers les Etats-Unis contre sa politique. Dimanche, Donald Trump, est allé jusqu’à évoquer en plein meeting un attentat en Suède… qui n’a jamais existé, une information relayée par la chaîne conservatrice Fox News, selon le Commander in Chief. 

Les "fake news" selon Trump. "Pendant la campagne présidentielle, 'fake news' était un vrai thème pour désigner tout ce qui se passait sur Internet, et qui n’était pas vrai. On a utilisé ce terme au New York Times pour désigner une sorte de quasi-propagande en faveur de Donald Trump : des histoires fausses qui paraissaient sur des sites internet et qui soutenaient la campagne de Trump. Maintenant, Trump retourne ça contre les médias établis, pour les discréditer", explique au micro d'Europe 1 Adam Nossiter, correspondant du New York Times à Paris. "C’est typique de la démarche de Donald Trump. Ce qu’il appelle 'fake news', ce sont toutes les infos qui lui sont défavorables", renchérit la journaliste Christine Ockrent.

"Il a toujours dévoré la presse pour voir s'il occupe les titres et s'il est à la Une. Il a fait ça tout au long de son parcours, c’est ainsi qu’il s’est construit en se regardant agir et en écoutant les applaudissements", poursuit Christine Ockrent. "Donald Trump a toujours été un amoureux de la presse, pour autant qu’elle parle de lui en bien. C’est aussi simple que cela", répète la journaliste qui évoque "une pathologie narcissique".

Radicalisation du discours. Le président américain, largement brocardé par la presse, est allé jusqu’à qualifier certains médias "d’ennemis du peuple américain", sur Twitter. "Pendant l’air Nixon, Nixon a dressé une liste d’ennemis dont nous [la presse, Ndlr] faisions parti", relève Adam Nossiter. "Mais avec cette phrase, il [Donald Trump, Ndlr] a basculé dans un discours inédit et autoritaire. Dans un premier temps, Trump nous a désignés comme l’opposition principale, et maintenant on est l’ennemi du peuple. Là, c’est une radicalisation du discours", estime-t-il. 

"Ce qui a beaucoup changé par rapport à l’époque Nixon et Spiro Agnew [Vice-président de 1969 à 1973, Ndlr], ce sont les médias sociaux", précise Christine Ockrent. "Maintenant, c’est un rapport direct entre l’émetteur et le consommateur. Donald Trump a dit : 'comme c’est génial, je n’ai plus besoin des médias traditionnels qui, de toute façon, coûtent très cher. Je n’ai pas besoin d’en acheter puisque je peux parler directement à mes électeurs'".

Un président lâché par la bureaucratie. Toujours selon Adam Nossiter, les outrances de Donald Trump pousseraient aussi les services secrets américains à dissimuler certaines informations au président. "Les agences et les services cachent les informations à Donald Trump et nous les livrent via tout une série de fuites", explique-t-il. "Donald Trump s’est érigé comme ennemi de la bureaucratie américaine, et la bureaucratie se retourne contre lui, en se tournant vers nous". Pour faire face au phénomène Trump et à ses conséquences, le New-York Times n'a pas manqué de renforcer ses effectifs : "On a doublé le nombre de correspondants affectés à la Maison-Blanche et on a doublé le budget de la couverture de la Maison-Blanche. On est tout à fait conscients de l’enjeu", conclut le correspondant.