Cinq choses à savoir sur les élections départementales

  • A
  • A
Cinq choses à savoir sur les élections départementales
@ LOIC VENANCE / AFP
Partagez sur :

MODE D'EMPLOI -  Les Français vont élire fin mars leurs 3.990 conseillers départementaux. Pourquoi ? Comment ? On vous répond.

Le 22 mars prochain, puis le 29 pour le second tour, les Français sont invités aux urnes pour désigner leurs conseillers départementaux. Pour de nombreux observateurs, ces élections départementales s'annoncent déjà comme une défaite de plus du PS et une nouvelle étape de la marche en avant du Front national.

>> LIRE AUSSI - Hollande en campagne pour les départementales

• Qui va-t-on élire et pourquoi ?

Depuis une loi de mars 2013, les Français n'élisent plus des conseillers généraux, mais des conseillers départementaux. Le découpage des cantons - qui n'avaient pas évolué depuis… 1789 -  a également changé. Ils étaient jusqu'ici définis par les préfectures, d'où des inégalités de population parfois spectaculaires. En 2010, le projet de réforme de Nicolas Sarkozy et d'Edouard Balladur a souhaité faire évoluer le système, en remplaçant les conseillers généraux par des "conseillers territoriaux" supposés siéger à la région et au département. La gauche a abrogé cette réforme, pour y substituer la sienne, qui conserve les cantons mais en les modifiant : il ne doit pas y avoir plus de 20% de disparité de population d'un canton à un autre. On est donc passé de 3.863 à 1.995 cantons. Les 3.990 conseillers départementaux seront élus pour une durée de six ans.

Depuis la loi de décentralisation de 1982, le conseil départemental "règle par ses délibérations les affaires du département", en particulier la création des services publics départementaux, la gestion des biens du département et son budget. Il se réunit au moins une fois par trimestre, à l'initiative de son président.

• Quel mode de scrutin ?

Le mode de scrutin a également évolué : deux conseillers seront élus dans chaque canton au scrutin binominal à deux tours. Les candidats devront se présenter en binôme composé d’une femme et d’un homme afin de poursuivre l’objectif de parité.

Pour être élu dès le premier tour, le candidat doit obtenir à la fois la majorité absolue (50% des suffrages exprimés plus une voix) et le quart des électeurs inscrits. Au second tour, sont autorisés à se présenter les binômes ayant obtenu au moins 12,5% des voix des électeurs inscrits. Cependant, comme cette seconde condition est sévère, notamment en raison de l’abstention souvent élevée, le code électoral autorise le binôme qui a recueilli le plus de suffrages, après le binôme remplissant les conditions, à se maintenir, ou les deux si aucun ne remplit les conditions. Au second tour, la majorité relative (le plus grand nombre de voix) suffit pour être élu.

• Vers une forte abstention ?

Le second tour de l'élection législative partielle dans le Doubs, dimanche 9 février, avait, étonnamment, mobilisé les électeurs : 49% de taux de participation. Mais la forte médiatisation de ce scrutin, qui avait valeur de test pour les partis politiques, peut expliquer ce regain d'intérêt. Les observateurs s'attendent à une participation bien moindre pour les élections départementales. "Tous les facteurs sont là pour que l'abstention massive" des cantonales de 2011 (55,7% au 1er tour) "soit dépassée", estime ainsi Jérôme Sainte-Marie, de l'institut de sondage PollingVox.

>> EN VIDÉO - Le FN monte-t-il quand le taux d'abstention est élevé ?

• La gauche peut-elle éviter une bérézina ?

La victoire du candidat PS dans le Doubs a redonné espoir à la gauche. Avant cela, tous prédisaient une claque monumentale lors de ce scrutin. Mais que restera-t-il, fin mars, de "l'esprit du 11 janvier", qui a poussé les électeurs du Doubs à se mobiliser en masse pour éviter une victoire du FN ? A la tête de 61 départements sur 101, la gauche pourrait en perdre "au moins la moitié", selon un ministre. Certes, l'image de l'exécutif s'est redressée après les attentats du début d'année, "mais il ne faut pas s'attendre à des miracles", considère Jérôme Fourquet, de l'Ifop. Jérôme Sainte-Marie parie quant à lui sur "un vote-sanction d'une violence terrible pour le pouvoir en place".

>> LIRE AUSSI - Départementales : l'impossible union de la gauche

• Que peut espérer le Front national ?

Il y a quatre ans, le FN n'avait remporté qu'un seul élu. Marine Le Pen espère bien faire exploser ce score. Courant décembre, un sondage lui avait donné le sourire : 28% des Français comptaient alors voter pour le FN en mars 2015, contre 25% pour l'UMP et 17% pour le PS. Or, les événements de janvier n'ont nullement entamé la crédibilité du Front national, à en croire deux sondages (Ifop et CSA) plaçant Marine Le Pen nettement en tête des intentions de vote pour la présidentielle, autour de 30%, entre six et dix points devant tous les autres.

>> LIRE AUSSI - La stratégie du FN pour les départementales

Les attentats, juge Jérôme Fourquet de l'Ifop, "vont permettre au FN de consolider ses prises de guerre" des européennes, "par coagulation entre son électorat traditionnel et un électorat plus récent" car "le rapport à l'immigration, surtout arabo-musulmane, reste le déterminant fondamental du vote FN".  Les politologues prennent au sérieux l'hypothèse de conseils généraux tombant dans l'escarcelle du parti frontiste. Le Var, le Vaucluse, voire l'Aisne sont de ceux-là. Une hypothèse d'autant plus crédible que l'UMP, qui sera alliée aux centristes de l'UDI, a des difficultés à exister, handicapée par une guerre des chefs plus ou moins larvée et un positionnement ambigu par rapport au FN.