Chevènement, les dessous d’un retrait

Faute de moyens, faute de soutiens, Jean-Pierre Chevènement renonce à la présidentielle 2012. Mais pas à peser dans la vie politique.
Faute de moyens, faute de soutiens, Jean-Pierre Chevènement renonce à la présidentielle 2012. Mais pas à peser dans la vie politique. © MAXPPP
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Rémi Duchemin, avec Hélène Favier et Camille Langlade , modifié à
Le sénateur de Belfort a annoncé mercredi son abandon de la présidentielle. Explications.

L’élection présidentielle se fera sans Jean-Pierre Chevènement. Le président d’honneur du MRC a annoncé mercredi qu’il renonçait à sa candidature. Le sénateur de Belfort a avancé une "question de moyens" pour expliquer ce renoncement, trois mois seulement après avoir annoncé sa candidature. En partie seulement. Europe1.fr dresse la liste.

Un manque de moyens. C’est donc la principale raison du jet de l’éponge de Jean-Pierre Chevènement, selon l’intéressé lui-même. "N’ayant plus aujourd’hui les moyens de continuer ma campagne, je décide de retirer ma candidature à l’élection présidentielle", écrit-il dans un communiqué  "A un moment donné, il faut être lucide", embraye Julien Landfried, porte-parole de l’ex-candidat, joint par Europe1.fr "Jean-Pierre Chevènement lui-même avait prévenu que ce serait difficile, et qu’il se présentait pour faire "bouger les lignes".

Des sondages en berne. Avant sa déclaration de candidature début novembre 2011, Jean-Pierre Chevènement n’était même pas "testé" par les instituts de sondage. Et après son annonce… ça n’a pas changé grand-chose. Jean-Pierre Chevènement n’a jamais réussi à quitter ce club si peu envié des candidats quasiment inexistants en termes d’intentions de vote. Le sénateur de Belfort n’a ainsi jamais dépassé les 1% dans les sondages, comme Hervé Morin, Nicolas Dupont-Aignan ou encore Philippe Poutou. "On a clairement manqué de surface médiatique", argumente Julien Landfried. Dès lors, à moins de trois mois du premier tour, sa position devenait difficilement tenable.

Des parrainages trop rares. Vieux loup de mer de la politique française, Jean-Pierre Chevènement peut se targuer d’un réseau important sur tout le territoire. Cela n’a pourtant pas suffi.… En décembre, Jean-Pierre Chevènement annonçait fièrement  avoir déjà récolté 250 parrainages d’élu, sur les 500 nécessaires pour se présenter. Mais deux mois plus tard, l’ex-candidat a péniblement dépassé les 400 promesses de signatures, et chaque paraphe devenait de plus en plus difficile à décrocher.

Sur le fond… Il voulait "faire bouger les lignes" et estime y être (un peu) parvenu. Sur l’Europe et sur le produire français, Jean-Pierre Chevènement juge, selon son entourage, que les positions des deux candidats dont il est le plus proche, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon, ont évolué favorablement. "Mais il reste quelques sujets qui nous préoccupent, notamment sur le front de la crise, de la renégociation du traité européen initié par le couple franco-allemand ", assure Julien Landfried. "Il faudra continuer à pousser dans notre sens pendant la campagne", prévient-il.

Et puis Jean-Pierre Chevènement estime que certaines de ses idées sont désormais portées au sein même du Parti socialiste. Le sénateur voit en effet en Arnaud Montebourg et ses tendances souverainistes une sorte de relève. Les deux hommes ont d’ailleurs déjeuné ensemble à la mi-novembre lors d’un déplacement du candidat Chevènement en Saône-et-Loire.

Une voix qui porte... Paradoxalement, c’est aussi parce que Jean-Pierre Chevènement compte encore dans la vie publique qu’il n’a pas mené sa candidature à bien. Ses deux rivaux de gauche, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon, ont toujours publiquement ménagé le sénateur de Belfort, en pariant sur son désistement et en espérant un ralliement derrière leur nom. En privé, François Hollande se dit volontiers confiant quant à un futur rapprochement.

"Il y a des contacts téléphoniques réguliers entre Jean-Pierre Chevènement et François Hollande", révèle Julien Landfried. Avec Jean-Luc Mélenchon, "le téléphone est ouvert et d'anciens chevènementistes ont également rejoints les rangs du Front gauche. L’hypothèse d'un ralliement pourrait être évoquée dans le courant de la semaine prochaine.

... Et des circonscriptions à glaner. Il ne faut pas non plus oublier les élections législatives. En 2007, le Parti socialiste avait accordé 10 circonscriptions au MRC pour un député finalement élu. Jean-Pierre Chevènement sait qu’il n’en obtiendra pas autant cette fois-ci, dépassé qu’il est par l’allié écologiste. Le PS, qui dément tout marchandage, lui en proposerait trois. Le sénateur de Belfort en réclame six et une bonne place pendant la campagne. Mais attention, car Jean-Pierre Chevènement a des amis au Front de gauche. Et une meilleure proposition de Jean-Luc Mélenchon pourrait lui faire changer de favori. Assurément, les négociations de font que commencer.